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Blocages ferroviaires : Trudeau convoqué par les premiers ministres provinciaux

Gros plan sur le visage de Justin Trudeau, qui parle.

Jusqu'ici, Justin Trudeau a appelé à la patience et au dialogue pour mettre fin au blocage des voies ferroviaires.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Après avoir discuté entre elles des moyens qui pourraient être mis en oeuvre pour que cessent les blocages des voies ferroviaires partout au pays, les provinces veulent s’entretenir avec Justin Trudeau jeudi.

Il faut trouver une « résolution pacifique » à ce conflit et « mettre fin aux blocages illégaux » des voies ferroviaires, a fait valoir le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe.

Les premiers ministres demandent à parler au premier ministre demain [jeudi] par téléconférence, a-t-il déclaré mercredi au terme d’une réunion téléphonique avec ses homologues des autres provinces et territoires.

C'est le premier ministre de la Saskatchewan, qui, en tant que président du Conseil de la fédération, a supervisé la conférence téléphonique entre les premiers ministres provinciaux.

Convoquée d’urgence, cette discussion a eu lieu au 14e jour des manifestations alors que les premiers ministres provinciaux remettent en question « le leadership » de Justin Trudeau. Selon eux, les appels au dialogue se sont révélés infructueux, et les perturbations pèsent sur l’économie d’un bout à l’autre pays.

En début de soirée, François Legault a déclaré sur Twitter : J’ai parlé avec les premiers ministres des provinces. Nous avons discuté ensemble de l’urgence de lever les barricades. Nous demandons à Justin Trudeau de tenir une conférence téléphonique demain avec nous tous pour identifier des pistes de solution.

Il n’y a pas de gestion, le leadership fédéral est absent, avait déclaré peu de temps avant la rencontre le premier ministre albertain, Jason Kenney.

Est-ce que nous vivons dans un pays de règle de droit? Est-ce que nous allons donner une occasion de développement économique à nos peuples autochtones ou non?

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

Les premiers ministres espèrent discuter jeudi des « conséquences qu’ont ces blocages sur les juridictions et les économies » de chacune des provinces, cette fois en présence de Justin Trudeau.

Recours à la force

Plus tôt mercredi, le premier ministre du Québec, François Legault, jugeant que la crise ne peut durer plus longtemps, a appelé Justin Trudeau à présenter sans tarder un échéancier « serré » de sortie de crise.

Et si le dialogue ne suffit pas, il s'est dit prêt à recourir à la force. Des discussions en ce sens ont cours avec la direction de la Sûreté du Québec afin de trouver des moyens d'intervention à très court terme, a-t-il affirmé.

La situation est très grave, Justin Trudeau doit agir. On doit fixer un échéancier. Et pour la suite des choses, s’il y a une intervention policière, il faut le faire de façon coordonnée dans toutes les provinces du Canada.

François Legault, premier ministre du Québec

Je ne parle pas de semaines, je parle de jours, a ajouté le premier ministre québécois, qui a lui-même refusé de fixer une échéance précise.

Je suis d'accord qu'on respecte les Autochtones, mais je suis aussi d'accord qu'on respecte les Québécois, a dit pour sa part la ministre responsable des questions autochtones, Sylvie D'Amours, à propos d'une possible intervention policière.

Dans un communiqué diffusé mercredi soir, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, dit trouver totalement irresponsable de suggérer le recours à une intervention policière pour mettre fin à la crise qui sévit actuellement [...]. Il faut apprendre du passé et se souvenir que l'intervention commandée par la Sûreté du Québec en 1990 a transformé d'une façon sans précédent une barricade en crise.

Quant au grand chef mohawk de Kanesatake, Serge Simon, il a invité le premier ministre Legault à réfléchir davantage avant de réclamer une intervention musclée des corps policiers sur les barricades.

François Legault, en mêlée de presse.

Le premier ministre François Legault s'impatiente devant les blocages des voies ferrées qui perturbent l'économie du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Barrages en cours sur le réseau ferroviaire canadien :

  • Montréal, Québec : des manifestants de Kahnawake bloquent la ligne exo 4, qui relie Candiac à Montréal, depuis le 10 février;
  • Saint-Lambert, Québec : des sympathisants des Wet'suwet'en bloquent depuis mercredi midi la ligne exo3 qui relie Montréal à Mont-Saint-Hilaire;
  • Listuguj, Québec : des manifestants micmacs bloquent la voie ferrée depuis dix jours;
  • Belleville, Ontario : des manifestants mohawks de Tyendinaga continuent de protester près des voies ferrées de Belleville. Ce barrage empêche la circulation des trains de VIA Rail entre Toronto et Montréal ou Ottawa. Il empêche tout trafic d’est en ouest sur le réseau du CN, ainsi que la circulation des trains de l’est du pays vers le centre des États-Unis;
  • Edmonton, Alberta : un groupe de manifestants qui bloquait la voie ferrée située à l’ouest de la capitale albertaine a levé son barrage après que le CN eut obtenu une injonction.

De façon paisible

Répondant à une question des conservateurs aux Communes, le premier ministre a réagi par ricochet à la déclaration de son homologue québécois. Justin Trudeau a assuré qu'il souhaitait résoudre cette situation de façon paisible afin d'empêcher [que ne s'installe] une instabilité qui durerait des mois, et même des années.

L'approche que préconisent les conservateurs d'augmenter la température, d'y aller [avec] force, ce n'est pas une solution du tout. Nous allons travailler avec les premiers ministres, dont le premier ministre Legault, pour résoudre cette situation de façon paisible.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

À l'instar du premier ministre, plusieurs membres du caucus libéral ont rejeté cette voie. L'emploi de la force est le dernier des derniers recours, a déclaré la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier. Imposer des échéanciers, ce n'est pas un moyen efficace de négocier, a renchéri le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair.

Quand on parle de forces policières, ça [rappelle] toute la panoplie historique [...] en ce qui a trait aux relations houleuses [que les communautés des Premières Nations] ont eues avec les forces de la police, a souligné Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones.

Jusqu’à présent, Ottawa a maintenu la ligne selon laquelle la solution passe par le dialogue avec les manifestants, qui ont décidé de perturber le réseau ferroviaire en soutien aux chefs héréditaires de la Première Nation Wet'suwet'en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Ceux-ci s’opposent au passage du gazoduc Coastal GasLink, malgré l’approbation reçue des conseils de bande élus.

Le premier ministre du Canada a néanmoins souligné que les pénuries et les mises à pied entraînées par l'interruption du service ferroviaire étaient inacceptables, promettant du même souffle une résolution le plus rapidement possible.

Ses ministres ont assuré que le gouvernement a un plan et qu'il y travaille. On a un plan de match. [...] On sait où on s'en va, a assuré Pablo Rodriguez, lieutenant québécois de M. Trudeau. Mais ni lui ni ses collègues n'ont voulu donner les détails précis de ce plan.

Manque de leadership

Le chef du Bloc québécois a déconseillé fortement toute intervention policière. Ce n'est pas seulement un report du problème, mais c'est peut-être une façon d'envenimer le problème, selon Yves-François Blanchet.

Tout de même, si on en arrivait là, M. Blanchet blâmerait Justin Trudeau. Le Québec n'a aucune autre intervention possible que ça. [...] Moi, je dis au premier ministre du Canada : "Regardez ce que votre inaction est en train de provoquer!", a lancé M. Blanchet.

Pour sa part, le chef du NPD a dénoncé un manque de leadership du premier ministre qui n'a pas proposé une solution. M. Singh lui soumet donc trois propositions : que M. Trudeau rencontre les chefs héréditaires, qu'un négociateur soit nommé et que la Gendarmerie royale du Canada se retire du territoire des Wet'suwet'en.

La dernière des propositions de M. Singh est une condition posée par des chefs héréditaires pour la tenue d'une rencontre avec les autorités fédérales.

Mardi, le premier ministre Trudeau a déclaré que cette rencontre est la clé pour débloquer les manifestations à travers le pays. En Colombie-Britannique, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est la force policière provinciale. Elle ne répond donc pas à Ottawa, mais bien à Victoria.

Les conservateurs ont menacé de déposer une motion retirant la confiance de la Chambre au gouvernement afin de dénoncer la gestion de cette crise, une initiative que les autres partis d'opposition ont refusé d'appuyer.

Les troupes d'Andrew Scheer se sont donc contentées de taper sur le clou de cette crise tout au long de la période des questions.

Après deux semaines d'inaction et de faiblesse, le CN et VIA Rail ont annoncé qu'ils vont mettre à pied presque 1500 personnes, s'est désolé Andrew Scheer, chef par intérim du Parti conservateur.

Parler avec les chefs héréditaires

Dans une nouvelle tentative, la ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett a envoyé mercredi une lettre aux chefs héréditaires de Wet'suwet'en afin de les convier à une réunion en personne avec des représentants du gouvernement fédéral et provincial.

La ministre Bennett s’était rendue à Victoria, en Colombie-Britannique, plus tôt cette semaine afin d’assister à pareille rencontre, mais elle n’a jamais eu lieu.

Depuis que la GRC a fait exécuter une première injonction contre les opposants au gazoduc Coastal GasLink, des manifestations ont causé une perturbation du réseau ferroviaire du Canadien National dans l'est du Canada, une suspension de services de train de passagers de VIA Rail et une perturbation temporaire de la circulation dans plusieurs villes.

Avec les informations de La Presse canadienne

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