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Des jeunes d'origine africaine questionnent la pertinence du Mois de l’histoire des Noirs

Mois de l'histoire des Noirs

Le Mois de l'histoire des Noirs est souligné depuis 1996 au Canada.

Photo : iStock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des jeunes issus de l’immigration font part de leur malaise vis-à-vis des célébrations du Mois de l’histoire des Noirs dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas et qu’ils jugent parfois stigmatisantes.

Un texte de Gabriel Nikundana et Marine Lefèvre

Abel Lucrèce Powo a 14 ans. Quand on lui parle du Mois de l’histoire des Noirs, elle ne cache pas son agacement.

Le Mois des Noirs, je pense que c’est pas une célébration, mais une tradition. C’est pas parce que ça a de l’importance pour toi, mais parce que tu dois le faire. On doit célébrer les Noirs. On doit essayer de les accommoder dans notre société. Voilà pourquoi on doit avoir un mois qui leur est dédié, constate-t-elle.

Portrait d'une jeune fille. Elle est assise sur un canapé.

Abel Lucrèce Powo, 14 ans, est agacée par le peu de portée des célébrations du Mois de l'histoire des Noirs.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Nikundana

Elle se dit blessée par ce qu’elle considère un manque d’intérêt et de sérieux des autres à l’école ou dans la communauté.

Le malaise ressenti par Abel face à ces célébrations semble être partagé par d’autres jeunes, mais pas pour les mêmes raisons.

Une histoire jamais apprise

Espérance Rwamihigo, la vice-présidente du comité des jeunes de la Communauté congolaise de Windsor-Essex, raconte que bien des jeunes se sentent déstabilisés au cours de cette période.

Quand c’est le mois de février, (...) à l'école, les enseignants les mettent devant la classe et (...) leur posent toutes les questions, même des questions [auxquelles] ils ne peuvent pas répondre, explique-t-elle.

Une jeune femme est assise sur un canapé.

Espérance Rwamihigo, vice-présidente du comité des jeunes de la Communauté congolaise de Windsor-Essex, a reccueilli de nombreux témoignages de jeunes parfois désemparés par ce qu'on leur demande.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Nikundana

La déstabilisation est telle, selon elle, que plusieurs ont développé une véritable aversion pour les célébrations qui encadrent le Mois de l’histoire des Noirs.

Ils ne veulent pas participer et ils ne veulent même pas entendre parler de ça, résume-t-elle.

Ses propos sont confirmés par Claude Saizonou, président de l’Association des communautés africaines de Windsor (ACOW).

Son organisme a mené récemment un sondage sur les services disponibles pour les communautés africaines. Au cours des séances de discussion, des jeunes ont eux aussi confié leurs réticences envers ce mois commémoratif. Claude Saizonou rapporte qu’ils ont alors l’impression de devenir des objets d’étude.

Nous sommes déjà assez visibles sans qu’on nous mette encore dans une visibilité pas nécessaire, affirment les jeunes, selon lui.

Une femme fait face à l'objectif avec les bras croisés.

Arielle Kayabaga, conseillère municipale à London, n'a pas non plus de bons souvenirs du Mois de l'histoire des Noirs lorsqu'elle était élève.

Photo : Gracieuseté de Arielle Kayabaga

Adapter les commémorations

Arielle Kayabaga est conseillère du quartier 13 de London. Elle-même originaire du Burundi, elle dit comprendre ces jeunes qui ne se reconnaissent pas dans cette histoire des Noirs.

Quand j'étais encore à l'école secondaire, je me sentais de la même manière, je ne voulais pas qu’on discute du mois des Noirs en tant que tel pour parler de l’esclavage, se souvient-elle.

Des gens ne sont pas représentés dans cette histoire quand elle est basée sur l'esclavage. Il faut que des gens qui font des activités du mois des Noirs s’adaptent à ce que la communauté est en train de faire, et qu’ils s'attardent plus à montrer l’excellence des membres de la communauté noire et non à l'esclavage, ajoute-t-elle.

De son côté, Serge Novignon Akpagnonite, directeur adjoint de l’École secondaire Lamothe-Cadillac à Windsor, explique que dans son établissement, le mois de février est plus placé sous le thème du multiculturalisme et de la diversité.

Nous pensons que toutes les communautés se valent ou devraient se valoir. Alors, nous célébrons tout le monde, explique-t-il.

Pour Abel Lucrèce Powo, il faudrait surtout que la communauté prenne au sérieux ces célébrations et leur donne l’attention qu’elles méritent. Je veux que les écoles amènent la célébration du Mois de l’histoire des Noirs au niveau élevé.

« C’est notre mois où on montre aux gens qui nous sommes vraiment. C’est notre mois [pour] briller et je veux que les gens le comprennent. »

— Une citation de  Abel Lucrèce Powo, élève

Sans cela, la jeune fille estime qu'il vaudrait mieux tout arrêter.

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