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La radio satellite, l'alliée des artistes francophones?

Comme SiriusXM opère au Canada et aux États-Unis, les artistes francophones perçoivent des redevances des deux pays.

Photo : Radio-Canada / Mae Anderson

L'industrie musicale tente depuis plusieurs années de naviguer à travers les défis que posent les nouvelles technologies. À l’ère où les services d’écoute de musique en ligne représentent une maigre part du revenu des artistes, la radio satellite semble être devenue leur principale alliée.

Pour un million d’écoutes, j’ai touché 500 $. J’ai l’impression que ma contribution à Spotify vaut plus, lançait l’auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe lors du Gala de l’ADISQ à l’automne 2019.

Le chanteur est vêtu d'un veston de couleurs différentes.

Pierre Lapointe au Gala de l'ADISQ 2019

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet

Ce n’est pas la première fois que les artistes dénoncent le manque de réglementations quant aux géants du web, qui ont complètement bouleversé l’industrie de la musique.

Je vois la différence, confirme la chanteuse Caroline Savoie, Cinq ans passés, j'aurais pu vendre 15 albums par spectacle, maintenant je suis chanceuse si j'en vends un.

La bonne vieille radio

S'il est de plus en plus difficile d'envisager une carrière lucrative en musique, plusieurs musiciens se rassurent de pouvoir encore compter sur la radio traditionnelle.

L’auteur-compositeur-interprète Joey Robin-Haché explique que les revenus sont plus intéressants lorsque leurs chansons sont jouées sur de grandes radios commerciales, mais que les redevances des radios communautaires sont tout de même importantes.

Un homme aux cheveux long et blond portant des lunettes et une tuque parle de manière décontractée.

L'auteur-compositeur-interprète Joey Robin Haché

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Cependant, ce sont les radios satellites, comme SiriusXM, qui rapportent le plus aux artistes.

Il explique que chaque fois qu’une chanson est diffusée, l’artiste touche un montant d’environ 33 dollars américains.

C’est quand même des gros montants qu’on reçoit, approximativement 33 dollars américains, et ce plusieurs fois par semaine.

Joey Robin-Haché, auteur-compositeur-interprète

Il ajoute que ces revenus ne sont pas négligeables et qu’ils permettent à plusieurs artistes, qui n’ont pas accès aux bourses et aux subventions, d’avoir un revenu.

Moi je ne pourrais pas vivre de ma musique, je pense, si ce n’était pas de SiriusXM.

Caroline Savoie, auteure-compositrice-interprète
Caroline Savoie chante sur la scène

Caroline Savoie affirme qu'une grande proportion de son revenu lui vient des redevances de SiriusXM.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Parenteau

Comme l’entreprise opère au Canada et aux États-Unis, les artistes francophones perçoivent des redevances des deux pays.

Le chanteur acadien, Raphaël Butler, confirme que les différentes chaînes francophones lui permettent de percevoir un salaire raisonnable.

Raphaël Butler.

Raphaël Butler.

Photo : Radio-Canada

Même si sur Spotify j’ai plus de 100 000 écoutes, ce n’est pas de là que vient l’argent. SiriusXM, par exemple, c’est vraiment une somme importante et ça compose une bonne partie du salaire à la fin de l’année.

Raphaël Butler, auteur-compositeur-interprète

Une alliée fragile et imparfaite

En décembre dernier, SiriusXM a conclu une entente de quatre ans avec le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui l’oblige à verser 4 % de ses revenus dans des fonds destinés au développement de contenu canadien.

Plusieurs artistes applaudissent le maintien de ces activités, mais l’ADISQ émet quelques réserves quant à cette entente.

Les contributions ont déjà été à 5 %, elles sont descendues à 4 %, rappelle Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale à l’ADISQ

Depuis 2012, SiriusXM demande au CRTC de faire passer leur contribution de 4 % à 0,5 %, ajoute-t-elle, soulagée que cette demande n’ait pas été acceptée.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ et coprésidente de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles

Solange Drouin aimerait voir plus de chaînes francophones spécialisées.

Photo : ADISQ

L’ADISQ déplore également les iniquités entre les institutions francophones et anglophones.

En effet, l’organisme Factor, qui soutient la musique anglophone, reçoit une part presque deux fois supérieure à son pendant francophone, Musicaction.

De plus, Solange Drouin souligne que parmi les 200 chaînes spécialisées offertes par SiriusXM, seulement quatre d’entre elles sont destinées à la musique francophone.

Nous, ce qu’on souhaitait, c’était d’augmenter ce nombre de chaînes francophones et canadiennes pour donner plus de chance à des artistes de rayonner sur l’ensemble de l’Amérique du Nord, et d’avoir les redevances en conséquence.

Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale à l’ADISQ
Console radio éclairée d'une petite lumière.

L'ADISQ juge que les contributions de la société de radio SiriusXM Canada ne sont pas justes entre les deux communautés linguistiques.

Photo : Radio-Canada / Mae Anderson

Elle compare SiriusXM à une sorte de loterie, puisque tous les artistes n’ont pas la chance de faire partie de la programmation. Comme les redevances correspondent à la fréquence de diffusion, les montants reçus sont irréguliers et ne sont jamais garantis.

Si tu te retrouves sur un top 10, c’est sûr que tes chansons sont plus en forte rotation, alors il y a plus de cachet qui rentre, affirme la chanteuse Caroline Savoie.

Un avenir incertain

L’auteur-compositeur-interprète Matt Boudreau fait partie des artistes qui ont la chance de gagner un bon salaire grâce aux redevances de la radio satellite, mais pas question de mettre tous ses œufs dans le même panier.

Matt Boudreau jouant de la guitare.

Matt Boudreau se sert de ses redevances pour développer un studio d'enregistrement indépendant.

Photo : Radio-Canada / Camille Bourdeau

Il réinvestit une bonne partie de ses revenus dans des instruments de musique et dans de l’équipement pour bâtir son propre studio d’enregistrement.

Mon but est de devenir producteur d’albums, en même temps, ça me fera un job plus tard si la radio satellite n’existe plus. Au moins, j’aurai quelque chose pour faire de l’argent.

Matt Boudreau, auteur-compositeur-interprète

La visibilité n’est pas une forme de rémunération

Depuis plusieurs années, l’industrie musicale réclame un meilleur cadre législatif pour les médias numériques. Les services d’écoute de musique en ligne se défendent souvent sous prétexte qu’ils offrent de la promotion gratuite aux artistes.

Caroline Savoie admet que l’application Spotify lui a permis de se retrouver sur des listes d’écoute, qui lui ont donné accès à un nouveau public.

L'application Spotify sur un écran de téléphone

L'application Spotify sur un écran de téléphone

Photo : iStock / stockcam

Joey Robin-Haché est aussi d’avis qu’il s’agit d’un outil indispensable pour promouvoir un artiste et sa musique au niveau national et international, mais il soutient que les créateurs doivent être payés pour leur travail.

Il y a quelques semaines, le rapport Yale sur la législation en matière de radiodiffusion et de télécommunications recommandait au gouvernement fédéral d’effectuer un virage majeur pour s’adapter à l’ère numérique.

Un homme portant une barbe, en complet veston et cravate, est assis et parle au public

Le ministre du Patrimoine Steven Guilbault veut agir rapidement suite à la publication du rapport Yale.

Photo : Radio-Canada

Ces changements concernent entre autres, la révision du rôle du CRTC et la mise en valeur du contenu canadien sur les plateformes de diffusion.

L’ADISQ se réjouit des recommandations et Solange Drouin se dit convaincue que le gouvernement, et que le ministre du Patrimoine Steven Guilbault, agiront rapidement dans ce dossier.

Pour l’instant, les espoirs sont encore permis, on s’attend à quelque chose, affirme-t-elle.

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