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Le théâtre documentaire : il faut oser dialoguer avec le diable

Portrait d'Annabel Soutar

Annabel Soutar

Photo : Les productions Porte-Parole/Vivian Doan

Radio-Canada

L’art d’Annabel Soutar veut rassembler les gens malgré leurs divisions. C’est pourquoi, pour elle, il est essentiel de présenter tous les points de vue sur scène, même si ceux-ci peuvent être troublants. Même s'ils sont portés par de violents misogynes.

Cette dramaturge et productrice de théâtre documentaire est derrière le succès retentissant de J’aime Hydro. Elle a aussi braqué les projecteurs sur des plaies ouvertes de la société, avec des pièces comme Fredy, abordant le profilage racial et la mort de Fredy Villanueva; Grain(s), qui a traité des OGM et de Monsanto; et sa plus récente pièce, L’assemblée, qui aborde le féminisme, le port de signes religieux et l’immigration.

Un rond entoure les noms des victimes

Un monument sur lequel est inscrit le nom des 14 victimes de la tragédie de l'École polytechnique de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Elle travaille présentement sur Projet Polytechnique, qui revient sur les traces de l'attaque antiféministe ayant causé la mort de 14 femmes, le 6 décembre 1989. La compagnie de théâtre Porte Parole est toujours à la recherche de la question principale qui va guider la pièce, mais l’équipe sait qu'elle va aborder la violence, la misogynie, et comment on communique autour de ces tueries qu’on voit beaucoup aux États-Unis, a expliqué Annabel Soutar sur le plateau de Tout le monde en parle.

Le comédien Jean-Marc Dalphond a d’ailleurs un rapport très personnel avec la tuerie – sa cousine était une des victimes du tireur Marc Lépine. Il a été choqué l’an dernier, lorsqu’il a publié la liste des victimes sur son fil Twitter, et que des personnes l’ont accusé d’instrumentaliser le carnage pour resserrer les lois encadrant les armes à feu.

Je lui ai dit : “Il faut que tu interviewes ces gens-là, il faut qu’on aille chercher ces gens-là et leur demander – peut-être de façon anonyme, peut-être qu’on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils fassent ça avec leur vrai nom – mais il faut aller dialoguer avec le diable, un petit peu, explique Annabel Soutar.

Elle a affirmé que la pièce ne prendrait pas la défense des personnes misogynes, mais qu’il fallait entendre leur point de vue. Le but étant d’apprendre à changer notre manière de communiquer en tant que société, pour ultimement éviter la violence. Je crois que, si l'on veut comprendre la violence, il faut être en contact avec la violence.

Ne pas faire la morale

Le théâtre d’Annabel Soutar est incisif, il met son doigt sur le bobo, mais il n’apporte pas de réponses définitives pour autant.

Annabel Soutar est à la table des invités.

La productrice et dramaturge Annabel Soutar

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Elle témoigne que les spectateurs et spectatrices peuvent en ressentir des frustrations, comme avec L’assemblée, qui ne prend pas position. On présente plutôt « des chicanes », et on invite ensuite le public à prendre parole.

C’est très important qu’on ne soit pas une église. Je ne suis pas là pour faire la morale, a-t-elle soutenu. Je crois [qu’il faut] mettre en contact les différentes voix de la société pour mieux s’écouter.

Démocratiser le théâtre

Le but de l’exercice est en fin de compte de rendre le débat accessible à tous. Pour Annabel Soutar, il est essentiel que son art aborde un conflit, et que les enjeux reflètent des gens issus de partout dans la société.

Et c’est en ce sens que la dramaturge déplore que le théâtre ne soit « pas un espace populaire », mais qu’il semble réservé à une certaine élite.

Je crois que les gens doivent manger du pop corn dans les théâtres, boire de la bière, hurler pendant le spectacle, se sentir en connexion avec la scène. Souvent, quand je m’en vais au théâtre, je me sens tellement à distance de ce qui se passe là-bas. Je crois que le théâtre existe pour le présent, nous rassembler dans le présent pour créer une démocratie puissante, plus humaine, et ça me manque dans le théâtre, souvent.

Annabel Soutar, dramaturge et productrice

L'assemblée sera présentée du 25 février au 8 mars à l'Espace Go, à Montréal. La version anglaise, The Assembly, sera quant à elle présentée du 25 février au 7 mars au Centre national des Arts, à Ottawa.

La pièce Seeds sera reprise au Conservatoire d'art dramatique de Montréal le 29 février.

Tout inclus sera présentée au Périscope à Québec à compter du 14 avril. Quant à Chère Éléonore, elle sera présentée en janvier prochain à l'Espace Go et Projet Polytechnique sera en tournée au Québec en 2022.

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