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Parti conservateur : une course sans débat de fond?

Le reportage de Philippe-Vincent Foisy

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

La course pour remplacer Andrew Scheer ne semble pas pour le moment être celle que souhaitent plusieurs conservateurs : une course qui aurait permis un grand brassage idéologique.

L'ancien chef de cabinet d'Andrew Scheer, Marc-André Leclerc, est un de ceux qui auraient aimé que le parti renouvelle son offre politique.

Ce n'est pas juste en disant qu'on va équilibrer le budget qu'on va faire rêver les électeurs, donc ils ont besoin d'une nouvelle offre, explique-t-il.

Mais pour l'instant, aucun des candidats confirmés ne semble offrir quelque chose qui se démarque des autres. Ils sont tous contre la taxe sur le carbone et en faveur de l'industrie pétrolière albertaine.

C'est un groupe assez homogène de candidats et de candidates.

Marc-André Leclerc

Il n'est toutefois pas surpris que les aspirants chefs proposent un conservatisme similaire.

D'abord, les grosses pointures comme Jean Charest ou Rona Ambrose ont passé leur tour.

Puis, la durée de la course n'est pas propice à d'importants débats. Elle est très courte, à cause du risque d'avoir plus tôt que prévu un déclenchement d'élections, gouvernement minoritaire oblige. Le recrutement de nouveaux membres devient donc très difficile.

Les aspirants chefs doivent d'abord et avant tout convaincre les militants conservateurs actuels.

Comme ils s'adressent à la base du parti et pas à l'ensemble des Canadiens, il ne faut pas être surpris de voir des idées qui sont très, très conservatrices et des idées qui ne feront pas en sorte d’élargir la tente conservatrice.

Marc-André Leclerc
Cinq candidats à la direction du Parti conservateur du Canada sont assis en rang sur des chaises.

De gauche à droite : Marilyn Gladu, Rick Peterson, Rudy Husny, Peter MacKay et Erin O'Toole le 8 février 2020 à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

L'importance de l'environnement

C'est d'ailleurs ce qui a freiné les ambitions de l'ancien ministre conservateur Michael Fortier. Il ne s'est pas présenté parce qu'il n'avait pas assez de temps pour recruter une armée de bénévoles pour vendre beaucoup de cartes à des milliers de nouveaux membres.

D'autant que certaines de ses propositions sont en porte-à-faux avec le parti.

Je suis en faveur d'une taxe sur le carbone, en défaveur de laisser trop de liberté aux députés de déposer des projets de loi pour changer des sujets qui ont été décidés depuis longtemps, comme l'avortement et le mariage entre personnes du même sexe.

Il est persuadé que, sans nouvelle proposition en matière environnementale, les conservateurs n'arriveront pas à convaincre les jeunes électeurs urbains.

Je pense que c'est en partie la solution pour faire le pont avec les villes, explique-t-il, en plein centre-ville de Montréal.

Pour les conservateurs, la métropole est un désert politique depuis plus de 30 ans : ils n'y ont pas fait élire de député depuis 1988.

Pour les questions morales, je pense qu'on va s'y rendre; le nœud du problème va demeurer la lutte contre les changements climatiques, et c'est là où il va falloir que des membres comme moi poussent les candidats à déposer et à proposer des solutions tangibles.

Michael Fortier

Il dit avoir hâte d'entendre les candidats lors des débats qui auront lieu les 17 et 23 avril, à Toronto et à Montréal.

Avortement

Pour plusieurs observateurs politiques, l'avortement a été le dossier qui a plombé la campagne d'Andrew Scheer au Québec.

Cette fois-ci, certains candidats ont voulu montrer qu'ils étaient prêts à passer à autre chose. Par exemple, Peter MacKay et Marilyn Gladu ont déjà annoncé qu'ils participeraient aux défilés de la Fierté.

Ils ont aussi, tout comme Erin O'Toole, précisé qu'ils n'avaient pas l'intention de rouvrir le débat sur l'avortement. Toutefois, ils laisseraient des députés d'arrière-ban présenter des projets de loi sur le sujet.

La seule chose qu'on semble voir pour le moment, c'est qu'on essaye de mettre le conservatisme social et religieux de côté, mais advenant un candidat qui veut miser là-dessus, ça pourrait revenir les hanter, explique Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l'Alberta.

Cette candidate pourrait bien être Leslyn Lewis. La Coalition pour la vie, un mouvement anti-avortement, a déjà indiqué sur les réseaux sociaux qu'elle appuie l'avocate torontoise.

Le professeur Boily met d'ailleurs en garde les aspirants candidats. Ils ne pourront pas courtiser ces électeurs pendant la course puis essayer de changer de discours par la suite. C'est ce à quoi on s'attendait avec Andrew Scheer, mais on s'est aperçu qu'il n'a pas été en mesure de changer son discours de manière efficace, dit-il.

Les prochaines semaines

Les aspirants chefs ont jusqu'à 17 h, jeudi pour déposer leur document de candidature. Ils doivent fournir 25 000 $ et 1000 signatures provenant de 30 circonscriptions dans sept provinces différentes.

Pour rester dans la course, ils devront amasser au total 300 000 $ et 3000 signatures. Un défi de taille.

Le prochain chef conservateur sera élu le 27 juin, dans exactement quatre mois.

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