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Analyse

Le vrai problème de Frontier, c'est le faible prix du pétrole

Une poignée de bitume dans un gant de travail.

L’entreprise Teck Resources, de Vancouver, abandonne le projet Frontier, qui devait voir le jour en Alberta.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

L’abandon du projet Frontier, en Alberta, par Teck Resources a plus à voir avec les faibles prix du pétrole qu’avec l’incertitude réglementaire au Canada, selon l’économiste Éric Pineault. Comme dans le dossier Énergie Est en 2017, il semble évident que le promoteur ne voyait pas le jour où ce vaste projet aurait pu devenir rentable.

C’est un engagement de 20 milliards de dollars qui allait être nécessaire pour mettre en oeuvre ce mégaprojet de sables bitumineux. Cet investissement devait permettre, à terme, d’extraire 260 000 barils de pétrole par jour pendant 41 ans. Le projet devait générer des retombées économiques de 70 milliards pour les trois ordres de gouvernement.

Teck Resources travaille sur ce projet depuis 2011 et l'a présenté en 2015. L’entreprise prévoyait alors qu’en 2020, le prix du baril de pétrole allait osciller entre 80 et 90 $ US pour le WTI américain, prix de référence nord-américain. Pour l’entreprise, ce prix était minimal pour commencer à creuser. Et la société entrevoyait un baril de pétrole à 95 $ US en 2025, au moment du commencement de l’exploitation.

Or, le prix du baril se maintient autour de 50 ou 55 $. Et si l’économie mondiale devait ralentir davantage ou tomber en récession, il est clair qu’une hausse des prix n’apparaîtrait pas à l’horizon. Surtout, l’Amérique du Nord nage dans les surplus de pétrole depuis qu’on s’est mis à fracturer, affirme Éric Pineault, de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, en entrevue à RDI économie lundi soir, en faisant référence à l’essor du pétrole de schiste.

L’abondance de l’offre maintient les prix à de faibles niveaux, selon lui. Et l’incertitude sur la tarification du carbone, imposée par Ottawa, chose qui est contestée par plusieurs provinces, dont l’Alberta, rend difficile pour une entreprise comme Teck de lancer son projet.

Le projet Frontier doit être financé, analyse Éric Pineault, et il y a beaucoup d’incertitudes en termes de politique climatique canadienne. Les entreprises n’arrivent pas à bien intégrer la politique climatique du pays et ne savent pas non plus ce qu’il en sera dans 20 ans.

Les institutions financières, dit Éric Pineault, sont frileuses d’engager des sommes considérables dans des projets à haute intensité de carbone. Donc, [dans le cas de Frontier], le financement était peut-être fragile.

Don Lindsay, le PDG de Teck Resources, affirme, dans une lettre au ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson, que les provinces doivent s'entendre sur les politiques climatiques. Le manque de clarté rend les investissements supplémentaires difficiles.

Il faut se rappeler qu’il y a deux ans, le PDG de Suncor disait que c’est fini les grands projets, ajoute Éric Pineault. Maintenant, quand on inaugure le dernier grand complexe qui est celui de Fort Hills, on dit que, dorénavant, on est en consolidation, contrôle des coûts, amélioration de la productivité et plus du tout dans l’expansion et dans l’ouverture de projets.

Le projet Montney

Il n’est pas étonnant, dans les circonstances, de voir Teck abandonner son projet. Et il semble clairement plus intéressant, selon Éric Pineault, de miser sur le gaz naturel de la formation géologique Montney, à cheval sur l’Alberta et la Colombie-Britannique. C’est d’ailleurs dans cette région que se situe le gazoduc Coastal GasLink, au cœur de la crise autochtone et du blocage ferroviaire en cours depuis près de trois semaines au Canada.

On est dans une autre réalité économique, dit-il. Ce territoire s’étend sur 150 000 kilomètres carrés, un territoire grand comme le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse ensemble. Et, même si le prix est faible pour le gaz naturel, la viabilité des projets est plus grande que ceux qui sont envisagés dans les sables bitumineux.

Les gisements de gaz conventionnel s’épuisent, la technologie est à point, et le potentiel de croissance du gaz de la formation Montney est exceptionnel. De grands groupes, comme Encana et Shell, ont des projets majeurs pour la formation Montney. Les répercussions environnementales demeurent toutefois floues.

Ce gaz doit être exporté, vers l’est ou vers l’ouest, moins vers le sud et les États-Unis. Et c’est pourquoi les investissements des entreprises se font surtout en faveur de la construction de gazoduc et d’infrastructures de liquéfaction. Le marché est donc très porteur pour le gaz, beaucoup moins pour les sables bitumineux.

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