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L’abandon de Frontier sonne-t-il le glas des mégaprojets énergétiques?

Une pelle minière remplit un camion de transport sur une mine de sables bitumineux près de Fort McMurray, en Alberta.

Opposition des groupes environnementaux, incertitude politique, frilosité des investisseurs... Plusieurs facteurs sont à prendre en compte.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

Teck Resources a préféré abandonner son mégaprojet d’exploitation des sables bitumineux Frontier, et certains y voient la preuve qu’il est de plus en plus difficile de concrétiser de tels projets, et ce, pour différentes raisons.

”  Pour la professeure titulaire Geneviève Tellier, de l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa, la décision de Teck Resources marque un tournant. Ça vient vraiment de changer la donne, résume-t-elle.

C’est une compagnie privée qui vient dire au gouvernement : “Si vous ne créez pas des conditions favorables à ce genre d’investissements [...] si vous n'assurez pas la transition vers une économie plus verte, on va toujours avoir de l’opposition”, explique la professeure. Ça vient mettre un gros point d’interrogation sur la viabilité de ces projets-là.

C’est une leçon qui est faite à la classe politique. 

Geneviève Tellier, professeure titulaire à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa

Dans sa lettre envoyée au ministre fédéral de l’Environnement, l’entreprise vancouvéroise évoque, en effet, le contexte social pour expliquer sa décision. La nature de notre activité dicte qu'une minorité bruyante s'opposera presque inévitablement à des développements spécifiques, note-t-elle.

Nous sommes prêts à faire face à ce genre d'opposition. Frontier, cependant, est apparue dans un débat plus large à propos des changements climatiques et du rôle que le Canada doit jouer pour y faire face.

Trop d’incertitudes

Cela envoie un message comme quoi les grands projets de cette nature-là, pour le moment, ne semblent pas être en mesure d'être concrétisés. Même si on a l’appui des Autochtones, ce qui était le cas de ce projet, dit le politologue Frédéric Boily, de l'Université de l'Alberta.

Le projet Frontier avait reçu l'appui de 14 Premières Nations et communautés métisses, dont celle de Fort McKay. Si un bon projet comme Frontier ne peut pas voir le jour, c’est impossible pour n’importe quel projet de voir le jour , estime son président, Ron Quint.

M. Quintal va jusqu’à dire qu'il s'agit d'une crise nationale. Il ne remet pas en question le fait qu’il faut faire face au changement climatique, mais les incertitudes n’aident personne.

Ottawa devait annoncer d’ici la fin du mois s’il donnait ou non son feu vert au mégaprojet.

Même s’il avait été approuvé, il n’y a rien qui garantissait qu’économiquement le projet était viable, souligne Frédéric Boily. Il y avait l’incertitude politique qui venait s’ajouter à l’incertitude économique.

Frontier représentait un investissement de 20 milliards de dollars.

Frilosité des investisseurs

Geneviève Tellier évoque le cours du prix du pétrole et la frilosité des investisseurs. Les grands investisseurs commencent à cibler davantage des projets dans lesquels l'environnement a une place, constate-t-elle.

Pour ces raisons, le projet de mine n’était pas viable économiquement, dit-elle. Est-ce qu’il l’aurait été pour les prochaines années? On ne sait pas.

Le potentiel du Canada ne se réalisera pas tant que les gouvernements ne seront pas parvenus à une entente sur la manière de traiter les politiques climatiques dans un contexte d’exploitation responsable de l'énergie, écrit le président de Teck Resources dans sa lettre.

« Sans clarté sur cet enjeu crucial, la situation à laquelle Frontier a fait face demeurera et il sera très difficile d'attirer de futurs investissements, qu'ils soient nationaux ou étrangers », ajoute-t-il.

Aux yeux du responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin, l’abandon du projet Frontier est la preuve qu'on est à une époque charnière. On voit de grands investisseurs, de grandes pétrolières qui se retirent des sables bitumineux , dit-il.

Il propose d'autres avenues : Il y a des occasions d’investissements majeurs dans des solutions qui existent, qui manquent cruellement de financement, que ce soit les énergies renouvelables, les transports collectifs, les bâtiments verts... Il y a des moyens de réduire notre dépendance au pétrole et de créer des emplois stables.

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