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Donald Duguay, victime présumée d'Éric Salvail, dit avoir tenté « d'éviter un viol »

Éric Salvail tient dans ses mains un carnet et un crayon.

Éric Salvail est accusé d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration pour des faits allégués qui remontent à 1993.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Au palais de justice de Montréal, mardi, l'avocat de la défense a contre-interrogé de manière serrée Donald Duguay, qui soutient avoir été agressé par Éric Salvail en 1993. Ce dernier a plaidé non coupable des accusations d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration qui pèsent contre lui.

Présidé par le juge Alexandre Dalmau, le procès se déroule sans jury, à la demande de l’accusé.

Lundi, devant le juge Dalmau, Donald Duguay, 47 ans, a raconté comment Éric Salvail l'aurait harcelé et poursuivi d'avances non sollicitées pendant plusieurs mois, en 1993.

Les deux hommes travaillaient alors à Radio-Canada, et M. Duguay avait eu à donner de la formation à M. Salvail au service du courrier du diffuseur public.

Selon Donald Duguay, les problèmes avec M. Salvail ont commencé dès le premier matin, c’est-à-dire en avril 1993.

Dans les mois qui ont suivi, la victime présumée affirme qu’Éric Salvail aurait proféré à son endroit une quarantaine de commentaires sexuels déplacés et qu’il se serait livré à une vingtaine d’attouchements sexuels.

Les incidents se seraient succédé dans un crescendo de violence jusqu’au vendredi 29 octobre 1993, où Donald Duguay soutient avoir été agressé sur les lieux de travail par Éric Salvail, dans une salle de toilette.

Après avoir répondu aux questions de son avocate, Amélie Rivard, Donald Duguay a été soumis au contre-interrogatoire de l'avocat d'Éric Salvail, Michel Massicotte.

Dans le but de mettre à l'épreuve le témoin et de faire ressortir des contradictions ou des imprécisions dans son témoignage, la défense y est allée d'une rafale de questions. L'avocat, qui a une bonne voix et du gabarit, se tenait souvent tout près du témoin, répétant les réponses de ce dernier avant d'enchaîner avec une nouvelle question.

Arrivée de Me Michel Massicotte au palais de justice de Montréal où se déroule le procès d'Éric Salvail.

L’avocat d'Éric Salvail, Me Michel Massicotte

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Par exemple, l'incident de la salle de bain, comme l’a appelé Me Massicotte, a été décortiqué jusque dans ses moindres détails.

À la barre des témoins, Donald Duguay est demeuré à peu près imperturbable et assuré. Pendant ce temps, assis dans la première rangée de la salle d’audience, Éric Salvail écoutait tout en prenant quelques notes dans un calepin.

Un costume disco

Cet après-midi du 29 octobre 1993, Donald Duguay s’était costumé comme l’avaient fait des employés de Radio-Canada pour souligner la fête de l’Halloween. Il s’était confectionné un costume inspiré de la mode disco, avec chemise fleurie et ceinture à motifs assortis, pantalon à pattes d’éléphant, lunettes et faux favoris. Il portait des chaussures à plate-forme.

Dans la journée, Duguay affirme que Salvail lui aurait dit que son costume lui faisait un beau p’tit cul. Donald Duguay affirme qu'Éric Salvail n'était pas déguisé, et qu'il portait un pantalon noir.

Dans l’après-midi, dans la toilette où il était en train d’uriner, Duguay dit avoir entendu quelqu’un entrer; quelqu’un qui s’est posté derrière lui. Lorsqu’il s’est retourné, il dit avoir aperçu Salvail, la braguette ouverte, le pénis dans la main.

Éric Salvail, aux dires du plaignant, n’avait nullement l’intention d’uriner.

Donald Duguay dit avoir eu une crainte en le voyant. Au point où il n’a pas pris le temps de finir d’uriner, se dirigeant si précipitamment vers le lavabo qu’il s’est tourné le pied. En réponse aux questions de la défense, Donald Duguay a ensuite admis ne pas avoir mentionné ces deux informations à la police.

La défense a aussi souligné le fait que le plaignant, qui disait avoir une crainte, avait pourtant pris le temps de tourner le dos à Salvail pour se laver les mains.

Je crains, parce que je me dépêche de me laver les mains pour partir le plus vite possible, a expliqué Donald Duguay, qui ajoute que Salvail l’a rejoint au lavabo et lui a touché une fesse.

La victime présumée affirme avoir tenté de sortir de la salle de toilette, mais qu’Éric Salvail l’a poussée. À partir de ce moment, c’est devenu plus violent, allègue Donald Duguay. Il soutient que l’accusé a fait usage de ses poings pour finir par le plaquer, face au mur, les mains au-dessus de la tête.

« Pourquoi tu as les culottes à terre »

Donald Duguay affirme que Salvail n’a relâché son emprise que lorsqu’il l’a menacé de crier à l’aide.

Tu vas devoir expliquer pourquoi tu as les culottes à terre.

Donald Duguay, témoignant au procès d'Éric Salvail

Le plaignant affirme qu’il a de toutes ses forces propulsé Éric Salvail contre le mur, en l’invectivant, avant de sortir de la salle de toilette.

Donald Duguay marche dans un couloir du palais de justice de Montréal.

La victime présumée, Donald Duguay, 47 ans, dit avoir subi les affres d'Éric Salvail pendant une période de huit mois, en 1993.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La défense a relevé que, dans ses déclarations passées, M. Duguay n'avait jamais mentionné que M. Salvail avait fait usage de ses poings et qu'il n'avait jamais utilisé le verbe propulser. Me Massicotte a aussi longuement questionné le témoin sur la distance qui séparait le lavabo de la porte ou sur le nombre de secondes qu'il avait consacrées à se laver les mains.

Durant cette agression alléguée, Donald Duguay dit avoir essayé de frapper Éric Salvail, de [lui] donner un coup dans les parties avec ma jambe. Mais il affirme que son costume, tellement serré, tellement ajusté, l'en empêchait. Et le témoin dit avoir craint qu'en frappant Salvail, il aurait pu laisser des traces sur ce dernier, ce qui aurait constitué des preuves contre lui.

Ce à quoi l'avocat de la défense a suggéré qu'en frappant Salvail au plexus solaire ou aux testicules, il ne lui aurait pas laissé de traces.

Donald Duguay affirme qu'à l'époque, Éric Salvail pesait dans les 80 kilos, alors que lui n'en pesait que 57.

Au terme d'une journée et demie de contre-interrogatoire, Me Massicotte a demandé à Donald Duguay s'il était prêt à mentir et à dire des faussetés dans le but d'obtenir de l'attention. Le plaignant a nié.

Au sujet de la décision du plaignant de révéler son identité, alors qu'il aurait pu demeurer anonyme, Donald Duguay a répondu qu'il avait souhaité faire la bataille à visage découvert. Il dit poursuivre, de cette manière, une mission de sensibilisation pour les victimes.

Témoins à venir

Le procès d'Éric Salvail est prévu jusqu'à jeudi. À compter de mercredi, la poursuite y fera entendre quatre témoins. À la lumière de ce qu'a raconté Donald Duguay jusqu'ici, il ne semble pas y avoir eu de témoins directs des événements qui se seraient produits en 1993.

Après avoir entendu tous les témoins de la poursuite, M. Salvail annoncera, par la voix de son avocat, s'il présentera une défense et s'il témoignera pour faire entendre sa version des faits.

Éric Salvail avait été arrêté le 15 janvier 2019 par les agents du Service de police de la Ville de Montréal, dans la foulée de nombreuses allégations d'inconduites sexuelles.

Aucune de ces allégations n'a été prouvée devant un tribunal.

Avec les informations de Geneviève Garon

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