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Débat démocrate : assailli par ses adversaires, Bloomberg vit son baptême du feu

Il parle derrière un lutrin.

L’ex-maire de New York, entrepreneur et philanthrope Michael Bloomberg a participé à son premier débat.

Photo : Getty Images / Mario Tama

Les yeux étaient tournés vers l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, qui croisait pour la première fois le fer avec ses adversaires de la course à l'investiture démocrate, réunis mercredi à Las Vegas pour un neuvième débat. Si les candidats l'ont pris pour cible à plusieurs reprises, les coups ont fusé de toutes parts.

À trois jours des caucus du Nevada, les six débatteurs ne se sont pas fait de cadeaux pendant le débat de deux heures, diffusé sur les ondes de NBC et MSNBC depuis la plus grande ville de cet État.

Au cours d'une joute oratoire plus rythmée et marquée de répliques plus incisives que lors des huit débats précédents, les gants sont rapidement tombés.

Dans un scénario traditionnel, l'attention se serait portée sur le meneur, Bernie Sanders, qui jouit désormais d'une confortable avance dans les intentions de vote à l'échelle nationale.

Cette soirée a toutefois connu un nouveau rebondissement : l'entrée en scène formelle du multimilliardaire Michael Bloomberg, arrivé très tardivement dans la course, qui n'avait jusqu'ici participé à aucun débat ni à aucune élection primaire, mais qui monte dans les sondages.

Si, par ses publicités nombreuses, il s'est jusqu'ici présenté sous un jour très favorable aux électeurs, c'était la première fois qu'il avait à défendre son bilan et ses déclarations racistes ou sexistes – les unes alléguées, les autres avérées – rapportées par les médias ces derniers jours.

Passant rapidement à l'attaque, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren a évoqué des reportages récents sur des poursuites lancées il y a des années par des femmes qui dénonçaient un climat de harcèlement sexuel et d'intimidation au sein de la société d'informations financières Bloomberg LP, son empire médiatique.

J'aimerais parler de celui contre qui nous nous présentons, un milliardaire qui traite les femmes de “grosses madames” et de ”lesbiennes au visage de cheval”. Je ne parle pas de Donald Trump. Je parle du maire Bloomberg.

Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts

Je soutiendrai le candidat démocrate, quel qu'il soit. Mais comprenez bien ceci : les démocrates prennent un risque énorme si nous substituons simplement un milliardaire arrogant pour un autre, a ajouté Mme Warren.

Si elle avait été très discrète lors du débat précédent, au New Hampshire, il y a une semaine et demie, elle a souvent été dominante pendant les échanges.

Revenant à la charge à plusieurs reprises pour savoir combien d'accords s'étaient réglés à l'amiable, Elizabeth Warren a appelé M. Bloomberg à lever la confidentialité des ententes des plaignantes.

Une femme s'adresse aux militants démocrates lors d'un débat. Deux hommes l'écoutent.

Les candidats à l’investiture démocrate Michael Bloomberg (à gauche) et Bernie Sanders (à droite) écoutent la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, pendant un débat qui se tenait à Las Vegas, au Nevada, le 19 février 2019.

Photo : Getty Images / Mario Tama

Aucune d'entre elles ne m'a accusé de faire quoi que ce soit, à part le fait qu'elles n'ont peut-être pas aimé une blague que j'ai faite, a-t-il répliqué, parlant d'ententes consensuelles. Il a affirmé n'avoir aucune tolérance pour le type de comportement que le mouvement #MoiAussi (Nouvelle fenêtre) a exposé.

Ironiquement, le nom de Michael Bloomberg n'apparaîtra même pas sur les bulletins de vote du Nevada, qui tiendra ses caucus samedi. Faisant une croix sur les quatre premiers États de la course, il mise sur les États du super mardi, le 3 mars prochain, et sur les suivants.

Plusieurs de ses adversaires, qui n'ont pas ses coffres bien garnis, ne sont pour leur part pas assurés de survivre aux prochains scrutins, une réalité expliquant sans doute le ton des échanges.

Des candidats à l'âge vénérable

Quatre des six débatteurs qui étaient sur scène ont plus de 70 ans. Les trois meneurs à l'échelle nationale – Bernie Sanders, Joe Biden et Michael Bloomberg – ont même 77 ou 78 ans.

- Âge moyen des candidats : 67 ans, 11 jours
- Âge médian : 73 ans, 351 jours

Le socialiste démocrate contre le multimilliardaire

Désormais troisième, voire deuxième dans les intentions de vote à l'échelle nationale, Michael Bloomberg grimpe dans les sondages après s'être invité, voire imposé auprès de bon nombre d'électeurs américains à coups de centaines de millions investis en publicités télévisées et numériques.

Ses rivaux l'accusent de vouloir acheter l'investiture démocrate, un argument abondamment repris pendant le débat.

Je ne pense pas qu'on regarde Donald Trump en se disant : "Il nous faut quelqu'un de plus riche à la Maison-Blanche", a lancé la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, qui a connu un débat moins percutant que le dernier.

Sans surprise, c'est de Bernie Sanders, qui a bâti sa carrière en dénonçant un système favorisant les millionnaires et les milliardaires, que sont venues les critiques les plus virulentes sur l'enjeu des écarts de richesse.

Nous avons une distribution grotesque et immorale des richesses et des revenus. Mike Bloomberg possède plus de richesses que les 125 millions d'Américains les plus pauvres. C'est incorrect. C'est immoral.

Bernie Sanders

La situation est d'autant plus injuste, a dit le sénateur indépendant du Vermont, qu'il y a un demi-million de sans-abri, que trop de jeunes n'ont pas les moyens de fréquenter l'université et que 45 millions d'autres croulent sous les dettes d'études.

Répondant qu'il avait travaillé fort, Michael Bloomberg, un philanthrope, a rappelé qu'il donnait des millions aux causes qu'il soutient, comme le contrôle des armes à feu et la lutte contre le réchauffement climatique.

Le socialiste le plus connu du pays est un millionnaire avec trois maisons, a-t-il dit avec ironie. Quel paradis fiscal considérez-vous comme votre maison, a répliqué M. Sanders.

Ce dernier a en outre plaidé pour que des travailleurs siègent à des conseils d'administration d'entreprises, une proposition aussitôt rejetée par Michael Bloomberg. Je ne peux pas penser à quoi que ce soit d'autre qui pourrait aider davantage à réélire Donald Trump que cette conversation. C'est ridicule, a-t-il soutenu.

Nous n'allons pas rejeter le capitalisme [...] D'autres pays l'ont essayé. Ça s'appelle le communisme et ça n'a pas marché.

Michael Bloomberg

Ce n'est pas en disant à 160 millions de personnes que vous allez leur retirer le régime d'assurance [maladie] qu'elles aiment que vous pourrez former une coalition pour défaire le président Trump, a ajouté M. Bloomberg.

Pete Buttigieg, ex-maire de South Bend, en Indiana, a pour sa part accusé Bernie Sanders et Michael Bloomberg – le premier se proclamant socialiste démocrate, le deuxième étant un ancien républicain – d'être trop polarisants.

Choisissons quelqu'un qui est en fait un démocrate. Nous ne devrions pas avoir à choisir entre un candidat qui veut détruire ce parti et un autre candidat qui veut l'acheter.

Pete Buttigieg

Tirs tous azimuts

L'ancien maire de New York Mike Bloomberg, la sénatrice Elizabeth Warren, le sénateur Bernie Sanders, l'ancien vice-président Joe Biden, l'ancien maire de South Bend Pete Buttigieg et la sénatrice Amy Klobuchar sont sur scène.

Les candidats participent au neuvième débat démocrate au Théâtre de Paris à Las Vegas.

Photo : Reuters / Mike Blake

Les attaques ont fusé de toutes parts et sur tous les sujets.

Pete Buttigieg, le cadet de la course, à 38 ans, a entre autres reproché à l'aîné, Bernie Sanders, 78 ans, de refuser de rendre publics ses rapports médicaux complets en dépit du fait qu'il ait subi un infarctus l'automne dernier.

Ce dernier avait de son côté critiqué d'emblée Michael Bloomberg pour la pratique controversée du Stop and frisk, qui permettait notamment aux policiers de New York, entre autres lorsqu'il en était le maire, d'arrêter et fouiller ceux qu'ils suspectaient de détenir une arme et qui ciblait principalement les minorités.

Cette pratique ciblait de façon scandaleuse les Afro-Américains et les Latino-Américains. Ce n'est pas de cette manière que vous allez favoriser la participation électorale, a-t-il affirmé, réfutant l'argument selon lequel Michael Bloomberg pourrait battre Donald Trump.

M. Bloomberg s'est défendu en disant qu'il s'était déjà excusé. Il est embarrassé des effets sur les communautés vulnérables.

La question n'est pas s'il s'est excusé ou non, a renchéri l'ex-vice-président Joe Biden, qui a une pente importante à remonter après des performances décevantes en Iowa et au New Hampshire. Cette politique était odieuse, a-t-il ajouté, disant qu'elle avait été changée grâce à l'intervention de l'ex-président Barack Obama.

L'ancien républicain a déjà qualifié l'Obamacare de honte, a aussi souligné Biden. Une publicité de Bloomberg peut laisser supposer, à tort, qu’il bénéficie de l’appui de l'ex-président démocrate.

Critiquant les propositions de ses rivaux en matière d'assurance maladie, Elizabeth Warren a de plus ironisé que le plan de Pete Buttigieg n'était qu'un PowerPoint et que celui d'Amy Klobuchar pourrait tenir sur un Post-it.

Cette dernière s'est de plus vu reprocher par son jeune rival d'avoir été incapable de nommer le président du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, dans une entrevue récente, alors qu'elle se targue de son expérience. Essayez-vous de dire que je suis stupide? Je souhaiterais que tout le monde soit parfait comme vous , a-t-elle répondu à Pete Buttigieg.

Les deux politiciens modérés, qui ne cachent pas leur aversion mutuelle, ont bien réussi en Iowa et au New Hampshire, mais les élections au Nevada et en Caroline du Sud s'annoncent plus difficiles pour eux. Avec l'entrée en piste de Michael Bloomberg, la voie du centre, également occupée par Joe Biden, est encore plus achalandée.

Si ses rivaux en étaient à leur neuvième débat, M. Bloomberg, dont la dernière joute oratoire remonte à 11 ans, a pu pour la première fois partager une scène avec eux grâce à un changement des critères de participation.

Se basant encore sur les sondages, le Comité national démocrate a toutefois – au dam de plusieurs candidats – abandonné le critère lié au nombre de donateurs. Cela a ouvert la voie au multimilliardaire qui autofinance entièrement sa campagne.

Moins à l'aise que ses adversaires, Michael Bloomberg a eu du mal à s'imposer dans les échanges. Je suis quoi, du foie de poulet, a-t-il lancé un moment donné après que les modérateurs eurent donné la parole à un autre débatteur.

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