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analyse

Caisse de dépôt : Charles Emond n'aura pas les vents de dos qu'a connus Michael Sabia

Un homme assis derrière un bureau, les mains jointes.

Le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Caisse de dépôt et placement affiche des résultats inférieurs aux indices de référence, mais ce sont tout de même les meilleurs depuis 2014. Au cours de la dernière décennie, celle qui a suivi l’épouvantable chute de 2008, la Caisse a enregistré à six reprises des résultats de plus de 10 %. Difficile d’espérer de meilleurs rendements dans le futur, spécifie toutefois le PDG.

Charles Emond vient tout juste de succéder à Michael Sabia. Les souliers sont grands à chausser, mais l’homme est pleinement conscient qu’il ne peut pas espérer des années d’aussi grande prospérité que celles qu’a traversées l’ancien PDG de la Caisse. Depuis 1850, les États-Unis ont connu au moins une récession par décennie sauf… la dernière, de 2010 à 2020. Il y a tout lieu de croire que des temps plus difficiles sont à prévoir.

Si Michael Sabia a eu le vent dans le dos durant ses années à la tête de la Caisse, il est clair que Charles Emond doit s’attendre à un vent de face. En entrevue, je lui ai demandé s’il anticipait une récession dans les prochaines années. Il a répondu que l’enjeu n’est pas de savoir s’il y aura une récession, mais plutôt quand. Il est convaincu toutefois que la Caisse est mieux positionnée aujourd’hui qu’en 2008 pour faire face à une chute des marchés.

Cela dit, le nouveau patron du bas de laine des Québécois remarque qu’il y a un écart qui se creuse entre l’évolution de l’économie réelle et les mouvements des marchés. Cela demande une grande prudence, puisqu’il y a là une forme de déséquilibre.

C’est peut-être aussi la représentation de ce que décrit depuis des années l’économiste français Thomas Piketty. Cet écart qui grandit pourrait être lié à la montée des inégalités. Thomas Piketty a bien expliqué que la croissance profite aux plus riches, qui voient leur patrimoine prendre de la valeur, alors que les revenus de travail tendent à stagner. Les rendements financiers sont bons, mais l’économie réelle stagne.

2019 a été exceptionnelle

N’empêche qu’on peut se demander pourquoi la Caisse de dépôt n’a pas su profiter davantage de la croissance du marché boursier américain, alors que l’indice S&P 500 a progressé de 31,5 % en 2019, et du marché canadien, où le S&P/TSX a bondi de 22,9 %. Le patron de la Caisse a dit que l’institution mise sur des investissements à long terme et cherche à éviter d’être soumise aux fluctuations boursières ou d’être en position de dépendance par rapport à celles-ci.

La Caisse affiche quand même un rendement solide dans son portefeuille boursier, à 17,2 %. La moitié du portefeuille de la Caisse est en actions privées et publiques. Et le quart des investissements, en actions dans les titres internationaux, un portefeuille que la Caisse nomme « qualité mondiale ». Ce segment a fait mieux que l’indice de référence, à 18 %, mais les actions canadiennes, qui représentent 13 % du portefeuille d’actions, ont généré un rendement d’environ 20 %, ce qui est plus faible que l’indice de référence.

Pourquoi? Parce que le titre de SNC-Lavalin a baissé en 2019, mais aussi parce que, depuis cinq ans, à l'exception de l'énergie, qui s'est repliée sur la période, tous les secteurs fournissent un apport positif, affirme la Caisse dans ses résultats.

On peut se demander si la Caisse de dépôt devrait aller plus loin dans sa politique sur les changements climatiques. Serait-il avantageux, sur le plan écologique et pour les rendements de la Caisse, que l’institution amorce un désinvestissement des énergies fossiles?

Alstom : un meilleur investissement?

Par ailleurs, est-ce que 18 % d’Alstom, c’est mieux que 32,5 % de Bombardier Transport? La question est légitime, puisque l’investissement de la Caisse dans Bombardier Transport depuis 2015 a rapporté environ un milliard de dollars, avec un rendement assuré de 15 % par année.

Avec la vente de Bombardier Transport à Alstom, la Caisse détiendra 18 % de l’actionnariat de l’entreprise, avec deux sièges au conseil d’administration. Il est clair qu’on s’attend à ce que la Caisse joue un rôle plus grand dans l’avenir de l’entreprise.

Il est attendu également que la Caisse exige un contenu de fabrication dans les usines canadiennes pour des projets de mobilité durable qui vont attirer Alstom. C’est certainement la meilleure façon de protéger des employés et d’attirer des investissements supplémentaires.

En conclusion, ce n’est pas un mandat facile qui s’amorce pour Charles Emond. Il abaisse les attentes, avec raison, puisque la stratégie de la Caisse pourrait être mise à l’épreuve.

Il aurait été avantageux pour les Québécois que la Caisse affiche un rendement égal ou supérieur à l’indice de référence. Mais ses résultats sur 5 et 10 ans sont tirés vers le haut par les résultats de 2019. Dans les circonstances, les déposants auraient raison de se montrer totalement satisfaits du rendement de la dernière année.

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