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  • Africville : la triste histoire d’une communauté noire de la Nouvelle-Écosse

    Enfants près d'un puits à Africville vers 1965.

    Malgré les demandes des résidents, il n'y avait toujours pas d'eau potable à Africville en 1965.

    Photo : Archives de la Nouvelle-Écosse / Bob Brooks

    Radio-Canada

    C’est une histoire peu connue que celle de la communauté noire au Canada. En ce Mois de l’histoire des Noirs, revisitons en archives Africville, un quartier de la Nouvelle-Écosse où résidait une des premières colonies noires du pays.

    J’ai saisi l’étendue du racisme quand je suis arrivé à Halifax et que j’ai vu les Noirs aux prises avec des problèmes de logement, de chômage. Quand j’ai réalisé que partout dans la province, les Noirs ne pouvaient s’asseoir dans les mêmes rangées que les Blancs dans les cinémas.

    Docteur William Olivier, pasteur baptiste

    Les racines du racisme en Nouvelle-Écosse

    La communauté noire de la Nouvelle-Écosse est l'une des plus anciennes du Canada. Concentrée à Halifax, cette population a subi maintes manifestations de racisme au cours des siècles.

    Dans ce reportage présenté au Point le 28 mars 1984, le journaliste Daniel Caron explique que, même si la population noire est établie depuis fort longtemps en Nouvelle-Écosse, le racisme est important. « La discrimination possède non seulement une histoire, elle est aussi une tradition. »

    Le Point, 28 mars 1984

    Les deux groupes afro-américains qui se sont installés en Nouvelle-Écosse et qui y ont fondé les premières colonies de peuplement sont les loyalistes, entre 1782 et 1784, et les Jamaïcains, de 1796 à 1800. 

    Quelques années plus tard, entre 1813 et 1816, les réfugiés noirs fuyant les États-Unis rejoignent les côtes néo-écossaises. 

    Les Britanniques promettent aux Américains noirs et blancs qui s’installent dans les colonies anglaises « des terres et des provisions libres de toute servitude ».

    Hélas, le sort réservé aux Noirs n’égale en rien l’eldorado promis par les Anglais. Les loyalistes blancs reçoivent les plus belles terres.

    Ginette Breton, journaliste

    L’esclavage est proscrit au début du 20e siècle en Nouvelle-Écosse, mais il faudra attendre 1954 avant que la première école mixte ne soit introduite. Avant cela, les lois ségrégationnistes ont cours dans la province.

    Selon George McCurdy de la Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse, le racisme est institutionnalisé en Nouvelle-Écosse.

    La journaliste Ginette Lebreton retrace l’histoire et le contexte social des relations entre les Noirs et les Blancs de la Nouvelle-Écosse dans un reportage présenté au Point le 31 janvier 1989.

    Le Point, 31 janvier 1989

    La pauvreté et la ségrégation dont sont victimes les membres de cette communauté les incitent à se regrouper.

    Africville, vivre pauvrement, mais dignement

    Africville est un quartier adjacent à la ville d’Halifax où s’installent au départ 400 Noirs vers 1840. Ses habitants y possèdent des entreprises de pêche, des fermes et de petits commerces.

    Bien que ses résidents paient des impôts, Africville ne dispose d’aucun système d’égouts, de distribution d’eau potable, ni de collecte de déchets.

    Les résidents signent de nombreuses pétitions pour avoir accès à ces services, en vain. Les demandes des citoyens d’Africville subissent chaque fois un refus de la part de l’administration municipale d’Halifax.

    Malgré l’absence de services de base, les Africvilliens sont fiers de leurs maisons, dont ils sont propriétaires. L’entraide communautaire y est importante. Le village possède son école et son église.

    La Ville d’Halifax assombrira encore plus le sort d’Africville en y construisant tout autour de nombreuses infrastructures indésirables. La communauté d’Africville devient bientôt la voisine d’un dépotoir, d’une prison et d’un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses.

    Tout ce que les résidents blancs d’Halifax ne souhaitent pas voir dans leur ville. Plusieurs de ces derniers qualifient d’ailleurs Africville de bidonville.

    En 1964, le conseil municipal d’Halifax décide de raser Africville et de déplacer ses habitants dans des logements de la ville. Un traumatisme pour la communauté qui se voit dépouillée du peu qu’elle possède. Le quartier est démoli, malgré la résistance et les protestations. La dernière maison est détruite en janvier 1970.

    Les excuses et la reconnaissance

    En 1996, Africville est officiellement reconnu lieu historique national. Denis Martin Chabot évoque l'histoire du village rasé dans les années 60 dans ce reportage présenté au Téléjournal, le 5 juillet 2002.

    LeTéléjournal, 5 juillet 2002

    Les racines des habitants d’Africville sont restées profondes. Même si un pont et un parc ont remplacé leur agglomération, « la spiritualité des habitants, elle, n’a jamais été expropriée ».

    En 2010, le maire d’Halifax présente des excuses officielles pour la destruction d’Africville et son église est reconstruite en 2012. Elle abrite aujourd’hui un musée.

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