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« Monsieur Pesticides » se vide le cœur

Il est la référence au Québec en matière de pesticides. Onil Samuel prend sa retraite de l'Institut national de santé publique et dénonce le manque de courage des élus.

Le chercheur Onil Samuel dans son laboratoire.

« L'impératif économique prime sur l'environnement et la santé », dénonce Onil Samuel.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Le rapport de la commission parlementaire sur les pesticides, dévoilé mercredi, aurait pu représenter un aboutissement pour le conseiller scientifique Onil Samuel, retraité de l'Institut national de santé publique (INSPQ) depuis la fin janvier. Mais le travail des députés le fait plutôt rire jaune.

« Aberrant », « improvisé », « trompeur ». Onil Samuel n'a pas de mots assez durs pour qualifier le travail des parlementaires chargés d'examiner les impacts des pesticides sur la santé publique et l'environnement.

En entrevue à Radio-Canada, le conseiller scientifique, qui a passé plus de 30 ans à étudier les risques des pesticides, passe en revue les 32 recommandations des parlementaires : « statu quo », « flou », « vœu pieux », « déjà prévu ». « Il n'y a rien de solide », conclut-il.

Même si les membres de la commission, dont une majorité de députés de la Coalition avenir Québec (CAQ), ont consenti à faire des recommandations plutôt que des observations, puis à les bonifier, le spécialiste en santé publique peine à trouver du positif dans des propositions qu'il juge « très vagues ».

Ce rapport ne met pas de pression sur le gouvernement pour apporter des changements. [...] Certaines formulations démontrent de l'incompréhension. Plusieurs m'ont fait rire.

Onil Samuel, ancien conseiller scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec

Par exemple, M. Samuel trouve risible que les députés recommandent que le ministère de la Santé réalise une étude épidémiologique sur l’impact des pesticides sur la santé ainsi que sur l’effet combiné des produits chimiques pour clarifier la situation québécoise.

Ça n'a pas d'allure, dit Onil Samuel. Une seule étude ne suffira pas à dresser un portrait des risques pour la santé. Il faudrait de nombreuses études.

Quant à l'idée d'étudier l'effet combiné de plusieurs résidus de pesticides dans les aliments, le spécialiste affirme que la toxicologie moderne est incapable de le faire. C'est encore trop complexe.

Le lobbyisme dénoncé

Un tracteur avec à l'arrière des tuyaux déverse un produit dans un champ.

Des pressions de l'industrie agrochimique se sont poursuivies durant la commission parlementaire.

Photo : Getty Images / iStock / Fotokostic

Durant les travaux de la commission parlementaire, la Coop fédérée, principal vendeur de pesticides au Québec et principal employeur d'agronomes, a mené des activités de lobbyisme en ciblant quatre députés membres de la commission, dont le président, le député caquiste Mathieu Lemay.

Onil Samuel regrette que les parlementaires aient refusé de séparer les rôles de vendeurs et de conseillers chez les agronomes.

Il cite aussi l'exemple de la maladie de Parkinson, dont la science établit clairement les liens avec l'usage des pesticides. La France la reconnaît comme maladie professionnelle depuis 2012, mais pas le Québec. Et une majorité d'élus de la commission a voté contre cette recommandation.

Pourquoi on ne nous écoute pas? [...] C'est une question de gros lobbyisme.

Onil Samuel, ancien conseiller scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec

Je ne vois pas pourquoi on ne reconnaîtrait pas cette maladie-là, dit Onil Samuel. Je ne sais pas qui peut s'opposer à ça. La littérature scientifique est suffisamment solide pour la reconnaître.

Même s'il dit n'avoir jamais senti de contraintes dans sa liberté de recherche, contrairement à d'autres scientifiques dans le domaine agroenvironnemental, Onil Samuel regrette que les pouvoirs publics n'aient pas posé autant de gestes qu'il aurait voulu pour protéger les travailleurs agricoles.

La santé et la sécurité des travailleurs agricoles, c'est un trou béant. Personne ne s'en occupe.

Onil Samuel, ancien conseiller scientifique à l'Institut national de santé publique du Québec

J'ai toujours été agacé que l'impératif économique prime sur l'environnement et la santé, dénonce le récent retraité de l'INSPQ.

Le conseiller scientifique regrette le fait que les pouvoirs publics n'aient jamais permis à l'INSPQ ni aux autres chercheurs d'avoir un portrait régional de l'utilisation des pesticides ou bien par secteur d'activité. Cette recommandation a aussi été écartée par les parlementaires.

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