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Le nouveau coronavirus nuit aux ambitions stratégiques de Xi Jinping

Les portes d'un magasin de Pékin sont verrouillées avec un énorme cadenas.

Bon nombre de commerces et d'usines restent fermés en Chine en raison de la crise du coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

L’impact de l’épidémie de COVID-19 est indéniable en Chine en raison du bon nombre d'usines et de commerces qui demeurent fermés ou qui tournent au ralenti un peu partout dans le pays. La crise sanitaire, qui paralyse l’économie de l’Empire du Milieu, vient compliquer deux grands projets chers au président chinois.

Pour son deuxième mandat à la tête du pays, Xi Jinping s’est fixé comme objectif de construire une société chinoise « relativement prospère » d’ici 2021, à temps pour le 100e anniversaire du Parti communiste chinois. C’est ce que rappelle Alicia Garcia Herrero, économiste en chef pour l'Asie-Pacifique à la banque Natixis, à Hong Kong.

Xi Jinping rêve de sortir tous les Chinois de la pauvreté absolue avant la fin de 2020

Et on y est presque arrivé :  [l’objectif] est de doubler les revenus des Chinois. On peut interpréter cela de plusieurs façons, mais disons, de doubler le PIB. Toutefois, pour doubler le PIB, la croissance de la Chine en 2020 doit être au-dessus de 5,5 %, précise-t-elle.

Le hic, c’est que cette croissance, déjà au ralenti, va probablement baisser à 5 % – au moins – au premier trimestre, selon Alicia Garcia Herrero.

Cet avis est partagé par bien des analystes. Car d’ici le moment où on assistera à une stabilisation durable du nombre de nouveaux cas de COVID-19, la léthargie de l’économie chinoise pourrait encore se prolonger pendant quelques semaines.

Mise en quarantaine d’une bonne partie de la population, restrictions de voyage et de rassemblements pour freiner la propagation du nouveau coronavirus, et retour progressif – et parfois au compte-gouttes – de dizaines de millions de Chinois au travail.

Des employés attendent les clients dans un casino.

Les volets du casino Grand Lisboa, à Macao, sont ouverts après la reprise du jeu, à minuit, le 20 février 2020.

Photo : Reuters / Aleksander Solum

Certaines villes industrielles, dans l’est du pays, commencent toutefois à retirer leurs barrages routiers, qui nuisent notamment à la chaîne d’approvisionnement.

Et pour contrer l’impact économique de l’épidémie, le régime et la banque centrale offrent aux entreprises et aux particuliers divers assouplissements monétaires et réglementaires. Des coups de pouce qui se chiffrent à plusieurs milliards de dollars.

Ils vont tout essayer, aucun doute. Mais est-ce qu'ils vont y arriver? Je ne sais pas.

L’économiste Alicia Garcia Herrero, à propos des efforts colossaux de la Chine pour soutenir sa croissance

Un gigantesque réseau de surveillance

Il y a quelques jours, le président Xi Jinping avait demandé aux gouvernements locaux de protéger l’ordre social et économique. Mais comme il a aussi averti qu’il punirait les responsables négligents dans la lutte contre l’épidémie, bien des municipalités ne courent aucun risque. Dans la capitale, par exemple, toute personne qui revient à Pékin doit se mettre en quarantaine pendant 14 jours sous peine de punition. Et pas moyen, pour ceux et celles qui voudraient s’y soustraire, d’échapper au gigantesque réseau chinois de surveillance, mis à disposition de la lutte contre le COVID-19.

Autre obstacle aux nouvelles routes de la soie

Il n’y a pas que l’économie du pays qui est chambardée. C’est également le cas pour les nouvelles routes de la soie. Ce vaste programme de construction d’infrastructures terrestres et maritimes de dizaines de milliards de dollars est l’un des éléments essentiels du « soft power » chinois. C’est aussi l’un des projets phares du président Xi Jinping.

En ces temps de coronavirus, l’acheminement de matériel ou encore le retour d’ouvriers chinois vers les chantiers se heurtent notamment aux restrictions de déplacement à l’extérieur de la Chine.

Au Bangladesh, par exemple, une partie des employés chinois d’une centrale au charbon, financée par ce programme, ont dû se soumettre à une quarantaine de 14 jours. On rapporte des cas de paralysie semblable ou d’interdiction d’entrée au Cambodge, ou encore en Indonésie.

Un camion et une pelleteuse sont à l'œuvre.

L'un des nombreux chantiers où la présence chinoise est évidente au Cambodge, à Sihanoukville, une ville côtière du pays, en mai 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Il faut aussi comprendre qu’il y a beaucoup de pays sur la route de la soie qui sont, je ne dirais pas complètement dominés, mais influencés par la Chine et qui n’ont pas de mesures sanitaires nécessaires pour maintenir ouvertes les frontières. Ce n'est pas une question de combien de cas, mais une question de capacité de réaction, explique Alicia Garcia Herrero.

Le fait que la Russie se soit ajoutée à la liste des pays qui ferment leur frontière avec la Chine fait dire à l’économiste que les soucis ne sont pas finis, même s’il s’agit de mesures temporaires. Pour elle, aucun doute, le coronavirus va avoir aussi des conséquences négatives sur l’image de la Chine en ce qui concerne la route de la soie.

Un programme, il faut le dire, déjà controversé. Il est bienvenu par les uns comme une source de financement névralgique, mais décrié par les autres, notamment ceux qui s'inquiètent de l’influence grandissante de la Chine.

Et certains pays de l’Asie du Sud-Est y réfléchissent à deux fois. Ils ne cachent pas leurs craintes de tomber dans le piège du surendettement. Et faute de pouvoir rembourser leurs emprunts, ils devraient céder certaines de leurs infrastructures stratégiques à l’Empire du Milieu.

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