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Comment gérer les critiques (et la controverse) selon Mariana Mazza

La femme sourit et tient un micro.

On offre le droit de réplique à l'humoriste Mariana Mazza.

Photo : Radio-Canada

Pascale Lévesque

L’ouragan Mariana Mazza a frappé le monde de l’humour en 2016 avec son premier spectacle, Femme ta gueule. Plus de trois ans plus tard, c’est encore dans la tempête qu’elle conclut sa tournée, soufflée par les critiques qui ne l’ont pas lâchée, à toutes ses présences sur scène, à la télé et sur les réseaux sociaux. Même son look provoque des réactions excessives. Mais Mariana n’attend pas qu’on lui donne le droit de réplique, elle le prend. C’est d’ailleurs dans ses plus acerbes critiques qu’elle puise l’inspiration pour son prochain spectacle solo.

La rencontre avec Mariana a lieu chez elle, le surlendemain du « tabarnak-gate » de l’émission Tout le monde en parle. Sur le populaire plateau de télévision, l’humoriste a choqué en lançant « mon tabarnak! » à Guy Lafleur, assis à côté d’elle, alors qu’il venait de la taquiner sur ses talents d’animatrice. « Mon snoreau! » aurait peut-être été plus convenable pour interpeller l’idole d’un peuple, mais, avouons-le, ça aurait fait moins « marianesque ».

Mariana Mazza et Guy Lafleur rigolent ensemble.

Mariana Mazza et Guy Lafleur

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Des critiques et messages haineux ont déferlé partout où les internautes trouvaient l’espace pour s’exprimer.

C'est hypocrite. À plusieurs reprises, les médias et les partisans ont dit des choses bien pires à Guy Lafleur, plaide-t-elle. Vous avez vargé dessus quand il ne comptait pas de buts et que ça n'allait pas bien. Allez voir les tweets des partisans sur le Canadien. Quand l'équipe gagne, vous l'aimez, quand elle ne gagne pas, vous envoyez chier la mère des joueurs. Ça, c'est méchant! lance-t-elle.

Atteinte pour la première fois

Entre deux caresses à son chien Bobby, Mariana Mazza confesse que c’est la première fois que la critique la heurte. Parce qu’elle a indirectement heurté sa mère. Hier, ma mère m'a appelée pour me dire que désormais, elle a peur de dire qu’elle est fière de moi en public, parce qu’elle craint qu’on dise d’elle qu’elle est une mauvaise mère, relate la jeune humoriste.

Elle est à fleur de peau quand elle raconte avec encore plus de détails ce qu’elle vient d'écrire à ce sujet sur Facebook, quelques heures auparavant. Une publication qui a été partagée plus de 13 000 fois en moins d’une journée.

Quand les gens disent que je suis mal élevée, c'est ma mère qu'ils insultent. Ils parlent d’elle et de l'éducation qu'elle m'a donnée, insiste Mariana Mazza. Ma mère qui a fui son pays, qui a reconstruit sa vie ici, qui a déjà été hébergée par un centre de femmes violentées pour fuir mon père alcoolique. Elle m'a éduquée à bout de bras, avec ce qu'elle avait, comme toutes les mères. Qu’elle ne se sente plus libre d’afficher sa fierté, ça me va droit au cœur.

Transformer la haine de ses détracteurs en amour à ses fans

En revanche, une déferlante de messages solidaires a suivi. Mariana s’y est réfugiée toute une journée et s’est consacrée à ses fans en répondant à leurs mots d’encouragement, tout en répondant à leurs questions en direct de son appartement dans un long Facebook Live.

Les gens ont aussi été nombreux à se précipiter pour réserver des billets pour son nouveau spectacle, Impolie. Premier volet de deux parties – Polie suivra –, le spectacle prendra fin après 100 représentations. Dans la nuit qui a suivi le passage de Mariana à Tout le monde en parle, 10 000 billets s’étaient déjà envolés.

L'humoriste est assise sur une chaise et a les pieds posés sur une autre, tandis qu'elle écoute parler la journaliste.

Mariana Mazza en entrevue avec Pascale Lévesque

Photo : Radio-Canada

Mon gérant m’a répété ce qu’il m’avait dit à mon tout premier passage à « Tout le monde en parle ». "Ceux qui t'aimaient vont t'adorer encore plus, ceux qui ne t'aimaient pas vont te détester comme tu n'as pas idée."

Mariana Mazza

La polarisation avant l’indifférence

C’était de la musique à ses oreilles, puisque c’est précisément ce que Mariana Mazza cherche à faire : faire réagir. Elle-même se qualifie de femme de réaction plutôt que d’action, à l’instar de l’animateur radio Howard Stern, dont elle s’inspire. Sur sa table à café trône d’ailleurs une épaisse brique où sont retranscrites les entrevues les plus marquantes du provocateur-en-chef de la radio américaine.

Comme lui, elle aime mettre le feu, engendrer une émotion chez les gens, pour qu’ils soient mis face à leurs malaises et à la limite de leur tolérance.

Il faut que ça fesse – c’est l’impact souhaité par Mariana Mazza. Je préfère être adorée par 4 millions de Québécois et détestée par les 4 millions d'autres, que l'ensemble des 8 millions m'apprécient simplement. Je suis autant capable de recevoir les critiques positives que négatives. Ma pire critique, c'est l'indifférence, explique-t-elle.

La critique comme moteur créatif

Sans critique, il n’y a pas de Mazza l’humoriste. En repassant à travers les commentaires reçus à la suite de son premier spectacle, de même que les différentes prises de position sur la place publique qui ont enflammé la discussion (photo d’elle nue, photos d’elle déguisée en multiples groupes culturels, réplique à l’ex-dragon François Lambert...), Mariana Mazza réalise qu’elle carbure à la critique. C’est assurément le moteur des numéros d’Impolie, déjà en rodage.

Mariana Mazza fait le signe «pouce en l'air» après avoir reçu une carte de Dany.

L'humoriste Mariana Mazza

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

La répartie-mitraillette – qui est l’arme principale de son arsenal – a besoin de répondre à quelque chose, à quelqu’un; l’essence même de la répartie.

Ses détracteurs qui s’amusent aux dépens de ses bourrelets assumés l’ont amenée à consacrer 25 minutes de son prochain spectacle à décortiquer la grossophobie. Est-ce que c’est vraiment le bon terme pour parler de l’ostracisation des gros?, se demande-t-elle. Elle annonce aussi son intention d’exploiter une suite au numéro Je ne fais pas de pipes, tiré de son premier spectacle.

Un internaute a écrit à propos de ce numéro, que de toute manière, “avec son visage, ça doit pas se bousculer à l'entrée de sa bouche!" C'est délirant quand on y pense. Je lis ça et tout ce que je vois, c’est une longue file de pénis, cordés, qui veulent entrer dans ma bouche. J'ai commencé à noter ces commentaires et à me les réapproprier, et ultimement, c’est devenu un numéro très drôle.

Mariana Mazza

Plus d’effet de surprise

Lorsque Femme ta gueule est sorti, à l’automne 2016, tout le milieu artistique se bousculait pour assister à la première. Les attentes étaient élevées, et comme l’écrivait la journaliste de La Presse Stéphanie Vallet dans sa critique dithyrambique, Mariana Mazza avait livré la marchandise.

Dans la vie comme sur scène, Mariana est une femme libre. Libre de tout tabou, de tout complexe, de toute pudeur. [...] Mariana Mazza brille avant tout par sa vivacité d'esprit. La jeune humoriste a fait ses devoirs depuis le laboratoire Mazza/Fortin deux ans plus tôt. Elle est arrivée à canaliser son énergie débordante pour la transformer en solide charisme sur scène.

Discours similaire du côté du Journal de Montréal. En fait, elle a fait l’unanimité.

Je ne revivrai plus ça, répète plusieurs fois Mariana. Je suis arrivée en criant, en rugissant, on m'a tout de suite aimée. Il n'y aura plus cet effet de surprise pour le prochain, les “Oh!” vont devenir des “Ah…” Un même ouragan ne frappe qu'une fois. Il est passé.

Le paradoxe du besoin d’être aimée

On aurait tort de croire que Mariana est indifférente à ce que les gens pensent d’elle. À ce stade de la discussion, elle révèle d’ailleurs à quel point l’exercice de mettre de côté l’opinion des médias et de ses pairs est difficile.

Laurent Duvernay-Tardif, Mariana Mazza et Guy Lafleur sont à la table de Tout le monde en parle.

Laurent Duvernay-Tardif, Mariana Mazza et Guy Lafleur

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Elle affiche un besoin d’amour qui peut sembler paradoxal avec la dégaine je-m’en-foutiste qu’elle projette lors de ses passages à la télévision. Mais elle essaie de se ramener à l’essentiel.

Maintenant, quand j'écris, c'est le public que j'ai en tête et non plus le jugement de mes pairs. “Est-ce qu'elle va trouver ça drôle? Est-ce que lui va me juger? Ah oui, c'est sur que lui va me juger!" Et quand je joue, je ne me demande plus qui est dans la salle. Ça, c'est terminé, assure l’humoriste.

Plus mature, mais pas assagie, Mariana Mazza se souvient surtout que ce sont les attentes du public qu’elle doit d’abord exaucer.

La tournée d’Impolie débutera le 27 août, tandis que Femme ta gueule le film sera présenté en salle dès le 22 février.

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