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Victoire d'anciens pensionnaires qui ont vécu l'enfer dans un collège chrétien

On voit une vieille photo du Collège Grenville avec l'école et le pensionnat.

Une photo d'époque du Collège Grenville.

Photo : Collège Glenville de Brockville

Jean-Philippe Nadeau (Trois-Rivières)

Les 1300 anciens élèves de l'ex-Collège Grenville de Brockville crient victoire à la lumière de la poursuite qu'ils ont déposée il y a 13 ans contre la défunte institution religieuse.

Une juge de la Cour supérieure de l'Ontario a donné raison aux membres d'un recours collectif après avoir entendu leur cause à Toronto l'automne dernier. Elle confirme que les sévices qu'ils ont subis de 1973 à 1997 n'étaient aucunement des mesures de discipline.

Attention, ce texte contient des informations qui pourraient choquer certains lecteurs.

Andrew Hale-Byrne, au nom duquel le recours collectif est inscrit, jubile au bout du fil. Joint à son domicile de Londres, le Britannique ne contenait pas sa joie d'avoir appris que son groupe de plaignants avait remporté une victoire sur toute la ligne, dit-il.

Nous avons obtenu justice, cela prouve que ce qui nous est arrivé est vrai, plus personne ne pourra nous dire que nous avions menti à l'époque et plus personne ne pourra nous victimiser à nouveau, poursuit-il.

M. Hale-Byrne souligne qu'il a réussi à s'en sortir et à tourner la page sur ces années sombres, mais il précise que d'autres n'ont pas eu la même chance que lui. Les gens ne devraient pas passer la moitié de leur vie à se rétablir des traumatismes de leur enfance, ajoute-t-il.

Certains plaignants avaient raconté lors des audiences qu'ils étaient toujours en voie de guérison après des années passées en thérapie, parce qu'ils se sentaient coupables de ce qui leur était arrivé à Grenville.

On voit une photo d'époque du prêtre Charles Farnsworth au Collège Grenville.

Le prêtre Charles Farnsworth dirigeait le Collège Grenville à l'époque des faits reprochés.

Photo : Mike Morley

La direction du Collège appartenait à la Communauté de Jésus, une secte chrétienne originaire du Massachusetts.

Les deux intimés dans cette cause, les révérends Alastair Haig et Charles Farnsworth, sont toutefois morts en 2009 et en 2015, si bien que ce sont leurs épouses et leurs héritiers ainsi que les assureurs du collège qui sont poursuivis dans ce recours.

Leurs membres avaient subi un lavage de cerveau et leurs pratiques ne ressemblaient en rien à des mesures disciplinaires... elles étaient en plus connues depuis les années 1980, poursuit M. Hale-Byrne qui a écrit un livre sur son passage à Grenville de 1988 à 1990.

Une décision exhaustive

Dans son jugement de 75 pages, la juge Janet Leiper affirme que les témoignages des plaignants à la barre du procès civil sont authentiques et que le Collège a manqué à son devoir de protéger les élèves.

La direction de Grenville avait créé une culture rigide, autoritaire et violente en toute connaissance de cause pour exploiter et contrôler des adolescents qu'on lui avait remis pour qu'elle en prenne soin. Elle a leur a infligé des sévices et exposé des mineurs vulnérables à des risques au sujet de leur santé, écrit-elle.

On voit François Lukawecki sortir de la Cour supérieure de l'Ontario.

François Lukawecki avait témoigné de son expérience au Collège Grenville lors du procès.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

La juge Leiper ajoute que les directeurs ont profité de leur position, de la réputation et du prestige de leur établissement pour contrôler, intimider et agresser des mineurs dont ils étaient responsables.

Elle rappelle que de nombreux enfants ont fugué ou demandé à être retirés de l'établissement, alors que d'autres se sont cachés ou ont souffert en silence ; d'autres n'ont tout simplement pas été crus.

Sévices et cruauté mentale

Le procès avait montré que les règles au Collège Grenville étaient très strictes, l'atmosphère très religieuse et la discipline, cruelle.

La direction rappelait sans cesse aux enfants que Satan était autour d'eux. Certains élèves étaient d'ailleurs forcés de regarder une vidéo sur les dangers du satanisme, le soir, avec des surveillants de dortoirs.

On voit un corridor du Collège Grenville.

Le corridor principal menant aux différentes salles de classe au Collège Grenville.

Photo : Mike Morley

Le supplice de la salle des chaudières était l'une des mesures disciplinaires au Collège : la direction envoyait des élèves en détention au sous-sol pour leur montrer le feu qui brûlait dans la fournaise. On leur disait que les flammes représentaient l'enfer et qu'ils avaient intérêt à bien se comporter à défaut d'être damnés.

Les adolescents y étaient frappés, agressés, humiliés et privés de sommeil pour des raisons futiles, comme pour avoir écouté des cassettes de musique. Les corvées de nettoyage des toilettes se faisaient à la brosse à dents.

On voit une vieille photo du réfectoire du Collège Grenville.

Le réfectoire du Collège Grenville.

Photo : Mike Morley

Les élèves étaient en outre menacés de ne rien dire à leurs parents sous peine de représailles. Un système de délation permettait d'ailleurs aux deux anciens directeurs de tout savoir et de punir ceux qui n'obéissaient pas, que ce soit des élèves, mais aussi des enseignants ou des membres du personnel.

Durant les audiences, la défense de la défunte institution avait minimisé la sévérité de la discipline qui n'était réservée de toute façon, selon elle, qu'aux enfants des enseignants du collège qui appartenaient à la Communauté de Jésus.

On voit une vieille photo de la levée traditionnelle des drapeaux au Collège Grenville.

Le lever traditionnel des drapeaux au Collège Grenville.

Photo : Mike Morley

La Police provinciale de l'Ontario avait décidé en 2008 de ne déposer aucune accusation contre l'établissement, qui avait fermé ses portes un an plus tôt.

Le recours collectif pourrait aujourd'hui atteindre 200 millions de dollars. La partie des audiences portant sur les dommages et intérêts sera entendue à une date ultérieure.

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