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Le casse-tête des sangliers errants

Une escouade mise sur pied par Québec pour capturer des sangliers qui se sont échappés dans la nature compte déjà plusieurs prises.

Des sangliers d'élevage.

Il n'est pas facile de capturer des sangliers, même ceux qui étaient en élevage.

Photo : Radio-Canada / Michel Sylvestre

Le biologiste Yannick Bilodeau est sur une bonne piste. Il traque depuis des semaines un groupe de sangliers échappés d’un élevage. Les bêtes rôdent dans les boisés de fermes de Durham-Sud, au Centre-du-Québec.

Les traces qu’il aperçoit sur la neige le rassurent; elles devraient le conduire à l’endroit où les bêtes ont passé la nuit.

Le biologiste, qui travaille pour le compte du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, recherche ce type d’emplacement pour y installer sa cage de capture et pour, ensuite, abattre les bêtes.

On n’a pas le choix. Le sanglier cause beaucoup de dommages aux écosystèmes. On ne veut pas prendre le risque qu’ils s’installent ici. C’est une espèce exotique envahissante parmi les plus nuisibles sur la planète.

Yannick Bilodeau, biologiste
Une cage installée par des employés du ministère de la Faune pour capturer des sangliers sauvages.

L'escouade tente d'abord d'appâter et de fidéliser les sangliers dans un endroit avant d'y installer une cage pour les récupérer.

Photo : Radio-Canada / Michel Sylvestre

« Une bête rusée »

Capturer des sangliers, même d’élevage, reste une tâche ardue. Car une fois en liberté, la bête redevient vite méfiante, affirme Charles-Étienne Gagnon, technicien de la faune.

C’est une bête rusée et très intelligente. Si un sanglier se sent chassé, il change son comportement et sort seulement la nuit, explique-t-il.

Ces spécialistes font partie d’une minuscule escouade mise sur pied par le ministère de la Faune du Québec il y a trois ans. À ce jour, ils ont mené une vingtaine d’opérations de capture.

Il faut les appâter et c’est seulement une fois qu’on les a bien fidélisés à un endroit qu’on installe la cage. Si on va trop vite, ils désertent le secteur et deviennent difficiles à appâter.

Charles-Étienne Gagnon, technicien de la faune
Le biologiste Yannick Bilodeau et le technicien de la faune Charles-Étienne Gagnon consultent les caméras de surveillance des sangliers sauvages.

Le biologiste Yannick Bilodeau et le technicien de la faune Charles-Étienne Gagnon surveillent le mouvement des sangliers sauvages.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

« Bâtis pour le froid »

C’est en 2016 que les autorités de la faune québécoise ont adopté une politique d’élimination des sangliers échappés dans la nature. Cette année-là, les biologistes avaient mené une importante opération de capture et récupéré une femelle en gestation.

Cette preuve de reproduction a été un tournant. C’est à partir de ce moment qu’on a décidé d’intervenir pour éviter que s’implantent des populations de sangliers sauvages au Québec, affirme Isabelle Laurion, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

On a longtemps cru que les hivers québécois freinaient l’établissement du sanglier. Plus maintenant! Les biologistes ont récupéré plusieurs sangliers au printemps, prouvant ainsi leur capacité à survivre à l’hiver.

Ils [les sangliers] sont bâtis pour le froid. Ils ont le poil long et, en plus, ils s’adaptent rapidement.

Yannick Bilodeau, biologiste

L’odorat très développé du sanglier lui permet de dénicher des carcasses de cerfs enfouies sous la neige ou de se nourrir des résidus de culture même gelés, note le biologiste.

L’été, ce sont les dommages causés aux champs qui préoccupent les agriculteurs. Et c’est sans compter les ravages faits aux écosystèmes.

Ils se nourrissent de plantes, d’amphibiens et de couleuvres. Ils mangent aussi des œufs de dindon et de gélinotte, de même que des petits mammifères et des souris, énumère Yannick Bilodeau.

Un sanglier d'élevage

Un sanglier d'élevage

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

Une bête envahissante

Pour plusieurs, l’arrivée de ces bêtes n’est rien d’autre qu’une catastrophe écologique.

Aux États-Unis, les porcs sauvages, comme on les appelle, sont présents dans 38 États. Ce sont des sangliers qui se sont échappés d'élevages, ou encore des hybrides issus de croisements avec des porcs d'élevage retournés dans la nature.

On estime leur nombre à quelque 6 millions de bêtes. Les dépenses engagées en raison de la présence de ces porcs sauvages avoisinent chaque année 1,5 milliard de dollars américains.

Et le Canada n’est pas en reste. L’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba comptent désormais des populations bien établies de porcs sauvages. La Saskatchewan compte à elle seule 58 % de tous les porcs sauvages du pays.

Resserrer la réglementation

Au Québec, la situation reste maîtrisée. À l’heure actuelle, le ministère de la Faune affirme qu’il n’existe aucune population de sangliers sauvages établie sur son territoire.

La petite escouade du ministère a tout de même capturé quelque 80 sangliers un peu partout dans la province jusqu'à maintenant. La menace est bien réelle.

Carte montrant les endroits où la présence de sangliers errants a été signalée.

Pour l'instant, des sangliers errants ont été signalés dans plusieurs endroits au Québec, mais la situation demeure maîtrisée.

Photo : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec

Pour réduire les risques, Québec vient de resserrer son règlement sur les animaux en captivité. On a rehaussé les exigences en matière de conception des enclos afin qu’ils soient mieux adaptés à la force et à l’agilité des sangliers.

Les éleveurs doivent aussi étiqueter tous leurs sangliers afin de pouvoir retracer la ferme d’origine s’ils venaient à fuir.

Pour la biologiste Isabelle Laurion, ces nouvelles mesures devraient permettre d’éviter le pire en prévenant la fuite des sangliers des fermes.

On est chanceux au Québec. On peut encore intervenir avant que la situation ne se détériore.

Isabelle Laurion, biologiste

Les spécialistes sont catégoriques : une fois que le sanglier est bien implanté, l’éradiquer de son territoire est une mission presque impossible à réaliser.

Le reportage du journaliste Gilbert Bégin et du réalisateur Michel Sylvestre sera diffusé le 22 février à 17 h dans l’émission La semaine verte sur ICI TÉLÉ.

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