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Mine de graphite à Saint-Michel-des-Saints : les points de vue s'entrechoquent

Des gens assis sur des chaises écoutent deux personnes témoigner devant les commissaires.

Une trentaine de citoyens ont présenté leur point de vue au sujet du projet de mine de graphite à Saint-Michel-des-Saints, dans le nord de Lanaudière.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Belhumeur

Mathieu Belhumeur

Favorables ou défavorables, les points de vue se sont entrechoqués, mardi, alors que le Bureau d’audiences publiques sur l'environnement (BAPE) lançait la deuxième phase de ses audiences à propos du projet de Nouveau Monde Graphite, à Saint-Michel-des-Saints.

Dès les deux premières interventions de citoyens – une trentaine ont témoigné au cours de la journée –, toute la division que suscite le projet de mine à ciel ouvert dans cette municipalité du nord de Lanaudière a été exposée aux commissaires.

Yves Dubé, qui a toujours vécu à Saint-Michel-des-Saints, a peur pour l'avenir de son village. Il voit le projet de Nouveau Monde Graphite comme une relance de l'économie de la région. Avec la création prévue de 160 emplois, il estime que le gouvernement du Québec doit donner son feu vert à l'exploitation du gisement découvert en 2015.

Il faut créer de la richesse. Un moment donné, l'économie, ce n'est pas seulement offrir des services, offrir du récréotouristique, a-t-il indiqué aux commissaires.

Il souhaite aussi une réconciliation avec les villégiateurs, ces citoyens qui vivent à temps partiel dans le village, des propriétaires de résidences secondaires. Depuis l'annonce du projet, des divisions sociales importantes sont apparues au sein de la population.

Dans son témoignage, une résidente a même révélé que plusieurs citoyens aiment mieux se taire pour rester ensemble, plutôt que de semer la division en donnant son opinion.

Une autre personne à prendre la parole a été, justement, un villégiateur. Daniel Tokatéloff a une maison au bord du lac Taureau depuis 40 ans. Il s'oppose fermement au projet de mine à ciel ouvert pour des raisons environnementales et économiques.

L'ingénieur à la retraite doute de la viabilité financière de la mine sur une période de 25 ans. Selon lui, des entreprises qui fabriquent des batteries au lithium-ion pour les voitures électriques développent en ce moment d'autres technologies qui n'utilisent pas le graphite.

Les batteries de première génération au graphite, qui constitue le marché principal de cette mine, vont être dépassées dans les années à venir. Les prix de vente du concentré de graphite ont chuté sur le marché. On peut dire que la bulle du graphite se dégonfle, a-t-il témoigné.

Une pelle mécanique sur un terrain vague

Une pelle mécanique sur le site que veut exploiter l'entreprise Nouveau Monde Graphite.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Belhumeur

Plusieurs participants ont évoqué les craintes liées à l'environnement : la poussière, le bruit, les nombreux camions sur les routes et les tonnes de déchets miniers qui peuvent libérer de l'acide dans les eaux souterraines, les rivières ou les lacs.

Plusieurs ont également soulevé des inquiétudes à propos des impacts possibles sur la santé des villageois, sur l'incertitude relativement à la qualité des eaux de rejet. La mine va rejeter 2000 tonnes de produits chimiques chaque année, a lancé un autre citoyen.

Des craintes ailleurs au Québec

Si le projet voit le jour, il s'agirait de la mine la plus au sud du Québec, une mine construite à environ quatre kilomètres du centre du village.

De voir une mine apparaître aussi au sud de la province fait peur à des citoyens d'autres régions, dont l'Outaouais.

Louis St-Hilaire, du Regroupement de protection des lacs de la Petite-Nation, a insisté pour dire aux commissaires du BAPE que la décision du gouvernement sera suivie de près. C'est la première fois qu'on a des mines qui viendraient s'installer dans des milieux habités, où il y a déjà d'autres activités économiques. Le risque qu'on voit, c'est qu'une acceptation du projet à Saint-Michel-des-Saints soit le premier geste du développement d'une nouvelle région minière dans le sud du Québec.

Toutefois, selon la directrice générale de la Chambre de commerce de la Haute-Matawinie, France Chapdelaine, une diversification économique est nécessaire. La région, a-t-elle raconté, ne s'est jamais vraiment relevée de la crise forestière de 2006. Nous, résidents permanents, avons besoin de travailler, de garder nos jeunes ici, d'attirer de nouveaux résidents pour que le milieu retrouve sa vitalité.

Les commissaires devaient se rendre jeudi à Manawan pour y entendre le point de vue de ses habitants, mais les travaux ont dû être reportés. Joint au téléphone, un membre du Conseil de bande nous a indiqué que, comme le chef est malade, il a préféré remettre les audiences à plus tard.

Le rapport du BAPE doit être déposé au conseil des ministres au plus tard le 26 mai, et c'est le gouvernement qui devra trancher quant à savoir si l'exploitation de la mine ira de l'avant.

Nouveau Monde Graphite espère pouvoir amorcer ses opérations dans deux ans.

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