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En Alberta, les urgences en zone rurale surutilisées pour des cas non urgents

Entrée de l'urgence à l'hôpital de l'Université de l'Alberta.

Dans les zones rurales de l'Alberta, près de 60 % des visites aux urgences sont dues à des raisons moins urgentes ou non urgentes, soit deux fois plus qu'à Calgary ou à Edmonton.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les services d’urgence des zones rurales de l’Alberta sont plus souvent pris d’assaut par des personnes en situation non urgente que dans les grandes villes, selon un rapport de Services de santé Alberta (AHS).

Un tel constat laisse penser aux experts de la santé que les habitants des zones plus reculées n’ont pas accès à des médecins de famille ou à des programmes en santé de proximité pour des besoins spécifiques.

Selon Cynthia Carr, une épidémiologiste de Winnipeg ayant travaillé avec des communautés autochtones du nord de l’Alberta, ce constat pourrait démontrer qu’il y a plus d’accès aux soins d’urgence et aux cliniques sans rendez-vous dans les centres urbains.

Elle estime que, pour réduire les visites non urgentes aux urgences, il faut améliorer l’accessibilité et la disponibilité à des services de santé qui répondent à des besoins spécifiques des populations rurales.

Pour l'exercice 2018-2019, 59 % des visites dans les salles d’urgence situées dans les régions rurales de l’Alberta étaient motivées par des raisons moins urgentes ou non urgentes, comparativement à 29 % des visites à Calgary et à Edmonton.

Des différences d’accès aux soins

Dans le nord de la province, les populations sont souvent en transit, ce qui pourrait expliquer qu’elles n’aient pas accès à un médecin de famille, selon Lorian Hardcastle, professeur de droit de l’Université de Calgary, qui collabore avec le département de médecine.

Peut-être que ces personnes ne sont pas admissibles au programme de remboursement des médicaments de la province (AADL), ce qui fait qu’elles utilisent les urgences, car elles ne prennent pas les médicaments qui auraient pu leur être prescrits pour leur état de santé, avance-t-il.

Faire venir 50 médecins en zone rurale n'est pas forcément la solution, mais il faut davantage prêter attention aux besoins des populations.

Une citation de :Cynthia Carr, spécialiste en épidémiologie

Et puis, il y a aussi le problème du recrutement de nouveaux médecins et du renouvellement de la patientèle des médecins déjà installés. En général, la disponibilité des médecins de famille est beaucoup plus réduite dans les zones rurales, explique Eddy Lang, professeur au département de médecine urgentiste de l’Université de Calgary.

Vers des solutions

AHS comprend le problème et a mis en place des mesures qui ont commencé à être efficaces pour réduire l’engorgement des urgences dans les zones reculées. Selon le rapport, les visites à l'hôpital qui concernent des maladies pouvant être prises en charge par un médecin de famille ont baissé de 7,4 % en 10 ans. Il y a également une tendance à la baisse (- 3 %) des visites aux urgences dans le nord et le centre de la province depuis 2017-2018.

Pour aller plus loin, Services de santé Alberta recommande d’appuyer des programmes de soins de proximité déjà existants et qui visent à proposer davantage de ressources aux communautés rurales, tels que les programmes de soins à domicile. Le rapport cite encore la ligne téléphonique 811, qui permet de parler directement à une infirmière ou encore le Programme d'amélioration des soins dans la communauté (Enhancing Care in the Community).

Dans les petites communautés rurales, les urgences sont multifonctionnelles; c'est un phénomène naturel.

Une citation de :Eddy Lang, professeur au département de médecine urgentiste de l’Université de Calgary

Les outils numériques peuvent être une autre solution, selon le rapport d'AHS, notamment les consultations virtuelles qui peuvent permettre de déterminer si une situation est urgente ou non, et de rediriger des patients vers les bons professionnels de santé.

Une autre solution consiste à proposer des programmes de soins sur demande qui répondent aux besoins spécifiques des communautés reculées, comme ce qui a trait à la santé mentale et à la dépendance. Si quelqu’un tombe en sevrage à 20 h 30, il n’a pas beaucoup d’options, il n’y a que la salle d’urgence qui peut les aider, affirme le Dr Lang.

Le gouvernement provincial a annoncé qu'il voulait engager des travailleurs en santé pour développer la mise en place d’un plan à long terme qui devra répondre à ces défis. Ce plan sera présenté au ministre de la Santé, Tyler Shandro, au printemps.

Avec les informations de Stéphanie Dubois

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