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Des groupes racialisés font preuve de solidarité avec les chefs héréditaires Wet'suwet'en

Des manifestants entre des wagons sur une voie ferrée.

Les manifestants bloquent les trains en solidarité avec les chefs héréditaires Wet'suwet'en.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Mugoli Samba

Alors que les démonstrations d’opposition au pipeline Coastal GasLink se poursuivent à travers le Canada, certaines communautés racialisées font publiquement part de leur soutien aux chefs héréditaires Wet’suwet’en. Ces personnes prennent aussi part à des réflexions sur leurs relations avec les peuples autochtones.

C’est le cas du collectif Black Lives Matter Vancouver, qui tiendra une soirée marquant la fin du Mois de l’avenir noir le 29 février. Elle mettra en scène des artistes tels que Tonye Aganaba et Désirée Dawson. La moitié de tous les profits amassés seront versés à un fonds de défense juridique pour les chefs héréditaires Wet’suwet’en.

Emily Johnson portant un chandail sur lequel on peut lire Team Indigenous.

Emily Johnson est membre du collectif Black Lives Matter Vancouver.

Photo : courtoisie / Emily Johnson

Nous reconnaissons les manières dont le combat [de la communauté noire] est intrinsèquement lié au combat des peuples autochtones, explique Emily Johnson, membre du collectif. Malgré certaines différences, ils représentent les deux côtés d’une même médaille, c’est-à-dire la violence et l’oppression coloniale.

Le collectif Black Lives Matter Vancouver dit reconnaître qu'il mène des actions sur les terres non cédées de la Première Nation Coast Salish, des Nations Squamish, Tsleil-Waututh et Musqueam, ajoutant que ces membres ne peuvent donc pas se battre pour le respect de leurs droits sans prendre en compte la réalité des peuples autochtones au pays.

Un écusson sur lequel on peut lire Black Lives Matter est cousu sur le manteau d'une femme ayant le visage masqué par un foulard.

Une manifestante qui participe au blocage de voie ferrée à Saint-Lambert, au Québec, arbore un écusson de Black Lives Matter, un mouvement dénonçant les mauvais traitements subis par les personnes noires.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Clifford Atleo, un professeur associé Tsimshian et Nuu-chah-nulth spécialisé en gouvernance autochtone à l’Université Simon-Fraser, soutient lui aussi l’idée que différents groupes racialisés font face aux mêmes forces oppressives.

Il existe une compréhension, à un certain niveau, au sein des cercles activistes, qu’ils ont tout un adversaire commun [....] : le capitalisme, les gouvernements de occidentaux, les compagnies extractives, décrit-il.

Clifford Atleo en gros plan.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Clifford Atleo est un professeur associé en gouvernance autochtone à l’université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.

Photo : Clifford Atleo/Université de la Colombie-Britannique

C’est pour cette raison que des activistes de couleur au pays choisissent de faire part de leur soutien dans divers combats menés par les Premières Nations. Cette expression de solidarité est ancrée dans l’histoire, ajoute Clifford Alteo.

C’est comme lorsqu’il y a eu le mouvement autochtone américain, ou Red Power, et les Panthères noires. On voyait de la solidarité entre ces groupes dans les années 1960, rappelle le professeur. Des groupes noirs et autochtones ont aussi fait preuve de solidarité mutuelle au Canada, notamment en soutien au mouvement Black Lives Matter dans les six dernières années et lors de la montée d'Idle No More.

Les communautés asiatiques élèvent leurs voix

Les communautés noires au pays ne sont pas les seules à faire preuve d’un tel soutien. Des Canadiens de descendance asiatique ont récemment publié une déclaration intitulée : Asiatiques en soutien au territoire et à la gouvernance Wet’suwet’en. Plus de 900 personnes ont signé la déclaration à titre personnel, ou au nom d’organisations représentant elles aussi des personnes de descendance asiatique.

Une capture d'écran des premiers paragraphes de la déclaration.

La déclaration de solidarité « Asiatiques en soutien de la juridiction et la gouvernance Wet’suwet’en » est disponible en 14 langues.

Photo :  Capture d’écran - asiansinsupportofwetsuweten.water.blog

Les combats des peuples autochtones et asiatiques sont intrinsèquement liés, rappellent-ils également. Les divisions raciales sont utilisées délibérément pour masquer la diversité des relations que nous tenons avec le territoire et servent à des fins corporatives.

Nous rejetons ces divisions et cherchons de nouvelles relations, déclarent-ils.

Kimberley Wong, une femme de descendance chinoise résidant à Vancouver, a signé la déclaration à titre personnel. Selon elle, les communautés chinoises et hongkongaises observant le conflit opposant les chefs héréditaires à Coastal GasLink et les diverses branches du gouvernement peuvent observer des ressemblances entre le conflit actuel, la crise d’Oka des années 1990 et la situation politique à Hong Kong.

Kimberley Wong et un groupe de personnes jeunes et âgées autour d'une table.

Kimberley Wong (gauche), aux côtés d'un groupe de membres de la communauté asiatique de Vancouver pour peindre des banderoles en soutien aux chefs héréditaires Wet'suwet'en.

Photo : Courtoisie de Kimberley Wong

Pourquoi n'essayons-nous pas d'aider ces deux communautés?

Kimberley Wong, habitante de Vancouver

Mais cette communauté reconnaît aussi le rôle qu’elle peut jouer dans l’oppression de Premières Nations. La déclaration reconnaît également le rôle qu’a joué le financement en provenance d'Asie de l'Est dans la dépossession et la destruction de territoires autochtones au Canada. De nombreuses entreprises investissant dans le projet du pipeline GNL de Coastal GasLink sont établies en Chine, au Japon et en Corée du Sud.

Parmi les organismes ayant signé la déclaration se trouvent des groupes issus des communautés japonaise, philippine, chinoise, hongkongaise et bangladaise.

Une solidarité nécessaire

Il est important de noter que les peuples autochtones ne sont pas monolithiques. Dans le cas précis du pipeline Coastal GasLink, tous les membres de la communauté Wet’suwet’en ne sont pas opposés au projet du pipeline, rappelle le professeur Clifford Atleo.

Lors d’un rassemblement d’environ 200 personnes à Houston, en Colombie-Britannique, cette semaine, de nombreuses personnes ont fait part de leur soutien au projet.

Plan moyen de Robert Skin de profil au micro réservé au public lors de la réunion.

Robert Skin, élu au conseil de la Première Nation Skin Tyee, qui est membre de la nation Wet'suwet'en, a publiquement exprimé son soutien au projet. Selon lui, les manifestants à travers le pays ne comprennent « qu'un seul côté de l'histoire ».

Photo : Radio-Canada / Kyle Bakx

Emily Johnson et Kimberley Wong reconnaissent toutes deux cette complexité et croient que le premier devoir de toute personne non autochtone est d’écouter les voix de ces communautés et de s’informer. Elles se servent de nombreuses ressources créées par des personnes autochtones disponibles en ligne et sur les réseaux sociaux.

Mais qu’il s’agisse de la question du pipeline Coastal GasLink ou d’autres questions touchant les Premières Nations à travers le pays, Clifford Atleo croit que la solidarité des personnes non autochtones est nécessaire.

C’est dans des situations de ce genre où le fait que les personnes autochtones ne représentent que 5 % de la population [du Canada] et encore moins dans certaines régions que cela devient important, explique-t-il. Elles dépendent entièrement de la solidarité de personnes non autochtones, de personnes de couleur, de personnes noires, de personnes blanches [pour faire entendre leurs voix].

Jennifer Wickham, porte-parole du campement Gidimt’en qui bloque l'accès au site des travaux du pipeline, a affirmé qu’elle accueillait cette solidarité, qu’elle qualifie comme étant profonde.

Des centaines de personnes, y compris des enfants, défilent avec des pancartes.

Des manifestations appellant au respect de la souveraineté des Wet'suwet'en qui s'opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink ont eu lieu à travers le pays.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Selon elle, la solidarité témoigne de l’unité des communautés autochtones et non autochtones lorsque nous faisons face à des violations des droits de l’homme et à des tactiques colonialistes de déplacer des personnes autochtones et de réprimer nos droits et notre juridiction sur nos territoires.

Je crois que plusieurs personnes, autochtones et non-autochtones, voient clairement les violations de nos droits qui sont en cours, ajoute-t-elle. Je crois que des manifestations de solidarité en découlent parce que les gens réalisent que si ça peut arriver aux Wet’suwet’en, qui ont des décisions judiciaires créant des précédents, ça peut arriver à n’importe qui.

Si ça peut arriver aux Wet’suwet’en, qui ont des décisions judiciaires créant des précédents, ça peut arriver à n’importe qui.

Jennifer Wickham, porte-parole, campement Gidimt’en

Un porte-parole des chefs héréditaires Wet’suwet’en n’a pas pu répondre aux questions de Radio-Canada à temps pour la publication de cet article.

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