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Blocages ferroviaires : Trudeau veut une solution pacifique, Scheer réclame de l'action

Justin Trudeau, de profil, à la Chambre des communes.

Justin Trudeau a plaidé pour un règlement de la crise à travers le dialogue.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Depuis la Chambre des communes, Justin Trudeau a lancé mardi avant-midi un appel à la poursuite du dialogue avec les Premières Nations pour dénouer la crise qui paralyse une bonne partie du réseau ferroviaire canadien.

Le message de M. Trudeau était aussi celui de l'Assemblée des Premières Nations et de son chef, Perry Bellegarde, qui s'est présenté devant les journalistes peu de temps avant l'allocution du premier ministre.

À la suite de son allocution, le premier ministre a convié en rencontre les chefs du Bloc québécois, Yves-François Blanchet; du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, et du Parti vert, Elizabeth May. Le chef conservateur, Andrew Scheer, n'a pas été invité.

Pourquoi M. Scheer ne faisait-il pas partie des discussions? Le chef conservateur s'est disqualifié avec son discours aux Communes, a affirmé M. Trudeau.

Aux yeux du chef conservateur, cette réunion n'est que de la poudre aux yeux, de la diversion.

Devant les députés, M. Trudeau a martelé à plusieurs reprises que le gouvernement avait pour priorité de régler la situation de manière pacifique.

Pendant trop longtemps, nous n’avons pas réussi à agir en faveur de la réconciliation. Il faudra collaborer. Il n’y a pas de relation plus importante au Canada que celle avec les Premières Nations. Je tiens à tendre la main formellement aux Premières Nations, a poursuivi le premier ministre.

Selon ce dernier, le gouvernement libéral s'est engagé dans une voie de dialogue, afin de créer un espace pacifique avec tous [les] partenaires.

C’est une occasion de réconcilier les différentes perspectives. Car quelle est la solution? Voulons-nous un pays de différences irréconciliables? Voulons-nous un pays où les dirigeants ordonnent à la police d’arrêter des gens? Ce n’est pas la voie à suivre. Nous devons trouver une solution. Nous devons la trouver maintenant.

Le premier ministre Justin Trudeau

Entre plusieurs piques déguisées envers l'opposition conservatrice, qui a appelé Ottawa à agir rapidement pour mettre fin à ce qu'elle qualifie de blocages illégaux, M. Trudeau n'a toutefois pas donné de détails sur un éventuel plan de son gouvernement.

Voilà plus d'une dizaine de jours que divers groupes autochtones se font entendre partout au pays. Les contestataires ont installé des barrages sur d'importantes voies ferroviaires, afin de protester contre un projet de gazoduc qui traverserait le territoire ancestral des Wet'suwet'en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.

Le trafic ferroviaire est ainsi interrompu en bonne partie depuis maintenant près de deux semaines.

Manque de leadership

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a d'ailleurs saisi la balle au bond pour dénoncer ce qu'il décrit comme une réponse bien molle à une crise nationale qui affaiblit notre pays.

Le premier ministre, a déploré M. Scheer, n'a pas clairement dénoncé les gestes illégaux de ces militants radicaux, et n'a pas présenté de plan d'action pour mettre fin au blocus de notre économie.

Aux yeux d'Andrew Scheer, Justin Trudeau a ainsi abdiqué ses responsabilités et a manqué de leadership dans ce dossier.

Nous en sommes à un moment important. Nous devons décider qui nous sommes et ce que nous représentons. Serons-nous un pays qui bâtit de grands projets nationaux, ou un pays où quelques voix peuvent bloquer notre économie?

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

M. Scheer a par ailleurs déclaré que son parti se tenait du côté des travailleurs canadiens, mais aussi des représentants de la Première Nation Wet'suwet'en qui ont approuvé le projet de gazoduc Coastal GasLink, qui se retrouve au coeur de la crise.

La question de la représentation des Premières Nations est elle aussi un aspect essentiel de l'épineux dossier : en effet, plusieurs chefs de conseils de bande, élus en fonction de la Loi sur les Indiens, appuient le projet de gazoduc. Mais les chefs héréditaires Wet'suwet'en, eux, s'y opposent.

Suspendons les travaux, propose Blanchet

Au Bloc québécois, le chef Yves-François Blanchet a tenu à se distancer des propos de son homologue conservateur.

Vous ne verrez jamais quelqu'un du Bloc québécois se placer au centre d'une Première Nation pour dire qu'il y a les bandits, et qu'il y a les bonnes personnes, a-t-il lancé. Qui sommes-nous pour juger?

Sans appeler à une intervention directe et immédiate pour permettre la reprise de la circulation des trains, M. Blanchet a jugé que les moyens employés par les contestataires ne sont pas acceptables, et qu'ils nuisent autant à l'économie des Premières Nations qu'à celle de l'ensemble du pays.

Saluant le discours du chef libéral, le chef bloquiste a néanmoins souligné que l'allocution de M. Trudeau survient 12 jours après le début de la crise.

Pourquoi a-t-il fallu qu’une crise qui s’annonçait nationale et grave n’ait une intervention qu’au bout de 12 jours?

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Comme porte de sortie, M. Blanchet propose de suspendre, ne serait-ce que temporairement, les travaux de construction du gazoduc Coastal GasLink, sur la côte ouest, en échange de la levée des blocages.

Ce geste, dit-il, serait mesurable et concret, et serait reçu comme une ouverture réelle, au-delà des mots.

Réunion au sommet

Lundi, le premier ministre a tenu une réunion d'urgence avec plusieurs ministres, dont le responsable des Services aux Autochtones, Marc Miller, le ministre des Transports, Marc Garneau, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, et la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, notamment.

Un débat d'urgence sur cette même crise doit avoir lieu mardi soir aux Communes, entre autres à la demande du député néo-démocrate Peter Julian.

Lundi, M. Trudeau a annulé un voyage dans les Caraïbes, qui s'inscrivait dans le cadre de sa tournée mondiale pour tenter d'obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies pour le Canada, afin de plancher à une sortie de crise.

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