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Lorsqu’une montagne accouche d’une molécule

Mike Sapieha, directeur de l’Unité de recherche des maladies neurovasculaires oculaires à Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Mike Sapieha, directeur de l’Unité de recherche des maladies neurovasculaires oculaires à Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Photo : Radio-Canada

En science, les meilleures idées naissent parfois loin des laboratoires. Pour Mike Sapieha, c’est au contact de la nature qu’elles prennent vie. C’est d’ailleurs lors d’une expédition dans les Laurentides qu’il a trouvé la solution à la rétinopathie diabétique, une maladie de la rétine qui affecte 800 000 Canadiens, dont 60 % à 90 % des patients diabétiques. Portrait d’un chercheur d’exception.

À 44 ans, Mike Sapieha est reconnu comme l’un des plus grands chercheurs en santé de la vision. Sa découverte sur les causes de la rétinopathie diabétique, une maladie de la rétine, lui a valu la consécration internationale.

En 2019, il remporte le Cogan, un prix d’excellence remis par l’Association for Research in Vision and Ophthalmology, la plus prestigieuse organisation dans le domaine.

Quand j'ai regardé la liste des gens qui l'ont reçu avant moi, c'est clair que je me sentais très humble d’en faire partie. Ce sont tous mes idoles, se rappelle Mike Sapieha, directeur de l’Unité de recherche des maladies neurovasculaires oculaires à Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Voir, observer, regarder… La vision est le fruit d’une incroyable cascade. Et c’est par la rétine, cette fine membrane qui tapisse le fond de l’œil, que le tout s’amorce. La rétine capte la lumière pour la relayer au cerveau.

La rétine et le cerveau consomment environ 20 % de l'apport en sucre et en oxygène de notre corps. Donc pour que tout cet oxygène et ces nutriments se rendent aux yeux, l’oeil est très vascularisé.

Mike Sapieha

Après ses études postdoctorales à l’Université Harvard, Mike Sapieha hérite d’un gigantesque projet : mettre sur pied, pour Maisonneuve-Rosemont, un laboratoire dédié à la recherche des maladies neurovasculaires oculaires. Parmi les maladies étudiées, la rétinopathie diabétique.

Avec le temps, un taux de glucose trop élevé dans le sang endommage l’intérieur des vaisseaux de la rétine. Quand le glucose se fixe à la paroi, il l’irrite et l’endommage. Des fissures apparaissent et le sang s’écoule. La rétine gonfle. Le patient voit flou.

Progressivement, des vaisseaux sont détruits. Certaines zones de la rétine se retrouvent alors privées de sang, d’oxygène et de nutriments. En réaction, la rétine libère des molécules pour stimuler la production de nouveaux vaisseaux sanguins. Mais cette revascularisation se fait de façon anarchique. Des vaisseaux infiltrent toute la rétine. C’est alors que de petits points noirs envahissent le champ visuel. Sans intervention, la situation dégénère.

Une molécule nommée sémaphorine

Une image de synthèse montre le fonctionnement de cette molécule.

Pour répondre au stress causé par la présence du glucose dans le sang, les cellules nerveuses de la rétine secrètent notamment de la sémaphorine.

Photo : Radio-Canada

On a longtemps cru que la rétinopathie était due à cette présence anarchique des vaisseaux sanguins. C’était avant que Mike Sapieha et son équipe ne fassent une découverte majeure. On s'était demandé ce qui arrivait précocement, donc avant qu’on commence à voir ces manifestations vasculaires, explique Mike Sapieha.

Leur intuition est bonne. Le problème survient en amont, avant que les vaisseaux sanguins ne commencent à infiltrer la rétine. Pour répondre au stress causé par la présence du glucose dans le sang, les cellules nerveuses de la rétine secrètent une série de molécules, dont la sémaphorine.

Cette dernière agit normalement comme un guide et indique aux vaisseaux sanguins comment croître de manière structurée. Chez le patient atteint de rétinopathie diabétique, le niveau de sémaphorine est dix fois supérieur à la normale. En surabondance, elle devient nuisible, car elle agit comme un mur sur lequel les vaisseaux sanguins entrent en collision.

Essentiellement, c'est comme un train qui est sur ses rails et puis qui arrive dans un mur. On a la locomotive qui frappe le mur et après, tout le reste du train vient s'écraser contre le mur.

Mike Sapieha

La sémaphorine, voilà la source du problème. Découvrir la cause de la rétinopathie diabétique, c’est bien, mais identifier sa solution, c’est encore mieux. Eh bien, comme dans un film, c’est au volant de sa voiture que la solution lui viendra...

Une journée, raconte Mike Sapieha, je montais sur la 15 dans les Laurentides et je suis arrivé devant le Mont-Gabriel. Sa forme m’a fait penser à une molécule, un médicament. Je me suis arrêté dans un café pour prendre des notes, pour concrétiser mon idée. Des mois de travaux ont permis de créer la ST-102, une molécule capable de maîtriser la sémaphorine.

Mike Sapieha, directeur de l’Unité de recherche des maladies neurovasculaires oculaires à Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Mike Sapieha, directeur de l’Unité de recherche des maladies neurovasculaires oculaires à Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Photo : Radio-Canada

À ce jour, il en existe une soixantaine de versions. Certaines d’entre elles ont été testées chez la souris atteinte de rétinopathie. En ce moment, on est dans une phase très, très prometteuse, on est très excité, dit Mike Sapieha. On sait que ça fonctionne très bien dans les modèles animaux, donc il y a toujours l'étape de passer chez les humains, qui est un tout petit peu une boîte noire, mais on a toutes les raisons de croire que ça va très bien fonctionner.

Mike Sapieha espère que les essais cliniques chez l’humain débuteront d’ici trois ans. Sa molécule pourrait changer radicalement le traitement de la rétinopathie diabétique.

Si on pouvait réduire la quantité d'injections dans l’œil dont un patient a besoin pour soigner sa rétinopathie diabétique, pour moi, ça serait vraiment le plus grand accomplissement de ma carrière.

Mike Sapieha

Le reportage du journaliste Danny Lemieux et de la réalisatrice France Désourdy sera diffusé à Découverte, dimanche, 18 h 30.

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