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Mort d’un travailleur de Temrex : les protocoles nécessaires n’étaient pas en place

Enseigne de Temrex Produits Forestiers.

Un homme a perdu la vie le 8 juillet dans un accident de travail survenu à l'usine Temrex Produits Forestiers de Nouvelle.

Photo : Radio-Canada

La mort d'un mécanicien de l'entreprise Produits Forestiers Temrex de Nouvelle, survenue le 8 juillet 2019, aurait pu être évitée si l'employeur avait mis en place tous les protocoles de travail nécessaires.

La Commission des normes de l'équité de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a dévoilé jeudi matin son rapport d'enquête concernant la mort du mécanicien Martin Boudreau-Labillois, âgé de 29 ans et résident de Miguasha.

Le rapport révèle que cet employé de Produits Forestiers Temrex est mort en tentant de réparer une fuite d’huile hydraulique sur le grappin d'une chargeuse sur roue. Le grappin, un accessoire fixé sur la chargeuse permettant de saisir du bois et de le déplacer dans la cour de l’entreprise, était ouvert au moment de la réparation. La pièce mobile du grappin était donc surélevée.

Une chargeuse munie d'un grappin combiné.

Le grappin combiné est fixé devant la chargeuse. Il est formé d'une pièce fixe (les fourches) et d'une pièce mobile pouvant saisir du matériel. Sur la photo, le grappin est en position fermée

Photo : CNESST

Pour réparer la fuite, la CNESST explique que Martin Boudreau-Labillois s’est positionné entre les fourches du grappin, sous sa partie mobile, et a déconnecté un boyau hydraulique.

La CNESST rapporte que cette opération a occasionné une fuite de pression dans le circuit hydraulique, provoquant la fermeture de la partie mobile du grappin. En tombant, la pièce métallique a percuté la tête du mécanicien qui est mort par la suite.

Une image simulée numériquement de l'accident.

Cette image, tirée d'une animation créée par la CNESST, montre la position du mécanicien au moment où la partie mobile du grappin a chuté vers le bas en raison de la perte de pression dans le circuit hydraulique.

Photo : CNESST

Absence de procédures pour l’équipement roulant

La CNESST précise que Produits Forestiers Temrex n'avait aucune procédure pour contrôler l'énergie hydraulique et gravitationnelle sur ses équipements roulants, alors que de telles procédures étaient en place pour les machines et les équipements fixes en usine.

L’employeur n’avait pas de méthode précise et établie pour le travail qui devait être effectué ce jour-là.

Jean-François Synnott, enquêteur de la CNESST

Donc, poursuit M. Synnott, il n’y avait pas de méthode de contrôle des énergies précisées que les travailleurs devaient mettre en place. C’était laissé au choix des travailleurs de faire le travail selon leur bon jugement.

Photo de l'enquêteur de la CNESST Jean-François Synnott

L'enquêteur de la CNESST, Jean-François Synnott, précise que l'enquête concernant l'accident de travail chez Temrex Produits Forestiers a nécessité six mois de travail.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’enquêteur de la CNESST rappelle que, d'un point de vue légal, ce sont les employeurs qui ont l'obligation de mettre en place un lieu de travail sécuritaire, de fournir des méthodes de travail sécuritaires aux employés et de s'assurer que ces procédures soient respectées.

Il y a toujours des solutions possibles pour maîtriser les énergies et pour éviter ce genre d’événement là, affirme Jean-François Synnott.

Amendes possibles

La CNESST dispose d’un an après un accident de travail pour imposer des amendes aux employeurs qui auraient fait preuve de négligence.

Dans ce cas-ci, la Commission évalue toujours la possibilité de donner des constats d’infraction à Temrex Produits Forestiers. L’entreprise pourrait devoir payer des amendes s'élevant entre 16 000 $ et 68 000 $.

Depuis l'accident, Temrex a revu la formation de ses mécaniciens et les méthodes de contrôle des énergies de ses équipements mobiles.

Radio-Canada a tenté d’obtenir des commentaires Temrex Produits Forestier, mais au moment de publier ces lignes, l’entreprise n’avait pas répondu à nos appels.

En avant-plan, la cour à bois de Temrex avec l'usine en arrière-plan

Temrex Produits Forestiers effectue des activités de sciage, de rabotage et de séchage à son usine de Nouvelle.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Équipement roulant : 54 décès en 5 ans

La CNESST rapporte qu’entre 2014 et 2018, 54 décès liés à des lacunes concernant le contrôle des énergies (électriques, hydrauliques, gravitationnelles) sur des équipements roulants sont survenus au Québec.

Les gens vont contrôler les énergies des machines fixes avec des méthodes de cadenassage, mentionne Jean-François Synnott. Par contre, on constate de façon générale au Québec qu’il y a beaucoup de lacunes concernant les machines mobiles, les chariots élévateurs, les chargeuses sur roues, les pelles mécaniques et les abatteuses en forêt. Le contrôle des énergies sur les équipements mobiles, c’est un sujet qui est moins maîtrisé de façon générale, par l’ensemble des travailleurs.

On veut rappeler que ces machines-là, qui ne sont pas fixes, et qui ne sont pas dans les usines, nécessitent tout de même des méthodes de contrôles des énergies.

Jean-François Synnott, enquêteur de la CNESST

Pour éviter que d’autres accidents de la sorte ne se reproduisent, la CNESST va transmettre son rapport d’enquête aux associations sectorielles paritaires et aux gestionnaires de mutuelles de prévention, de même qu’aux établissements de formation offrant les programmes de mécanique d’engins de chantier et de véhicules lourds.

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