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Non, tous les médicaments ne restent pas efficaces après leur date de péremption

Une publication virale prétend que les dates de péremption des médicaments ne servent qu’à « enrichir les compagnies pharmaceutiques ».

Une publication Facebook avec du texte et une image de médicaments.

Une publication Facebook affirme faussement que presque tous les médicaments conservent la même efficacité 4 ans après leur date de péremption.

Photo : Capture d'écran - Facebook

Une publication partagée près de 300 000 fois prétend à tort qu’un « médicament a la même efficacité quatre ans après la date de péremption ».

Le texte en question cite une chronique radiophonique de la Dre Christiane Laberge, une médecin de famille qui intervient fréquemment dans les médias québécois. Différentes versions de cette publication circulent depuis au moins 2015, dont certaines qui ne citent pas la médecin québécoise.

On y affirme que la Dre Laberge a dit à la radio : Un médicament a la même efficacité quatre ans après la date de péremption. Mais [il] ne faut pas le dire trop fort parce que les compagnies pharmaceutiques n’aiment pas ça…

Un texte Facebook qui parle de dates de péremption de médicaments et d'aliments.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une publication affirme que la quasi-totalité des médicaments restent efficaces 4 ans après leur date de péremption,

Photo : Capture d'écran - Facebook

La médecin citée apporte des nuances

Nous n’avons pas pu retrouver l’enregistrement de la chronique en question. Jointe à ce sujet, la médecin dit ne pas se souvenir de ses propos exacts, mais elle explique avoir souvent parlé du sujet dans les médias, au cours des dernières années. Elle affirme que ses paroles ont été citées hors contexte.

Souvent, ce que je disais, c’est la majorité des médicaments de type Advil, Tylenol, vous n’êtes pas obligés de les jeter au bout de l’expiration qui est marquée sur l’étiquette. On peut garder la médication plus longtemps, explique-t-elle. Elle souligne que les médicaments de ce type peuvent être utilisés de trois à cinq ans après leur date d’expiration, à la condition qu’ils soient préservés à l’abri de l’humidité et dans de bonnes conditions d’hygiène.

La Dre Laberge assure n’avoir jamais affirmé que cela s’appliquait à tous les médicaments.

J’ai toujours précisé, verbalement, que ça ne s’appliquait pas aux crèmes, aux gouttes ou aux sirops.

La Dre Christiane Laberge, médecin

Elle explique que de tels médicaments sont plus sensibles à la température et plus susceptibles de se dégrader rapidement ou d’être contaminés par des bactéries. Elle recommande de ne pas les utiliser plus de six mois à un an après la date de péremption, et de les jeter si leur odeur a changé.

La médecin ajoute que certains types de médicaments, tels que les antibiotiques, doivent toujours être utilisés jusqu'à la fin de la prescription, et que d’autres comme les opioïdes, doivent être rapportés à la pharmacie et non conservés à domicile, pour éviter que d’autres personnes n'en consomment.

Un antibiotique, la tétracycline, (Nouvelle fenêtre) peut d’ailleurs devenir toxique une fois expiré.

Des données loin de la réalité

La publication virale affirme aussi que l’armée américaine avait pour plus de 1 milliard de médicaments et voulait savoir si c’était vrai qu’il fallait en disposer selon la date indiquée. Ils ont tout testé et seulement un produit perdait un peu de son efficacité après quatre ans.

Cette affirmation est fausse, selon un article publié à ce sujet en janvier 2016, dans La Lettre médicale (Nouvelle fenêtre), la revue de l’association Médecins francophones du Canada. On y signale que les données du département américain de la Défense sont très loin de ce qu’affirme la publication Facebook.

On peut y lire que sur 3005 lots de médicaments, 312 lots (~12 %) sont demeurés stables pendant plus de quatre ans après la date de péremption. Ces données s’appliquaient en outre à des médicaments dont l’emballage n’avait pas été ouvert. L’article précise en effet que la durée de conservation de la plupart des produits est de un à cinq ans, mais une fois que l’emballage original est ouvert, la date de péremption figurant sur celui-ci ne s’applique plus.

Des affirmations trompeuses sur les aliments

La publication fait aussi une série d’affirmations sur les dates de péremption des aliments, en affirmant que des denrées périssables peuvent être consommées longtemps après cette date. À ce sujet, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (Nouvelle fenêtre) et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) (Nouvelle fenêtre) détaillent tous les deux les durées de conservation de chaque type d’aliments.

Une publication tenace

La Dre Laberge se désole de voir cette publication circuler année après année. J’ai essayé de la faire enlever, mais je n’ai pas pu, regrette-t-elle.

Une des versions les plus partagées de cette publication est relayée par une internaute du nom de Céline Galipeau, dont le nom a déjà créé une confusion, puisque c'est le même que celui de la présentatrice du Téléjournal de Radio-Canada.

Mme Galipeau — qui n’est donc pas la journaliste de Radio-Canada — n’est pas l’auteure initiale du texte, mais sa version de la publication a été partagée près de 300 000 fois. Elle explique avoir vu ce texte circuler à plusieurs reprises sur Internet.

Je ne vois pas pourquoi je supprimerais cette publication, car on la retrouve partout sur le web, plaide-t-elle. Je peux effacer [le nom de la Dre Laberge], mais rien n’empêchera la diffusion à grande échelle.

Mme Galipeau affirme avoir elle-même entendu les propos de la Dre Laberge à la radio à l’époque.

Christiane Laberge explique avoir pu faire certains commentaires sur un ton sarcastique. Quand j’ai dit "je vais me faire des amis chez les pharmaciens", c’était avec un petit clin d’œil dans la voix. Mais ça, ce n’est pas rapporté, bien sûr.

La médecin souligne ne pas être étonnée de la popularité de la publication. La théorie du complot, elle existe dans tous les chapitres : pharmaceutique, minier, pétrolier, financier, souligne-t-elle.

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