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La fermeture des urgences est annulée au Nouveau-Brunswick

Manifestation devant l'Hôpital mémorial de Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 13 février 2020.

Manifestation devant l'Hôpital mémorial de Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 13 février 2020.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Frederic Wolf

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonce que la fermeture des services d’urgence pendant la nuit, qui avait été annoncée pour six hôpitaux de la province mardi dernier, est annulée. Les fermetures qui étaient prévues pour le 11 mars n’auront pas lieu.

Je reconnais que les gens qui habitent dans les régions rurales du Nouveau-Brunswick sont confrontés à des difficultés uniques et qu’ils se présentent à la table avec une perspective unique, écrit le premier ministre Blaine Higgs dans une déclaration publiée dimanche soir par son gouvernement.

Dans cette optique, les régies régionales de la santé ont accepté de ne pas donner suite à la mise en œuvre du plan de réforme le 11 mars. Cela signifie qu’elles ne procèderont pas à la réduction des heures d’ouverture des services d’urgence aux hôpitaux de Sussex, de Sackville, de Sainte-Anne-de-Kent, de Caraquet, de Grand-Sault et de Perth-Andover, écrit-il.

Blaine Higgs devant des drapeaux du Nouveau-Brunswick et du Canada.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, en conférence de presse le 14 février 2020 à Fredericton

Photo : Radio-Canada

La province dit vouloir plutôt tenir des consultations communautaires en avril et mai. M. Higgs s'engage à se rendre personnellement dans ces communautés pour lancer le processus de consultation et entendre les dirigeants des communautés, les personnes qui assurent la prestation des soins et les citoyens touchés. Un sommet sur les soins de santé doit suivre en juin.

Le premier ministre répète que la province, à son avis, fait face à une crise dans les soins de santé, mais il ajoute que ce qu’il faut pour y remédier n’est pas clair.

[N]ous avons besoin que les gens de cette province fassent partie de la solution, et cela doit commencer par l'écoute des personnes les plus touchées, affirme M. Higgs.

Réactions dans les collectivités ciblées par les fermetures

Kevin Haché.

Kevin Haché, maire de Caraquet

Photo : Radio-Canada

La volte-face du gouvernement est un soulagement pour le Nouveau-Brunswick rural, croit le maire de Caraquet, Kevin Haché. L’hôpital de sa municipalité était l’un de ceux visés par les réductions de services.

Tout le monde s'entend qu'il y a un problème dans la santé. Je pense qu'il faut travailler ensemble pour trouver la solution, pas se faire forcer une solution, soutient M. Haché. Selon lui, le plan qui avait été présenté par les régies de la santé n'avait pas de sens.

Le maire de Caraquet voit d’un bon oeil les consultations annoncées par le gouvernement et dit avoir hâte de participer aux débats pour améliorer le système de santé.

Roger Doiron, maire de Richibucto.

Roger Doiron, maire de Richibucto

Photo : Radio-Canada

C'est une décision très sage de la part du gouvernement d'annuler les fermetures des urgences, déclare de son côté le maire de Richibucto, Roger Doiron. C'est une première victoire pour les communautés qui ont été sensibilisées dans les derniers jours. Le gouvernement a pu comprendre que ce qui était proposé n'avait pas de bon sens.

Je crois sincèrement qu'il y a des améliorations à faire, mais il ne faut pas les faire à n'importe quel prix et il faut qu'elles soient bien réfléchies, dit le maire Doiron, qui insiste pour que les solutions aux difficultés du système de santé soient trouvées de concert avec la population.

Si on est invités à réfléchir, on va le faire. Les communautés sont capables de réfléchir et d'offrir des solutions au gouvernement.

Roger Doiron, maire de Richibucto

Une manifestation d'opposition à la fermeture des services d'urgence était annoncée pour lundi à Sainte-Anne-de-Kent. Le rassemblement aura lieu comme prévu, indiquaient dimanche soir les maires de Caraquet et de Richibucto.

L’événement prendra davantage les allures d'une démonstration de solidarité pour rappeler à la population que les soins de santé sont très fragiles, il faut continuer à travailler et il faut être vigilants pour nos hôpitaux, selon le maire Haché, de Caraquet. Un moyen de sensibiliser les gens à l'importance d'être toujours vigilant, renchérit son homologue de Richibucto.

L'Hôpital Stella-Maris-de-Kent, à Sainte-Anne-de-Kent, au Nouveau-Brunswick.

L'Hôpital Stella-Maris-de-Kent, à Sainte-Anne-de-Kent, au Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

M. Higgs a dit qu'il allait aller dans les régions et faire des consultations. On veut faire partie de ce processus-là et on veut s'assurer que la santé et le bien-être des gens de la région de Kent soient les premières choses, affirme Pierrette Robichaud, présidente de la Coalition urgence Sainte-Anne et mairesse de Rogersville.

Il n'est certainement, certainement pas question que l'urgence de l'Hôpital Stella-Maris soit fermée. On ne l'acceptera pas, prévient-elle.

Le président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick (SMNB), Chris Goodyear, a affirmé dimanche soir que de nombreuses questions restées sans réponse concernant le plan annoncé la semaine dernière par la province inquiétaient les médecins. Les fournisseurs de soins de santé, mentionne le Dr Goodyear, veulent participer aux discussions pour réformer le système.

Le 11 février, le gouvernement du Nouveau-Brunswick avait annoncé que les services d’urgence de six hôpitaux allaient être fermés quotidiennement de minuit à 8 h.

Puisque la majorité des visites nocturnes à ces six hôpitaux n’étaient pas pour des urgences, le gouvernement estimait que de réduire ces services aiderait à améliorer l’accès aux médecins de famille et aux infirmières praticiennes.

Le changement des heures d’ouverture devait aussi permettre, de l’avis des réseaux de santé, d’embaucher une infirmière praticienne dans chacun des six hôpitaux.

L'Hôpital général de Grand-Sault.

L'Hôpital général de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick, était l'un des six petits hôpitaux initialement visés par la mesure.

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

Les six petits hôpitaux visés par l’annonce initiale étaient l’Hôpital de l'Enfant-Jésus RHSJ, à Caraquet; l’Hôpital général de Grand-Sault; l’Hôpital Stella-Maris-de-Kent, à Sainte-Anne-de-Kent; le Centre de santé de Sussex; l’Hôpital mémorial de Sackville; et l’Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, à Perth-Andover.

Un gouvernement minoritaire fragilisé

La décision avait été accueillie avec stupéfaction et a provoqué une levée de boucliers, notamment dans les régions francophones de la province, en plus de déclencher une crise politique pour le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs.

Le député de Shippagan-Lamèque-Miscou, Robert Gauvin, le seul élu acadien et francophone au sein du gouvernement, avait annoncé vendredi qu’il quittait le Cabinet de M. Higgs et le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, pour siéger comme député indépendant à Fredericton.

Sans aller aussi loin que M. Gauvin, Bruce Northrup, député progressiste-conservateur de Sussex-Fundy-St. Martins, avait lui aussi fait connaître son opposition aux fermetures d'urgences.

La défection de Robert Gauvin, qui était notamment vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick, fragilisait le gouvernement Higgs, qui est minoritaire à l’Assemblée législative.

Robert Gauvin en point de presse.

Robert Gauvin à Shippagan le 14 février 2020

Photo : Radio-Canada

D’après Jean-Claude D'Amours, le député libéral d’Edmundston-Madawaska-Centre, le gouvernement a été l’artisan de son propre malheur dans ce dossier, car il a manqué d’écoute envers les médecins, les ambulanciers et la population. Cette dernière a envoyé au gouvernement un message clair au cours des derniers jours, croit celui qui est porte-parole de l’opposition officielle en santé.

Le premier ministre Higgs est arrivé avec un plan et ne voulait absolument pas démordre de ça. Aujourd'hui, par la pression, il veut essayer de changer légèrement la donne, affirme M. D'Amours. C'est un premier ministre qui est dans une Assemblée législative minoritaire, qui n'a pas voulu consulter et a voulu agir en tant que premier ministre majoritaire.

Répartition des sièges à l'Assemblée législative

Parti progressiste-conservateur : 20

Parti libéral : 19 (sans inclure le président de la Chambre)

Parti vert : 3

Alliance des gens : 3

Indépendant : 1

Sièges vacants : 2

M. D’Amours ne s’avançait pas dimanche soir sur ce que comptait maintenant faire le Parti libéral du Nouveau-Brunswick. La semaine dernière, le chef libéral Kevin Vickers avait laissé entendre qu’il voterait à la première occasion pour faire tomber le gouvernement Higgs.

Le Parti vert du Nouveau-Brunswick entendait faire de même. L’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick s'est de son côté opposée à la fermeture des urgences la nuit et son chef, Kris Austin, a affirmé qu'il pourrait appuyer une motion de défiance.

Que la tempête soit ou non passée pour le gouvernement provincial, les intervenants qui ont réagi au changement de cap semblaient espérer qu'un changement de ton soit aussi à l'ordre du jour.

Si le gouvernement a pu apprendre par ceci que c'est important de travailler avec les communautés, de travailler avec les régions, de travailler avec le monde rural, je pense qu'ils auront appris beaucoup, disait le maire de Richibucto, Roger Doiron.

Avec des renseignements de Jean-Philippe Hughes

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