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analyse

Bombardier : les gagnants, les perdants et l'incroyable déconfiture d'un fleuron

Alain Bellemare sur le plateau d'« En direct avec Patrice Roy ».

En réalité, Alain Bellemare vient d'achever le démantèlement de l'entreprise, souligne Gérald Fillion.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Après le Q400, le CRJ, la C Series, c’est toute la division ferroviaire qui passe à la trappe chez Bombardier. Cette grande entreprise, jadis un joyau de l’économie du Québec, sera plus petite, mais probablement plus forte. Toutefois, la fierté du Québec inc. en prend pour son rhume.

Au sein du gouvernement Legault, comme chez Bombardier, on s’efforce de présenter les récents événements comme étant de bonnes nouvelles. Le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, a évoqué des « opportunités excitantes » pour les employés, en conférence téléphonique, ajoutant qu’il s’agit pour l’entreprise d’un « nouveau chapitre prometteur ».

En réalité, Alain Bellemare vient d'achever le démantèlement de l’entreprise. Avait-il le choix? Probablement pas. Cependant, le fait est que le géant du transport qu’ont bâti Joseph-Armand Bombardier et Laurent Beaudoin n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est plus de 65 % du chiffre d’affaires de Bombardier qui s’est évaporé sous la gouverne d’Alain Bellemare, appelé en renfort en 2015 pour faire le ménage et redresser l’entreprise.

Dorénavant, ce sont des sociétés européennes et japonaises – Airbus, Alstom, Mitsubishi – qui vont mener les destinées d’innovations et d’expertises québécoises. Des milliers d’employés vont dorénavant recevoir leur chèque de paie de groupes étrangers. Les dividendes et profits vont bénéficier à des millions d’actionnaires européens et japonais. Les décisions touchant Saint-Bruno, La Pocatière, Mirabel, Saint-Laurent vont se prendre à Toulouse, Paris et Tokyo.

Les gagnants et les perdants

Nous sommes perdants chaque fois que nous cédons une innovation et un siège social à des intérêts étrangers. L’affaire Rona en est la preuve : le Québec n’a plus de prise sur l’avenir de l’entreprise depuis que les décisions sont prises en Caroline du Nord, chez Lowe’s.

Il y a tout de même trois grands gagnants dans cette transaction. D’abord, les actionnaires de Bombardier vont se retrouver avec un avoir beaucoup plus sain. Bombardier a dit que le gain enregistré avec la vente de Bombardier Transport à Alstom sera consacré à la réduction de la dette de la société, qui s’élève à 9,3 milliards de dollars américains, soit 12,3 milliards canadiens.

Ensuite, la Caisse de dépôt et placement a obtenu de très bons rendements avec son avoir dans Bombardier Transport. Elle va investir 4 milliards de dollars dans une entreprise solide et prospère. C’est 18 % du capital d’Alstom qui se retrouvera entre les mains de la Caisse, avec deux sièges au conseil d’administration. La Caisse investit dans un secteur en croissance : la hausse prévue dans le trafic de passagers est de 3 à 5 % par année, de 2015 à 2025, et la croissance attendue dans les équipements ferroviaires est de 3 % par année, de 2021 à 2023.

Il est à noter que, dans son communiqué, Alstom dit s'engager à rétablir le potentiel opérationnel et la rentabilité de Bombardier Transport en plus de travailler à « améliorer la qualité d'exécution », des mots qui montrent combien Bombardier Transport éprouvait des difficultés dans la réalisation de ses contrats. Il y avait des retards, des retraits de wagons et une crédibilité qui s’étiolait.

Enfin, l’autre gagnant, c’est bien sûr Alstom, qui vient éliminer un concurrent et qui va trouver des synergies et des complémentarités dans ses activités. L’entreprise sera plus à même d’affronter la concurrence japonaise, allemande et chinoise.

Pour les travailleurs, on verra, avec le temps, si cette annonce était positive pour eux, finalement. Mais il est clair qu’Alstom exprime aujourd’hui des propos encourageants. Alstom prévoit installer son siège pour les Amériques à Montréal et songe à y ouvrir un centre d'excellence pour la conception et la recherche et développement. La Caisse de dépôt indique, dans son communiqué, qu’Alstom prend un engagement en faveur « de l’expansion des activités pour les sites manufacturiers de La Pocatière et de Sorel-Tracy ».

Selon l’analyste en transport Daniel Bordeleau, qui était à RDI économie lundi soir, la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre va favoriser les investissements en transport ferroviaire aux États-Unis. Mais, qui en profitera? a demandé Michel Nadeau, ancien vice-président de la Caisse de dépôt, alors que les usines américaines d’Alstom se portent bien, notamment celle de Hornell, dans l’État de New York.

Cinq ans plus tard…

Maintenant, après toutes ces années de compressions et de ventes d’actifs, après avoir frôlé la faillite en 2015, peut-on dire que le PDG Alain Bellemare a réussi la transformation de l’entreprise? Non, répond catégoriquement Michel Nadeau, qui déplore les ventes successives qui ont eu cours. Cependant, l’entreprise était encore au bord de la faillite, selon lui, si elle ne se départissait pas d’un actif important comme Bombardier Transport.

On peut bien employer les superlatifs qu’on veut à Québec et chez Bombardier pour décrire les dernières annonces. Mais, entre les « bonnes nouvelles » évoquées par Pierre Fitzgibbon et les « opportunités excitantes » d’Alain Bellemare, il y a surtout l’incroyable déconfiture, déconstruction et démantèlement d’un fleuron du Québec.

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