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Gras, sucrés et salés : voici les aliments qu'offre Internet à vos enfants

Un pot de Nutella sur l'écran d'un téléphone intelligent.

Les enfants de moins de 13 ans voient jusqu'à 1500 publicités par année, alors que, chez les adolescents, c'est plus de 9000.

Photo : Radio-Canada

Monique Potvin Kent a analysé, pendant un an, les dix sites préférés des enfants et des adolescents canadiens.

Pour la professeure à l’École d’épidémiologie et de santé publique de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, le constat est clair : les enfants sont bombardés de publicités alimentaires de toutes sortes, et la malbouffe est omniprésente.

On a trouvé 50 millions de publicités alimentaires sur les 10 sites préférés des enfants et des adolescents durant une année.

Monique Potvin Kent, professeure à la Faculté de médecine
Monique Potvin Kent.

Monique Potvin Kent estime qu'une loi fédérale est nécessaire pour protéger les enfants.

Photo : Radio-Canada

Ses recherches montrent que ces publicités alimentaires étaient, dans 90 % des cas, des produits considérés comme moins bons pour la santé : gâteaux, biscuits, boissons sucrées, boissons énergisantes, aliments de restauration rapide et même alcools!

Par exemple, sur un site de jeux de mathématiques très populaire auprès des enfants, tout de suite en cliquant sur la première page, on nous propose un jeu-questionnaire.

On invite les enfants à deviner les logos de différentes entreprises. Les bonnes réponses permettent d’accumuler des points dans un temps record.

Pour un enfant, c’est juste le fun, c’est un quizz!, s’exclame Monique Potvin Kent.

Ces publicités sont souvent présentées sous forme de jeux, avec des personnages, ou encore mélangées à de l’information dans des articles.

Il est difficile pour un enfant, et même pour un adolescent, de reconnaître que c’est de la publicité, car il y a, sur Internet, un croisement entre divertissement et publicité, explique Mme Potvin Kent.

Les réseaux sociaux inondés de publicité

Une fillette regarde un téléphone intelligent.

Il peut être difficile pour les enfants de différencier le divertissement de la publicité sur Internet.

Photo : iStock

Il y a les sites, mais il y a aussi tout le web. Que ce soit par les réseaux sociaux, par YouTube, par l'intermédiaire des influenceurs ou des jeux, les enfants sont sans cesse exposés à des publicités.

À l’aide de lunettes munies d’une caméra, la chercheuse a aussi analysé ce que pouvaient voir les enfants, mais cette fois, sur les réseaux sociaux.

Elle a estimé que les enfants de moins de 13 ans voient jusqu'à 1500 publicités par année, alors que ce nombre grimpe à plus de 9000 pour les adolescents. C’est six fois plus de publicités chez les adolescents, en raison des longues heures consacrées aux médias sociaux.

Encore une fois, la majorité des publicités faisaient la promotion d’aliments trop gras, trop sucrés et trop salés.

L’épicerie a fait une expérience à l’École Sophie-Barat avec des étudiants de 1re et de 3e secondaire. On a demandé aux enfants de naviguer sur leurs réseaux sociaux préférés afin de savoir ce qu’ils allaient voir.

En quelques secondes, les premières publicités et les influenceurs se sont mises à défiler.

Au total, près d’une centaine de publicités de malbouffe, de boissons énergisantes et d’alcools sont apparues sur les écrans des téléphones et des tablettes des enfants en l’espace de cinq minutes.

Les limites de la loi

Au Québec, depuis plus de 30 ans, une loi interdit toute forme de publicité auprès des enfants de moins de 13 ans.

Les sites web sont également visés par la législation québécoise. Un site web québécois ne pourrait pas s'adresser directement à des enfants, ce serait illégal, nous confirme Corinne Voyer, de la Coalition québécoise sur la problématique du poids (Coalition poids).

Corinne Voyer.

Au Québec, la loi interdit toute forme de publicité auprès des enfants de moins de 13 ans, explique Corinne Voyer, de la Coalition québécoise sur la problématique du poids.

Photo : Radio-Canada

Mais cela n'empêche pas les entreprises de développer des applications qui sont destinées aux enfants. Souvent, elles se protègent en demandant l’âge et le lieu de résidence avant de permettre l'accès au site et ainsi répondre aux exigences de la loi québécoise.

Le Québec est un précurseur sur la scène internationale avec une loi qui s’applique à tous les produits, y compris les aliments, mais elle comporte des lacunes, selon Marie-Ève Couture-Ménard, professeure en droit de la santé.

Le mécanisme d'application de la loi repose beaucoup sur les épaules du consommateur. C'est un mécanisme de plainte à l'Office de protection du consommateur. Encore faut-il que les gens connaissent la loi, soient sensibles à la loi et décident de porter plainte.

Marie-Ève Couture-Ménard, professeure en droit de la santé à l'Université de Sherbrooke

La Coalition poids s’est donné le mandat de surveiller les entreprises fautives.

Par exemple, une entreprise ne peut pas inviter les enfants à venir jouer sur son site, comme l’a déjà fait Lucky Charms il y a plusieurs années. On a porté plainte à l'Office de la protection du consommateur et il y a eu condamnation, nous dit Corinne Voyer.

Des jeunes tiennent des téléphones intelligents dans leurs mains.

Sur Internet, les enfants et les adolescents sont bombardés de publicités alimentaires de toutes sortes.

Photo : Radio-Canada

Présentement, les jeunes adolescents sont visés par une variété de produits, mais la loi n’interdit pas la publicité destinée à ces enfants qui sont des mineurs, s’inquiète Marie-Ève Couture-Ménard.

De plus, dans cette jungle du web, les anglophones du Québec sont moins bien protégés par la loi. Par exemple, une chaîne de restauration rapide fait la promotion de jouets pour enfants sur son site anglais, alors que dans la version française, il n'y en a pas. L'entreprise peut expliquer qu’elle cible tout le reste du Canada.

Vers une législation plus musclée

Les techniques de marketing, la fréquence de visionnements, ainsi que tous les partages par les amis risquent d’influencer les jeunes dans leurs choix alimentaires.

Ce marketing a un impact sur la santé des enfants, nous dit Mme Potvin Kent, surtout dans le contexte de la crise d’obésité chez les jeunes Canadiens.

Cela a un impact sur les préférences des enfants, sur ce qu’ils veulent manger, sur ce qu’ils mangent et sur leur taux d’obésité.

Monique Potvin Kent

Une loi pour l'ensemble du pays s'impose, selon cette professeure spécialisée en droit de la santé.

On ne parle pas d’interdire les aliments sucrés ou d’interdire, par exemple, les chips. On dit : pourquoi est-ce qu'on ne peut pas avoir une mesure qui permet de réduire l'incitation à en manger?

D’ailleurs, il y avait un projet de loi fédéral pour protéger les enfants. Il a été abandonné, entre autres parce que l’industrie alimentaire s’était opposée à plusieurs aspects du projet. À ce jour, le gouvernement a toujours parmi ses priorités la mise en place d'une loi qui ciblerait la publicité de malbouffe destinée aux enfants.

Le gouvernement libéral s'était engagé à protéger le reste du Canada de la publicité aux enfants, affirme Corinne Voyer.

L'Organisation mondiale de la santé aussi se demande comment on peut réglementer le marketing alimentaire sur Internet.

Selon Monique Potvin Kent, il y a urgence. Il faut vraiment que notre société développe des solutions technologiques pour réduire la quantité de publicités que voient les enfants sur Internet. La solution est peut-être d'enregistrer l’âge dans tous nos appareils intelligents?

Marie-Ève Couture-Ménard pense que l’on doit s’inspirer d’autres lois pour agir. Je pense qu'on est rendus là. Je pense souvent aux lois sur le tabac. On se disait que ce serait impossible et, aujourd'hui, on a de multiples interdictions et des mesures.

Le reportage d'Andrée Langlois et de Johane Despins sera diffusé à l'émission L'épicerie, sur ICI Radio-Canada Télé, mercredi à 19 h 30.

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