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Archives

La consigne sur les contenants, un débat vieux de 40 ans au Québec

Pourquoi une consigne sur les bouteilles de bière, mais pas sur les bouteilles de vin? Et une autre sur les canettes de boissons gazeuses, mais pas d’eau gazéifiée? Nos archives font le fil des constats et réflexions qui ont mené à cette réglementation au Québec.

Timbre sur une canette consignée indiquant le 5 cents de dépôt.

Au Québec, le système public de consignation n'a pratiquement pas changé depuis son instauration en 1984.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Au Québec, une consigne a d’abord visé les bouteilles en verre de bière et de boissons gazeuses à remplissage multiple, avant de concerner les canettes d’aluminium et bouteilles de plastique à usage unique pour ces mêmes boissons.

La consigne ne s'applique pas aux autres boissons comme l'eau, le jus, le vin et les spiritueux. D’une province à l’autre, l’étendue de la consigne sur les contenants à remplissage unique varie. Le Québec est-il à la traîne ou à la recherche d’autres options? Nos archives nous montrent que la préoccupation de recycler tous les types des contenants est débattue depuis la fin des années 70.

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« Vous n'avez pas idée des millions qu'on gaspille chaque année en canettes de bière et d'eau gazeuse, en bouteilles jetables de vin aussi », déclare l’animateur Simon Durivage à l’émission Consommateurs avertis du 14 avril 1978.

À l’époque, une consigne privée existe sur les bouteilles de bière et de boissons gazeuses en verre, mais pas sur les autres types de contenants. Ces bouteilles sont réutilisées une quinzaine de fois par les brasseurs, qui ont également pris l’initiative de les standardiser afin de réaliser plus d’économies.

Pour les bouteilles de vin, le Québec pourrait-il prendre exemple sur la France avec ses bouteilles de vin consignées marquées de six étoiles? La Société des alcools du Québec (SAQ) étudie le problème et va se prononcer dans les prochains mois, annonce l’animateur en 1978.

Pour ce qui est des canettes d’aluminium, elles font l’objet d’une enquête de la journaliste Marie-Hélène Poirier. En plus de polluer, « la canette vide coûte plus cher que son contenu » expose un représentant du détaillant de boissons gazeuses Pop Shoppe. La canette demeure néanmoins plus pratique, car le consommateur n’a pas besoin de la rapporter, défend de son côté le représentant des boissons Cott. Le débat sur un élargissement de la consigne au Québec est bel et bien lancé.

La consigne sur les canettes d’aluminium

La Colombie-Britannique a été la première province à établir, dès 1970, un système public de consigne pour les contenants de boissons distribués sur son territoire.

Au Québec, il faudra attendre l’année 1984 pour qu’un premier geste dans ce sens soit posé par le gouvernement provincial. Sanctionnée en juin 1984, la Loi sur la vente et la distribution de bière et de boissons gazeuses dans des contenants à remplissage unique vise principalement la récupération des canettes métalliques.

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Le système public de consignation au Québec soulève toutefois un large mouvement de résistance chez les détaillants en alimentation, qui jugent la décision précipitée et s’y opposent pour des motifs d’espace et de salubrité.

À l’approche de la date d’entrée en vigueur de la consigne publique, nombre d'entre eux liquident leur inventaire de canettes afin de les faire disparaître de leurs rayons. Le gouvernement provincial est alors forcé de décréter un moratoire et de former un groupe de travail afin de revoir son programme. Le reportage de Jacques Rivard au Téléjournal du 15 mai 1985 témoigne de l’issue de ce « boycottage des canettes ».

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Dès la semaine prochaine, les consommateurs verseront une consigne de 5 cents pour l'achat de bouteilles et de canettes à remplissage unique. Consigne qui lui sera remboursée au retour du contenant chez le détaillant.

Le journaliste Philippe Bélisle

Comme l’annonce le journaliste Philippe Bélisle dans le bulletin de nouvelles Ce soir du 21 janvier 1985, le système de récupération des contenants à remplissage unique entre en vigueur au début de l’année 1985. Dans la nouvelle entente, les détaillants reçoivent une prime d’encouragement de 2 cents par contenant retourné.

La somme recueillie par la consigne doit aussi servir à financer le Fonds de récupération, qui devient Recyc-Québec en 1990. L'organisme a comme mandat de développer d’ici 1987 un système qui pourrait décharger les détaillants de la manutention et du stockage des contenants consignés.

Le journaliste évoque des centres de dépôt qui seraient équipés de gobe-canettes, mais qui ne pourraient pas remplacer entièrement les comptoirs de courtoisie des commerçants. Les bouteilles de vin, pour leur part, s’inscrivent dans une seconde étape projetée pour la consigne publique au Québec.

J’ai préféré qu’on limite le nombre de contenants faisant l’objet de l’entente de façon à ce que le système s’enclenche et qu’on puisse parallèlement trouver le système alternatif qui aurait l’avantage de ne pas engorger les points de vente actuels, explique le ministre de l’Environnement Adrien Ouellette dans ce reportage.

La consigne sur les bouteilles de verre

Depuis 1984, le système de consignation n’a pratiquement pas changé au Québec. Les mesures qui avaient été présentées comme temporaires sont devenues permanentes par défaut.

De la même façon, l’évolution des habitudes de consommation et les nouveaux types de contenants apparus n’ont pas été pris en compte. En comparaison, la consigne publique en Colombie-Britannique s’applique depuis 1998 à tous les contenants, à l’exception de ceux de lait. La province voisine du Québec, l’Ontario, a pour sa part introduit la consigne sur les bouteilles d’alcool en verre en 2007.

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C’est le 5 février 2007 que l’Ontario lance son programme de récupération des bouteilles comme en témoigne ce reportage de Daniel Thibeault au bulletin de nouvelles Le National. Les bouteilles de vin et de spiritueux achetées à la LCBO sont désormais frappées d’une consigne allant de 10 à 20 cents. Toutefois, le retour des bouteilles et le remboursement de la consigne se font dans les Beer Stores, qui possèdent déjà les infrastructures pour recevoir les bouteilles de bière consignées, ce qui facilite grandement cette transition financée par le gouvernement.

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Doit-on continuer à déposer les bouteilles de verre dans le bac de récupération ou plutôt les consigner comme en Ontario? C’est la réflexion à laquelle s’attarde l’émission L’Épicerie du 20 février 2013.

La majeure partie du verre récolté provient des 200 millions de bouteilles d’alcool mises en marché par la SAQ chaque année et que celle-ci refuse toujours de reprendre, mentionne l’animatrice Johane Despins dans ce reportage. En 2013, la SAQ finance plutôt une partie du système de collecte de matières recyclables.

La société d’État propose également d’investir dans la recherche et le développement pour donner davantage de valeur au verre récupéré dans les bacs. C’est aussi la position de certains récupérateurs, qui conçoivent des produits issus du recyclage de verre mixte ou encore travaillent à des solutions de triage.

Quant aux environnementalistes, qui encouragent l’instauration d’une consigne sur les bouteilles de verre, ils expliquent que ces dernières n’ont tout simplement pas leur place dans le bac de récupération. Le verre contamine les autres matières récupérées, en plus d’être difficilement recyclable sous forme de petits morceaux. Une consigne permettrait alors d’isoler le verre et de le trier par couleur, lui donnant une valeur marchande beaucoup plus élevée qu’actuellement.

Ce dernier souhait serait-il bientôt exaucé? Le gouvernement de François Legault a annoncé en janvier 2020 que la consigne publique va être étendue à toutes les bouteilles et canettes. Les entreprises produisant des boissons au Québec disposent d’un an pour mettre sur pied un réseau efficace de récupération des contenants couvrant toute la province.

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