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Armes à Kahnawake : la déclaration de Legault jugée « irresponsable »

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Au premier plan, un muret de béton sur lequel a été dessiné un cœur brisé. Au loin, un peu moins d'une dizaine de personnes sont rassemblées près de la barricade.

Le reportage de Sébastien Desrosiers

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Après que François Legault eut assuré, mercredi après-midi, que la présence « d’armes offensives » sur le territoire de Kahnawake empêchait, entre autres, l’intervention de la Sûreté du Québec (SQ), le conseil mohawk et les Peacekeepers ont appelé le premier ministre à la prudence, jugeant ses propos contre-productifs.

La situation à Kahnawake, où des militants ont élevé une barricade en soutien aux chefs héréditaires wet’suwet’en, est délicate, notamment parce que certains manifestants sont en possession d’armes dangereuses, a expliqué François Legault, lors d’une mêlée de presse à Québec.

On a des renseignements qui nous confirment qu’il y a des armes [chez les manifestants], des AK-47 pour les nommer.

François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre a dit remettre en doute la parole du grand chef de Kahnawake, Joe Norton, selon lequel il s'agissait seulement de fusils de chasse. Je ne veux pas avoir sur ma conscience que des policiers soient blessés suite à une intervention, a-t-il résumé.

Cette sortie du premier ministre vient inutilement jeter de l'huile sur le feu, ont rapidement dénoncé les Peacekeepers, la police locale de Kahnawake, et le conseil mohawk de la réserve.

Le premier ministre doit être bien plus prudent dans son choix de mots, a déclaré l’une des membres du conseil, Kahsennenhawe Sky Deer. Une fois que certaines paroles sont dites, il peut être parfois difficile de les retirer. Employer les termes "armes" et "AK-47" est extrêmement dangereux, a-t-il ajouté.

Ce genre de commentaire est vraiment irresponsable. Ce n’est pas professionnel, a renchéri le porte-parole des Peacekeepers, Kyle Zachary. Nous tentons de trouver une solution pacifique, et ce genre de déclaration va à l’encontre de cet objectif.

Personne à Kahnawake ne veut revivre les événements de 1990, a poursuivi M. Zachary, évoquant la crise d'Oka au cours de laquelle la SQ avait été appelée à démanteler une barricade dressée par des Mohawks de Kanesatake.

Un policier discute avec deux personnes.

Un policier des Peacekeepers discute avec deux personnes à proximité de la barricade établie sur le territoire mohawk de Kahnawake, le 25 février 2020.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Plus tôt dans la journée, Kyle Zachary a rappelé que son corps policier a autorité sur tout le territoire mohawk de Kahnawake, en vertu d'un accord tripartite entre Kahnawake, Québec et Ottawa. Notre but premier est d’assurer la sécurité du site et de protéger l’intégrité du territoire, a-t-il dit.

Lundi soir, le chef des Peacekeepers, Dwayne Zacharie, avait d'ailleurs signalé qu'il n'avait pas l'intention d'appliquer quelque injonction que ce soit.

Nous n'avons aucun intérêt à criminaliser les gens qui défendent nos droits.

Dwayne Zacharie, chef des Peacekeepers

Alors que le blocage des rails sur le territoire mohawk s'est poursuivi pour une 16e journée, malgré l’obtention par le Canadien Pacifique (CP) d’une injonction, des manifestants ont renforcé les barricades. Tôt mercredi matin, un camion a déversé des roches au pied du premier barrage.

L’injonction obtenue par le CP est valide jusqu’au 5 mars et autorise la Sûreté du Québec, la Gendarmerie royale du Canada et les Peacekeepers à assister le CP dans l’exécution de l'ordonnance.

Le conseil de bande de Kahnawake a dit évaluer ses options, y compris la possibilité de contester l'injonction.

Une quinzaine de personnes sont rassemblées et discutent près de la barricade à Kahnawake.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une quinzaine de personnes sont rassemblées et discutent près de la barricade à Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La voie ferrée traversant Kahnawake est donc toujours bloquée, ce qui perturbe le transport des marchandises et force la suspension du service de trains de banlieue de l’entreprise exo sur sa ligne 4 entre Candiac et Montréal.

Ça n'a pas de bon sens que les gens soient privés de transport comme ça. [...] Je comprends qu'il faut dialoguer, et j'ai essayé, [le premier ministre] Justin Trudeau a essayé, mais un moment donné là... Combien de temps faut-il attendre?, a lancé M. Legault.

Pour l'heure, le gouvernement s'active à faire respecter l'injonction, et la SQ est en contact avec les Peacekeepers pour faire démanteler les barricades, a aussi fait savoir le premier ministre.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a répété que ces injonctions doivent être obéies, mais il a du même souffle rappelé qu'il revenait à la SQ d'assurer le bon déroulement de l'opération.

Ce n'est pas une juridiction fédérale. Nous avons énormément confiance et dans la SQ et dans la communauté pour régler leurs propres choses.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Avec les informations de Marie-Claude Morin et La Presse canadienne

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