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Vers une trêve historique en Afghanistan

Un homme lit un journal sur les pourparlers de paix à Kaboul, en Afghanistan.

Une trêve temporaire entre les Etats-Unis et les talibans est entrée en vigueur ce samedi, ouvrant la voie à la signature d'un accord de paix la semaine prochaine.

Photo : La Presse canadienne / Rahmat Gul

Agence France-Presse

La trêve partielle en Afghanistan semble avoir été respectée samedi, jour de son entrée en vigueur, malgré des attaques isolées qui n'ont cependant pas empêché des centaines de personnes de célébrer ce possible tournant historique dans un conflit vieux de 18 ans.

Cette trêve graduelle d'une semaine était censée s'appliquer depuis minuit heure locale, avant l'éventuelle signature d'un accord sans précédent entre les talibans et les États-Unis le 29 février, à condition qu'une baisse des attaques soit constatée sur tout le territoire afghan.

À Jalalabad, dans l'est de l'Afghanistan, des cyclistes en tenues de lycra avaient organisé une Coupe de la paix, un événement difficilement imaginable dans une ville souvent visée par des attaques meurtrières.

Nous nous sommes rassemblés pour marquer cette réduction de la violence, a expliqué à l'AFP Fazli Ahmdi Fazli, l'organisateur de cette course.

Malgré des incidents isolés depuis le début de la trêve – comme dans la province de Balkh (nord), où les insurgés ont tué deux soldats afghans selon un responsable local – le général Scott Miller, commandant des forces américaines et de l'OTAN dans le pays, s'est dit confiant, lors d'une conférence de presse à Kaboul samedi matin.

C'est le premier matin où je peux sortir sans la peur d'être tué par une bombe ou une attaque suicide. J'espère que cela va continuer pour toujours.

Habib Ullah, chauffeur de taxi à Kaboul

Qais Haqjo, forgeron de 23 ans, était moins optimiste. Je pense que les Américains sont en train de s'enfuir et d'ouvrir la voie pour que les talibans reviennent et gouvernent le pays, a-t-il dit dans son atelier dans la capitale afghane.

Cette trêve partielle, ou réduction des violences, est censée démontrer la bonne volonté des insurgés islamistes avant la signature à la fin du mois d'un accord avec Washington, sur un retrait graduel des troupes américaines en échange notamment de garanties sécuritaires.

C'est une période d'essai, a souligné le général Miller.

Nous avons un très bon mécanisme pour mesurer ce qui se passe dans chaque camp, a-t-il indiqué, tout en admettant que la communication entre les deux parties serait cruciale pour le bon déroulement de cette trêve partielle.

Les deux camps resteront en contact via une chaîne de communication militaire à Doha, a-t-il précisé.

Nous avons stoppé nos opérations offensives sur le terrain, a ajouté le général Miller, tout en précisant que les forces américaines restaient prêtes à riposter en cas d'attaque.

Le ministre afghan de la Défense Assadullah Khalid a lui aussi confirmé lors de cette conférence de presse que toutes les opérations des forces afghanes étaient à l'arrêt, mais a mis en garde contre les risques de provocations.

Bien que les talibans aient affirmé que leurs combattants s'abstiendraient d'entrer dans les zones sous contrôle gouvernemental durant la trêve, un responsable afghan a assuré qu'ils seraient les bienvenus et que les forces de sécurité les accueilleraient à bras ouverts, comme lors du cessez-le-feu de 2018.

La réduction des violences couvre les capitales provinciales, quartiers généraux de l'armée, divisions, centres de bataillons et bases des forces étrangères, a cependant précisé Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, sur Twitter samedi.

Chaque tir par les moudjahidines ne devrait pas être considéré comme une violation. Ce n'est pas un cessez-le-feu.

Le porte-parole n'a pas mentionné les routes, souvent très dangereuses, que de nombreux Afghans espèrent enfin pouvoir emprunter afin de découvrir leur pays si la situation sécuritaire s'améliore.

Des forces de sécurité afghanes intervenant sur les lieux d'un attentat.

Les affrontements en Afghanistan ont fait plus de 10 000 victimes en 2019.

Photo : Associated Press / Massoud Hossaini

Une divergence semble toutefois déjà poindre entre les protagonistes sur le contenu du futur accord.

Un porte-parole taliban, Suhail Shaheen, a ainsi tweeté que l'accord verrait toutes les forces étrangères quitter l'Afghanistan, alors que Washington a annoncé vouloir réduire leur nombre à 8600 ou moins.

Les talibans ont été chassés du pouvoir en Afghanistan par une coalition internationale menée par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Ils ont ensuite mené une guérilla incessante, qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité afghanes et plus de 2400 soldats américains.

Selon la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), 3404 civils ont été tués et 6989 blessés en 2019.

En cas de signature de l'accord, des discussions inter-afghanes doivent s'ouvrir, alors que les talibans refusent depuis 18 ans de négocier avec le gouvernement de Kaboul, qu'ils considèrent comme une marionnette de Washington.

D'après une source talibane au Pakistan, ces pourparlers devraient démarrer le 10 mars.

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