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En Allemagne, le parti d'Angela Merkel s'enfonce dans la crise

La chancelière allemande Angela Merkel.

Une crise agite le parti conservateur l'Union démocrate-chrétienne (CDU), à mesure qu'approche la fin de l'ère Merkel dans le pays.

Photo : Reuters / Hannibal Hanschke

Agence France-Presse

Une controverse a éclaté samedi au sein du parti conservateur allemand d'Angela Merkel au sujet d'un projet d'alliance régionale avec l'extrême gauche, faisant un peu plus tanguer ce mouvement en pleine crise identitaire.

Elle survient dans le sillage immédiat d'une autre polémique autour du positionnement de l'Union démocrate-chrétienne (CDU), cette fois à l'égard de l'extrême droite, qui a déjà coûté son poste à sa présidente. Une crise symptomatique des remous qui agitent le parti à mesure qu'approche la fin de l'ère Merkel dans le pays.

Nous traversons une crise de confiance, a résumé samedi le ministre de la Santé Jens Spahn, étoile montante de la CDU et l'un des favoris pour remplacer un jour la chancelière au pouvoir.

Il en va ni plus ni moins de la crédibilité de la CDU en Allemagne, qui déjà s'effrite mois après mois dans les sondages, avant des élections législatives prévues au plus tard l'an prochain, lui a fait écho le secrétaire général du parti, Paul Ziemiak.

La dernière passe d'armes a été déclenchée par la décision vendredi soir des élus du parti en Thuringe de soutenir l'élection prévue le 4 mars d'un responsable de la gauche radicale allemande, Bodo Ramelow, à la tête de cet État régional.

La CDU locale est prête à y tolérer pendant une année un gouvernement minoritaire de gauche avec cet élu du parti Die Linke à sa tête, avant de nouvelles élections régionales programmées le 25 avril 2021.

Mais en agissant de la sorte, les élus se sont affranchis de la ligne officielle dite du « ni-ni » du parti de la chancelière, c'est-à-dire aucune alliance ni avec l'extrême droite, ni avec l'extrême gauche, issue en Allemagne du parti communiste de la dictature est-allemande tombée en 1989.

Un tabou d'après-guerre

La CDU de Thuringe a agi de la sorte pour tenter de sortir cette région de la paralysie, dans laquelle l'a d'abord plongée l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

Cette dernière s'était d'abord alliée au début du mois avec la droite modérée, y compris les élus du parti de Mme Merkel, pour élire un chef de gouvernement, provoquant une levée de boucliers nationale et contraignant la présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée « AKK », à démissionner.

Désormais, c'est pour avoir brisé un autre tabou d'après-guerre, celui de la coopération avec l'extrême gauche, que la CDU de Thuringe se retrouve sous le feu des critiques en interne.

Toute personne qui votera en faveur de M. Ramelow pour qu'il devienne chef du gouvernement régional se mettra en infraction avec les résolutions de la CDU au plan national, a averti samedi M. Ziemiak.

Le chef de file CDU à Berlin, Kai Wegner, a lui dénoncé un « coup de poignard au cœur de notre parti », tandis que le président conservateur de la chambre des députés, Wolfgang Schäuble, a rejeté « toute coopération entre la CDU » et Dne Linke, qui « juridiquement est encore le vieux SED », l'ancien parti communiste de RDA.

La ligne du « ni-ni » devient toutefois de plus en plus difficile à maintenir par les démocrates-chrétiens allemands, dans un paysage politique national morcelé par la poussée électorale de l'extrême droite, qui complique la formation de majorités à tous les niveaux.

La gauche radicale s'estime, elle, « diffamée » d'être mise sur le même plan que l'AFD, surtout depuis les attentats racistes d'Hanau cette semaine.

Les dirigeants de la CDU eux-mêmes vont jusqu'à accuser ce parti anti-migrants d'abriter des « nazis » ou des « fascistes » en son sein. En outre, M. Ramelow est un pragmatique et un modéré, très éloigné des héritiers du parti communiste est-allemand.

Ces remous risquent de compliquer un peu plus la recherche d'un nouveau président de la CDU suite au départ d'AKK et la clarification promise de la ligne du parti à l'égard des extrêmes.

La CDU doit en principe dévoiler les noms des prétendants et le calendrier lundi. Face aux tensions en interne, le choix pourrait être reporté à la fin de l'année, avec entre temps une présidence collégiale intérimaire.

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