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Blocages ferroviaires : « ce conflit symbolise une lutte beaucoup plus grande »

Trois personnes devant des micros dans un studio d'enregistrement de Radio-Canada.

De gauche à droite, Norm Odjick, Pierrot Ross-Tremblay et Sonia Bonspille Boileau étaient en entrevue à l'émission Les Malins.

Photo : Montage Photos

Radio-Canada

Les barrages de manifestants autochtones qui paralysent le trafic ferroviaire du Canada depuis plus de deux semaines font écho à bien d'autres bras de fer entre l'État et des communautés autochtones, croient plusieurs membres des communautés autochtones.

Cette lutte-là fait écho à d'autres luttes sur le terrain, lance Pierrot Ross-Tremblay, poète, juriste, sociologue, professeur adjoint à l'Institut de recherche et d'études autochtones à l'Université d'Ottawa, de la nation innue Essipit.

Il fait ainsi référence à toutes les luttes que les autochtones ont menées pour garder leurs territoires ancestraux, comme la crise d'Oka dans les années 1990 ou encore Ipperwash, Lac Barrièreet Elsipogtog.

Pour Norm Odjick, directeur général du Conseil tribal de nation algonquine anishnabeg, les relations entre le Canada et les autochtones sont comparables à un mariage.

Ce qu'ils ont fait pour la réconciliation, c'est comme quand il y a un problème dans un couple et que quelqu'un vient avec des chocolats et des fleurs pour s'excuser, mais sans changer de comportement, explique M. Odjick, sans toutefois nier que de bons investissements ont été faits.

C'est vraiment une relation abusive qui est créée, renchérit Pierrot Ross-Tremblay, qui estime que le gouvernement donne son aval à des projets sur des territoires autochtones, sans leur approbation.

On nous parle de consentement, mais on ne peut jamais dire non.

Pierrot Ross-Tremblay, professeur adjoint à l'Institut de recherche et d'études autochtones à l'Université d'Ottawa

Hostiles à un projet de gazoduc qui traverse leurs terres ancestrales, les chefs de la nation Wet'suwet'en, en Colombie-Britannique, ont lancé un mouvement il y a plus de deux semaines en bloquant des voies ferrées. La protestation s'est rapidement propagée dans d'autres provinces, notamment en Ontario et au Québec.

Carte montrant le pipeline traversant le territoire ancestral Wet'Suwet'en d'est en ouest jusqu'au terminal de Kitimat.

Le pipeline traverse le territoire ancestral Wet'Suwet'en d'est en ouest jusqu'au terminal de Kitimat.

Photo : Radio-Canada

À ceux qui jugent que ces blocages sont une entrave au bon fonctionnement de l'économie du pays, Sonia Bonspille Boileau, cinéaste de la nation mohawk, répond : Si on ne touche pas l'économie du Canada, les problèmes et les enjeux des Premières Nations sont ignorés. Donc ce n'est pas pour mal faire.

Les gens qui ont fait la barricade ne sont pas là pour le plaisir. Ils le font parce que ce sont des enjeux incroyablement importants. On parle de droits ancestraux.

Sonia Bonspille Boileau, cinéaste

Une « situation inacceptable », dit Justin Trudeau

De son côté le premier ministre Justin Trudeau considère que le fardeau de la résolution de la crise repose désormais sur les épaules des chefs héréditaires wet'suwet'en, car, a-t-il dit vendredi, son gouvernement a épuisé toutes les options pour la régler de façon pacifique.

Plan rapproché de Justin Trudeau en conférence de presse.

Justin Trudeau veut que cessent les blocages ferroviaires au pays (archives).

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

M. Ross-Tremblay pour sa part croit que M. Trudeau n'a pas réglé des questions bien plus essentielles.

Le premier ministre avait promis au début de son mandat une révolution historique. Il a mis des attentes tellement élevées, ensuite on est tombé dans les cosmétiques avec de fausses promesses et de la reconnaissance symbolique sans vraiment aborder les questions sur le terrain, rétorque-t-il.

On vit toujours dans un régime qui est destiné à invalider nos souverainetés ancestrales et notre détermination.

Pierrot Ross-Tremblay, professeur adjoint à l'Institut de recherche et d'études autochtones à l'Université d'Ottawa

Quelles solutions?

Sonia Bonspille Boileau, Pierrot Ross-Tremblay et Norm Odjick redoutent un statu quo. Ils veulent que tous les partis se mettent à la table des négociations, car cette situation-là risque de se répéter dans le futur étant donné la force du mouvement écologique porté par les jeunes dans le pays.

Tant qu'on n'arrive pas à ce questionnement du fondement même du régime au Canada et qu'on ne met pas tout le monde autour de la table pour réfléchir à une transition, on n'arrivera pas à une solution, souligne M. Ross-Tremblay.

Pour sa part, Sonia Bonspille Boileau croit que le retrait de la Gendarmerie royale du Canada serait la première étape pour dénouer le conflit.

Pierrot Ross-Tremblay, tout comme Norm Odjick, craint une escalade de la violence. Intervenez si vous voyez du racisme ou des violences. Ne laissez pas déraper les choses. Gardez un climat sain pour éviter la violence, enjoint M. Ross-Tremblay.

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Ottawa-Gatineau

Autochtones