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Le ski ballet, la discipline acrobatique oubliée

Alain Laroche sait encore s'amuser avec le ski ballet.

Photo : Radio-Canada

Guillaume Piedboeuf

C’est la discipline oubliée du ski acrobatique. Un sport dont les traces ne consistent plus qu’à des vidéos dans les recoins du web qui font sourire les plus vieux et intriguent les plus jeunes. Pourtant, se rappelle Philippe LaRoche, « le ski ballet, c’est le début du ski acrobatique ».

Des skieurs dansant sur la neige, se projetant dans les airs avec leurs bâtons pour une pirouette puis pivotant sur eux-mêmes au rythme d’une musique rock ou d’une pièce de classique. Les images datent d’une trentaine d’années et semblent sorties d’une autre époque.

C’est un sport qui est vite tombé dans l’oubli et les jeunes d’aujourd’hui ne l’ont pas connu, mais à l’époque c’était une discipline de ski acrobatique au même titre que les bosses et le saut, se remémore Philippe LaRoche, champion du monde de saut en 1991 et 1993.

À ses côtés au bas de la pente-école de la station de ski Stoneham pour une démonstration de ski ballet, son frère aîné Alain revient encore plus loin en arrière. Lors des balbutiements du ski acrobatique, explique-t-il, le ballet, les bosses et le saut ne faisaient qu’un.

Wayne Wong et le ski « hot-dog »

C’était avant la planche à neige, le ski libre et les parcs à neige des années 2000. Une époque où les jeunes désireux de s’éloigner du ski alpin de leurs parents étaient inspirés par le Britanno-Colombien Wayne Wong et ce que plusieurs appelaient le ski « hot-dog ».

Wayne Wong avec de grosses lunettes soleil

Le pionnier du ski «hot-dog» Wayne Wong

Photo : Radio-Canada

Quand ç'a commencé au début des années 1970 aux États-Unis, on prenait les trois épreuves dans la même descente. On commençait dans les bosses en faisant un petit bout de saut, puis on finissait avec du ballet. C’est un peu comme du slopestyle aujourd’hui, raconte Alain LaRoche, champion canadien de ski ballet en 1982.

C'est un style de vie un peu rebelle. On croisait les skis. On faisait du ski à reculons, poursuit Philippe LaRoche, 53 ans.

Pour ce faire, les frères LaRoche n’hésitaient pas à raccourcir leurs skis et allonger leurs bâtons de manière très artisanale, au domicile familial de Lac-Beauport. Les parents n’ont pas trop aimé ça, au début, de nous voir avec la scie dans le garage en train de scier les skis, sourit Philippe.

Ajoutez à cela le fait que Wayne Wong en personne était débarqué à la station Le Relais, à Lac-Beauport, au milieu des années 70, pour une compétition de ski ballet, et la formidable histoire d’amour entre les LaRoche et le ski acrobatique venait de commencer.

Le ballet, la discipline la plus difficile

Le ballet, les bosses et le saut étaient devenus trois épreuves distinctes lorsque les quatre frères LaRoche ont fait leur arrivée sur le circuit mondial de ski acrobatique, dans les années 80. Mais au début c’était obligatoire de faire les trois disciplines et le ballet était probablement la plus difficile. Celle qu’on devait le plus pratiquer. Chez nous, Alain était le meilleur, se rappelle Philippe LaRoche.

Lors des compétitions de ski acrobatique, un champion du combiné des trois épreuves était couronné. C’est d’ailleurs au combiné qu’Alain LaRoche a obtenu ses plus grands succès en carrière, raflant deux titres canadiens et top 3 en Coupe du Monde.

Alain Laroche en équilibre sur la pointe de ses skis

Alain LaRoche sait encore s'amuser avec le ski ballet.

Photo : Radio-Canada

Le ski ballet, c’est une grosse partie de ma carrière, admet ce dernier, se rappelant les innombrables soirées, baladeur attaché sur la poitrine et écouteurs sur la tête, où ses frères et lui pratiquait leurs mouvements de ballet.

C’était la discipline la plus physique. Il fallait faire des pirouettes sur nos pôles et des vrilles un peu comme en patinage artistique jusqu’à 1080°.

Les Olympiques, le début de la fin

Lorsque les trois disciplines acrobatiques ont fait leur entrée aux Jeux olympiques de Calgary, en 1988 comme sports de démonstration, les skieurs aussi polyvalents qu’Alain LaRoche se faisaient rares. On avait maintenant affaire à des spécialistes et chaque discipline devait mener son propre combat pour devenir un sport olympique à part entière.

Quatre ans plus tard, à Albertville, les bosses étaient devenues un sport olympique. Puis le saut en 1994, à Lillehammer, relate Philippe LaRoche. Malheureusement, le ballet, à ce moment-là était peut-être devenu trop artistique et n'a pas pu prendre sa place, estime-t-il, pointant les costumes de plus en plus extravagants des compétiteurs qui n’ont peut-être pas aidé l’image.

Steve Hambling lors d'une compétition de ballet à ski

Une compétition de ski ballet

Photo : Gracieuseté

À la Fédération internationale de ski (FIS), on avait pris le pari qu’en donnant davantage d'importance à la danse, dans le pointage, le sport deviendrait plus attrayant. C’est plutôt l’inverse qui s’est produit, estime, Alain LaRoche. On a délaissé un peu le côté acrobatique et, à mon avis, c’est là que ça a pris une mauvaise direction.

Largué par les Olympiques en 1994, le ski ballet a subi le même sort à la FIS quelques années plus tard. Rapidement, la discipline a été reléguée au rang de souvenir.

Reste qu’aujourd’hui, je regarde ce qui se fait en slopestyle et on pense qu’il y a une partie du ballet qui revient. C’est juste qu’au lieu d’avoir des bâtons, ils ont des rampes et ils font ça sur des modules, conclut Alain LaRoche.

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