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Un délinquant sexuel lié à la cause d’enfants autochtones disparus

Le visage de l'homme avec des drapeaux du Québec dans le fond.

Pierre-Paul Niquay, lors d’une conférence de presse à Québec, le 14 février 2020.

Photo :  CBC / Sylvain Roy Roussel

Radio-Canada

Un profond malaise règne au sein de la nation atikamekw. Une des figures de proue du mouvement visant à retrouver des bébés disparus est un délinquant sexuel.

Maude MontembeaultTwitterCourriel

Pierre-Paul Niquay a reconnu avoir agressé sexuellement une femme entre le 1er janvier 2004 et le 31 janvier 2010 à Joliette. Il a été condamné à 18 mois de probation et a payé une amende de 2000 $.

Il est inscrit pour une période de 20 ans au registre national des délinquants sexuels, soit jusqu'en 2035.

En plus de son rôle de représentant en santé communautaire pour les services de santé de Manawan, Pierre-Paul Niquay s’implique au sein de la nation afin de retrouver les enfants disparus après leur hospitalisation à la fin des années 60 et durant la décennie 70. Il est lui-même à la recherche de deux de ses frères. Des dizaines de familles atikamekw espèrent bientôt apprendre ce qu'il est advenu de leurs enfants.

Des antécédents qui créent un malaise

Les antécédents de Pierre-Paul Niquay dérangent l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) qui vient de recevoir une subvention d’Ottawa pour épauler les Autochtones à la recherche de leurs enfants ou de leurs proches.

[S'il conserve son rôle, ça veut dire qu']on mettrait quelqu’un qui est sur le registre des prédateurs sexuels avec des mères qui ont perdu leurs bébés. À mon avis, juste sur le plan éthique, ça ne se fait pas.

Nancy Roy, directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD)
La femme en entrevue, dans un bureau.

La directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), Nancy Roy

Photo : Radio-Canada

Selon Nancy Roy, Pierre-Paul Niquay aurait sollicité plusieurs familles afin de les réunir le 28 février à Wemotaci en présence de la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours. Mal à l'aise face à cette situation, Nancy Roy a contacté le cabinet de la ministre responsable des Affaires autochtones et a écrit au chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Ces familles sont déjà lourdement vulnérabilisées et nous ne pouvons rendre publique une association avec une personne possédant de tels antécédents.Vous avez la responsabilité de protéger les familles de vos communautés contre toute action négative qui ne ferait que desservir celles-ci et donner une image bien négative qui n’est pas souhaitable. Nous ne permettrons pas une deuxième victimisation des familles.

Extrait de la lettre adressée au chef du Conseil de la Nation Atikamekw

Le chef Constant Awashish marche sur des oeufs. Ce sont des informations préoccupantes qui posent des questions de crédibilité auprès de nos partenaires et de personnes vulnérables, confie-t-il. Il a contacté le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, afin que les élus de la communauté se penchent sur l’affaire.

À Manawan, le mot d’ordre est de ne pas commenter l’affaire. Une directive qui vaut tant pour le conseil qu’aux services de santé.

Le chef Paul-Émilie Ottawa a décliné notre demande d'entrevue, mais dans une lettre envoyée par courriel, il précise qu'effectivement, il a été porté à l'attention du conseil qu'il subsistait un certain malaise quant aux fonctions occupées par [Pierre-Paul Niquay].

Nous prenons le cas très au sérieux et nous examinons de près chaque élément du dossier afin de prendre les meilleures décisions dans les limites des pouvoirs du conseil et des lois en vigueur, écrit-il.

Niquay milite aux côtés de Ghislain Picard

Les deux hommes dans une conférence de presse à Québec, debout.

Pierre-Paul Niquay (à gauche) et Ghislain Picard, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, le 14 février 2020.

Photo : Radio-Canada

L’Atikamekw de 60 ans était à l’Assemblée nationale le 14 février aux côtés de Ghislain Picard, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Devant les médias de la colline Parlementaire, il a pris la parole et a réagi aux amendements du projet de loi 31 du gouvernement. Ces amendements permettent notamment que le ministre de la Justice assiste et guide les familles à la recherche d'un enfant disparu ou déclaré mort sans que des preuves soient fournies. Pierre-Paul Niquay et Ghislain Picard ont tenu un point de presse avec les députés de l’opposition qui contestent les méthodes législatives du gouvernement pour accompagner les familles.

Ghislain Picard, qui connaît les antécédents de Pierre-Paul Niquay, a décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada.

Par courriel, il écrit que la responsabilité du chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) s’exerce en tout temps dans le respect de l’autorité locale. C’est dans le respect de ce principe que l’APNQL ne peut émettre de commentaires dans un dossier qui relève entièrement de la compétence des dirigeants de la communauté.

La ministre annule son voyage à Wemotaci

La ministre assise à son siège de députée à l'Assemblée nationale, à Québec.

Sylvie D'Amours est la ministre responsable des Affaires autochtones dans le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, surprise d’apprendre que des familles s’affichaient auprès des partis d'opposition à Québec et constatant qu’il y avait une division entre elles, la ministre a décidé de ne pas se rendre à Wemotaci le 28 février prochain, indique son attachée de presse Lauréanne Fontaine.

Nous laissons les familles choisir leurs représentants et nous nous ferons un plaisir de collaborer avec ces représentants, ajoute-t-elle.

Les familles auraient été avisées de cette décision. Au cabinet de la ministre, on assure que le gouvernement organisera une rencontre très prochainement pour expliquer le projet de loi 31 et pour répondre à leurs questions.

Pierre-Paul Niquay n’a pas voulu répondre à nos questions sans avoir parlé à son avocat Me Alain Arsenault. Joint au téléphone, son cabinet assure qu’il ne représente pas Pierre-Paul Niquay.

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