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Les profondeurs d’une œuvre

La série La technologie au service de l’art explore l’utilisation grandissante d’outils technologiques dans la création et l’analyse d’œuvres d’art. Dans notre région, comme ailleurs, le monde de l’art se transforme et évolue grâce aux avancées technologiques.

Une radiographie d'une main qui tient plusieurs pinceaux.

Le Musée des beaux-arts du Canada utilise les rayons X pour acquérir des connaissances précieuses sur les processus créatifs de certains tableaux.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Rachel Dugas

C'est un lundi matin tranquille. Le laboratoire de restauration du Musée des beaux-arts du Canada est plongé dans le silence, le travail minutieux de Marie-Catherine Cyr et de ses collègues nécessitant une grande concentration. Mais en après-midi, le bruit d’un chariot perturbe le calme ambiant. Il transporte une peinture du 19e siècle qui doit subir un examen en profondeur : une radiographie.


On se croirait à l’hôpital, mais c’est bel et bien d’un musée dont il s’agit. L’établissement dispose de sa propre salle d’imagerie par rayons X conforme aux normes établies par Santé Canada et gérée par une technicienne certifiée.

Ça va nous donner des indices sur : est-ce qu’il y a eu des déchirures dans le passé, est-ce qu’il y a des coutures en dessous dans la toile, est-ce que l’artiste [...] a fait des changements en cours de route, explique Marie-Catherine Cyr, restauratrice adjointe en peinture et arts contemporains au Musée des beaux-arts du Canada.

On peut aller voir une composition qui est en dessous de la composition qu’on voit.

Marie-Catherine Cyr, restauratrice adjointe en peinture et arts contemporains, Musée des beaux-arts du Canada
Une femme devant le tableau Une allégorie des Arts de Giuseppe Crespi.

Marie-Catherine Cyr, restauratrice adjointe en peinture et arts contemporains du Musée des beaux-arts du Canada.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Secret dévoilé

Lorsque le Musée a fait l’acquisition du tableau intitulé Une allégorie des Arts, de Giuseppe Crespi, les restaurateurs ont immédiatement remarqué des textures différentes dans l’œuvre.

Donc on s’est dit : “L’artiste a dû changer d’idée. Y a peut-être eu des changements.” Donc ça, c’est une bonne motivation pour faire une radiographie, poursuit-elle.

Ils ont vu juste. Une tout autre composition se trouvait sous l’image finale.

Une femme assise en train de peinturer un tableau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La face cachée du tableau intitulé Une allégorie des Arts de Giuseppe Crespi vu grâce à des rayons X.

Photo : Musée des beaux-arts du Canada

Ce qu’on remarque tout de suite, c’est le visage. C’est une femme plus jeune, avec un foulard sur la tête, qui nous regarde. [...] Il y a eu un changement de position de la tête. [...] Aussi, avant, il y avait un petit décolleté plongeant qui avait commencé à être esquissé. Il a changé d’idée, raconte la restauratrice encore émerveillée par cette découverte.

Ça nous ouvre des petites portes secrètes sur les œuvres d’art

Marie-Catherine Cyr

Les technologies permettent à Marie-Catherine Cyr et ses collègues d’acquérir des connaissances précieuses sur les processus créatifs, qui peuvent s’avérer très utiles dans un processus de restauration.

Ça va nous guider dans l’élaboration de nos plans de restauration. [...] Mais aussi pour les conservateurs et les historiens de l’art, [...] ça peut aider à positionner l’œuvre dans le temps, ça peut aider à authentifier des œuvres, explique Mme Cyr.

Encore plus loin

Outre la radiographie, le Musée compte sur la réflectographie infrarouge, une technique d’imagerie par réflexion qui permet d’aller encore plus en profondeur.

Marie-Catherine Cyr dépose sur un chevalet le Portrait de Sientje Tadema, de l’artiste britanno-hollandais Lawrence Alma-Tadema (Nouvelle fenêtre), puis elle projette une lumière vive pendant qu’une caméra capte la réflexion dénudée de l’œuvre.

Un appareil de réflectographie infrarouge devant un tableau d'un portrait d'une femme.

Une analyse à la réflectographie infrarouge du Portrait de Sientje Tadema, de l’artiste britanno-hollandais Lawrence Alma-Tadema.

Photo : Radio-Canada

En contraste avec la radiographie, avec la réflectographie infrarouge, on va vraiment aller voir le dessin qui est en dessous des couches de peinture. Donc ça, ça va nous donner des indices sur la méthode de travail de l’artiste, sur ses matériaux.

On utilise la technologie au service de l’art en premier lieu, ensuite, ces résultats-là, ces informations-là, on peut les partager avec le public.

Marie-Catherine Cyr

Alors que Marie-Catherine Cyr termine son examen, elle distingue derrière le visage sérieux du personnage un dessin surprenant. Il faut tourner l’œuvre sur le côté pour observer un chariot et une roue, puis, plus bas, des chiens.

C’est une huile sur panneau de bois qui aurait été coupé, tourné et réutilisé pour une autre composition, révèle la restauratrice.

Le temps où les œuvres d’art cachaient de grands secrets s’achève, grâce à la technologie.

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