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Les effets des barricades se feront sentir pendant des mois, prévient Marc Garneau

Des trains arrêtés sur des rails.

Plus de 180 trains de marchandises du CN sont à l'arrêt sur les rails au Canada et des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Le système de transport ferroviaire canadien mettra des semaines, voire des mois, à se remettre des retards et des pertes engendrées par le blocage des voies du CN par les opposants au projet de Coastal GasLink en Colombie-Britannique et leurs sympathisants.

Questionné mercredi à l’entrée de la Chambre des communes sur l’impact économique de la crise en cours, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a expliqué sans détour que presque tous les secteurs [économiques] sont touchés et qu’il faudra être très patient avant d’espérer un retour à la normale.

Il y a trois jours, le CN nous a dit qu’il y a 184 trains immobilisés au Canada et aux États-Unis, c’est du sérieux. Si vous enlignez tous ces trains sur la même voie, vous pourriez relier Ottawa et Montréal, a déclaré le ministre Garneau.

L’inertie s’est installée dans le système, des entreprises sont virtuellement arrêtées.

Je vais être bien clair. Même si toutes les barricades tombaient demain et que les trains se remettaient à rouler très rapidement, certains effets seront ressentis pendant des semaines et des mois à venir.

Marc Garneau, ministre des Transports du Canada

Selon lui, le blocage des principales voies ferroviaires du pays a un impact direct sur l’industrie des ressources naturelles, les produits de la foresterie, la potasse, le grain, les automobiles et la nourriture. Notre système ferroviaire transporte des centaines de milliards de dollars de produits chaque année, a-t-il rappelé.

Il y a 50 bateaux de grain sur la côte ouest qui attendent de charger du grain. Il y aura malheureusement des entreprises qui utilisent les ports canadiens qui vont devoir trouver un autre endroit parce que l’attente est trop longue et que les ports canadiens ne sont plus fiables, a déploré Marc Garneau.

Des gros bateaux dans l'eau.

Des dizaines de navires attendent d'accéder au port de Vancouver.

Photo : Radio-Canada

En ce qui a trait à la valeur des pertes provoquées par les barricades des opposants au projet de gazoduc de Coastal GasLink, le ministre Garneau a expliqué qu’il est encore trop tôt pour les mesurer avec précision, précisant qu’il faudra plusieurs mois pour évaluer l’impact des retards et des mises à pied.

Pour ce qui est des manifestants mohawks qui ont allumé en matinée des feux sur les voies ferrées où circulait un train du Canadien National (CN), à Tyendinaga, en Ontario, le ministre a expliqué qu’il s’agissait d’un geste totalement irresponsable.

C’est extrêmement dangereux, non seulement pour les personnes qui essayaient d’allumer un feu sous un train […], mais extrêmement dangereux pour d’autres personnes, particulièrement s’il y avait eu des matières dangereuses à bord du train.

Une rencontre aura lieu jeudi

Des gens bloquent une route.

Des manifestants ont bloqué la route 344 à Oka, dans la réserve mohawk de Kanesatake, le 24 février 2020. Ils appuient les chefs héréditaires wet’suwet’en, opposés au passage du gazoduc Coastal GasLink sur leur territoire en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Pendant ce temps, le premier ministre Trudeau a laissé entendre mercredi matin que les choses commençaient à bouger entre l’ex-député néo-démocrate Nathan Cullen, qui agit à titre de médiateur pour le gouvernement, et les chefs héréditaires de la nation wetʼsuwetʼen.

Mme [Carolyn] Bennett [ministre des Relations Couronne-Autochtones] est ouverte à leur parler, on demande des rencontres depuis longtemps et on voit que c’est en train d’évoluer, a déclaré Justin Trudeau. Le négociateur Nathan Cullen est en train d’avoir du progrès positif et on est là […] pour aider le travail avec eux en temps et lieu.

En soirée, le cabinet du premier ministre de la Colombie-Britannique a indiqué à CBC qu'il s'attendait à une déclaration des chefs héréditaires au sujet d'une rencontre avec les ministres Carolyn Bennett et Scott Fraser « qui pourrait avoir lieu dès [jeudi] ».

Toutefois, en entrevue à Radio-Canada, le chef Namoks a affirmé que leurs interlocuteurs fédéraux et provinciaux avaient annulé la rencontre.

La Colombie-Britannique et le Canada voulaient que nous demandions aux autres nations, à nos alliés, de "quitter". Nous ne pouvons pas faire ça. Nous avions discuté plus tôt avec l'une de ces autres nations [les Mohawks, a-t-il précisé], et ils avaient dit qu'ils prenaient leurs propres décisions, ce qui est vrai, nous vivons dans un pays libre. Tout était prêt, des gens étaient à bord d'un avion. Maintenant, ils atterriront à Smithers et prendront le premier vol de retour, parce que ce seront ça les ordres lorsqu'ils arriveront, a-t-il expliqué.

Cependant, en fin de soirée mercredi, le chef Namoks et le négociateur Nathan Cullen ont confirmé qu'une rencontre aura lieu jeudi. Elle se tiendra dans les bureaux de la nation wetʼsuwetʼen, à Smithers.

Au sujet du chassé-croisé concernant la réunion de jeudi, le chef Namoks a raconté que l'annulation résultait d'une mauvaise communication entre les parties.

L'opposition tire à boulets rouges

Sur les bancs de l’opposition, les députés conservateurs servent un feu nourri contre le gouvernement Trudeau, qu’ils accusent depuis une vingtaine de jours de laisser pourrir cette crise et de manquer de leadership.

Le député conservateur de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, n’a d’ailleurs pas été particulièrement tendre à l’endroit de Justin Trudeau, qu’il a qualifié mercredi matin de pâte molle.

C’est d’une lâcheté infinie d’aller dire aux provinces : "C'est à vous autres de faire appliquer les injonctions, mais nous autres, on n’applique pas la loi fédérale".

Quel manque de leadership odieux... Ce qu’on voit, c’est un gouvernement d’abandon qui est dirigé par une espèce de pâte molle qui ne sait pas pantoute où il s’en va, et c’est tous les Canadiens qui en paient le prix actuellement.

M. Trudeau n’inspire aucun respect de la part des gens qui sont de l’autre côté de la clôture.

Gérard Deltell, député conservateur de Louis-Saint-Laurent

Des blocages un peu partout au pays

La barricade à Kahnawake, au sud de Montréal, est toujours en place. Le conseil mohawk et les Peacekeepers ont jugé « irresponsable » une déclaration du premier ministre François Legault au sujet de la présence d'« armes dangereuses » sur leur territoire.

En Gaspésie, un juge a accueilli la demande d’injonction du gouvernement du Québec visant à lever le blocage ferroviaire à Listuguj. Pourtant, mercredi matin, le barrage érigé sur les voies par les Micmacs tenait toujours. Ils expliquent vouloir rester solidaire avec les chefs wet’suwet’en.

Sur le territoire de Tyendinaga, une forte présence policière se faisait toujours remarquer mercredi. Lundi, vers 18 h 30, un train est passé sur les rails après l'intervention policière. Mercredi, un deuxième train a pu passer, mais quelques minutes plus tard, le service a été suspendu de nouveau. La Police provinciale de l'Ontario (PPO) rapporte que des manifestants mohawks ont jeté sur les rails des pneus en flammes.

Des blocages ont également été signalés dans la région de Hamilton, cette fois sur les voies du CN. Une injonction a été présentée aux manifestants, mais la police de Hamilton n’était pas en mesure d’affirmer si elle prévoyait une intervention au cours des prochaines heures afin de faire respecter cette ordonnance.

Depuis une vingtaine de jours, des manifestants empêchent la circulation ferroviaire un peu partout au pays pour témoigner leur soutien aux chefs héréditaires Wet'suwet'en, qui s'opposent à la construction du gazoduc Coastal GasLink sur leur territoire ancestral, dans le nord de la Colombie-Britannique.

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