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Quand un trio de mamans dirige 15 adolescents

Pour la première fois dans l'histoire de la ligue, trois entraîneuses dirigent une équipe de hockey masculine.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Sébastien Tanguay

Trois mamans se retrouvent derrière le banc d’une équipe de hockey masculine de Lotbinière cette année. L’expérience unique en son genre porte ses fruits : à la mi-saison, les Seigneurs midget B se hissent dans le premier tiers du classement et certains joueurs vivent une des plus belles saisons de leur vie.

Aucun papa ne voulait s’impliquer derrière le banc des Seigneurs au début de la saison, se souvient Marie Lemay, une habituée des lignes de côté au soccer qui transpose maintenant son expérience sur la patinoire.

Sans entraîneur en début de saison, l’équipe risquait de ne pas jouer. Quelques mois plus tard, elle joue et non pas une, mais trois mères veillent sur elle.

Il y a des jeunes qui allaient accrocher leurs patins ou qui n’avaient pas eu des belles saisons à leur actif. Cette année, ils nous disent qu’ils adorent ça. Ça c'est une paie pour nous autres.

Marie Lemay

Je n’ai pas été dure à convaincre : du hockey j'en mange, indique Laetitia Letourneau, amie de Marie, qui entraîne aussi les Seigneurs.

Laetitia Letourneau derrière le banc des Seigneurs, avec Marie Lemay en arrière-plan.

Laetitia et Marie ont chacune quatre enfants et une ferme. Laetitia a bâti une entreprise laitière, Marie a une porcherie de 850 bêtes.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

J'arbitre environ 150 games par saison, ajoute celle qui est une des deux seules arbitres féminines de la ligue Rive-Sud Chaudière Etchemin. Je pense que j'ai une belle vision du jeu et une belle façon de transmettre ma passion du hockey. 

Julie Caron complète le trio. Mère d’un des gardiens de l’équipe, elle n’a pas hésité à rejoindre les rangs, malgré les réticences de son fils, d’abord réfractaire à être coaché par sa mère.

Une surprise pour les joueurs

L’arrivée de trois mamans à la tête de cette bande d’adolescents âgés de 15, 16 ou 17 ans a créé une petite onde de choc en début de saison.

Julie Caron observe le match, les mains posées sur la bande.

Julie Caron ne voit que du positif dans son expérience derrière le banc.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Ah moi, j'ai fait le saut! Pour vrai je ne m'attendais pas à ça, se rappelle Jérémy Laliberté, un défenseur de 15 ans. 

On s'est dit : câlique, trois mères, ça va sortir de l'ordinaire, dit Mathys Nadeau. 

Oui, on a été surpris la première fois qu'on a entendu ça, ajoute Jérémy Paquet, le capitaine de 17 ans. C'est sûr que ça fait différent, on est toujours habitués aux mêmes coaches chaque année, souvent des pères.

Marie Lemay applaudit ses joueurs derrière le banc tandis que les joueurs sont dressés sur le bord de la bande, attentifs à l'action qui se déroule dans la zone adverse.

Derrière le banc, même si le désir de gagner est le même que partout ailleurs, c'est le plaisir qui prime sur la victoire.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Après l’appréhension des débuts, la confiance s’est vite installée entre l’équipe et les entraîneuses.

Ces mères-là avaient peut-être moins d'expérience sur certaines choses, mais je pense qu'elles ont bien progressé, autant avant la game, sur le banc et après la game.

Mathys Nadeau

Je me disais au début : ça ne sera peut-être pas la meilleure année de ma vie au hockey, mais après les deux ou trois premières games, tu te rends compte qu'elles connaissent le jeu autant que les gars, confie le plus jeune des deux Jérémy. Des fois, c’est vrai qu’elles sont même meilleures.

C'est une bonne saison, on est 8e sur 20 équipes. À date ça se déroule bien!, se réjouit Mathys.

Tous les joueurs, les entraîneures et le public regardent l'action à leur droite. Plusieurs ont des mines ébahies devant l'arrêt effectué par le gardien adverse.

Un lancer sur le gardien attire toute l'attention derrière le banc des Seigneurs et parmi leurs partisans.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Il a d’ailleurs suffi d'un seul entraînement sur la glace pour dissiper les inquiétudes du fils de Julie.

Je pense qu'il voulait d’abord me protéger en disant non, indique-t-elle. Après la première rencontre, il m’a dit : c’est correct, maman, ça va être le fun cette année.

On connaît notre hockey, on est capable de le montrer aux jeunes. Dans le fond, qu'on soit une fille ou un garçon, tout le monde est capable de la donner cette instruction-là.

Julie Caron

Une présence inspirante

L’aventure des trois mamans derrière le banc des Seigneurs intrigue autant qu’elle inspire dans la ligue.

Les arbitres en parlent avant les parties. Le public ne demeure pas indifférent devant cette distribution hors norme.

Une spectatrice exprime son désaccord par rapport à une décision des arbitres.

Peu importe qui entraîne l'équipe, l'intensité est la même devant une décision controversée des arbitres...

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Partout, la réaction est la même : positive. Des parents ont ovationné les entraîneuses; les jeunes n’ont que des éloges pour elles. 

Même le quatrième entraîneur des Seigneurs, Alexandre Fortier, se réjouit de son expérience.

C’est ma première année en infériorité numérique, rigole Alexandre.

Alexandre Fortier observe le match.

Alexandre Fortier entraîne depuis 11 ans des équipes de hockey masculines. C'est la première fois qu'il le fait entouré par des femmes.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Il observe que l’approche de ses collègues préconise davantage le plaisir de jouer au hockey que l’atteinte à tout prix de la victoire.

Elles amènent un côté un peu plus récréatif au sport, souligne-t-il. J'ai un côté assez compétitif; ça vient l'apaiser un petit peu!

Selon lui, le fait que des femmes entraînent une équipe masculine ne se reflète aucunement absolument sur les performances - bien au contraire.

Si nous étions quatre hommes derrière le banc, ça n’aurait absolument rien changé à notre saison, croit-il. Les filles font vraiment une bonne job.

Alexandre Fortier

Un modèle pour ouvrir les mentalités

Dans les gradins, des adolescentes suivent les parties de Seigneurs avec attention.

Une joueuse en uniforme de dos, avec une queue de cheval bien en évidence qui dépasse de son casque.

Gaëlle est la seule membre féminine des Seigneurs. C'est aussi la fille de Laetitia.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Jenny, Eli et Zia se réjouissent que des femmes s’engagent dans un sport qui carbure souvent à la testostérone et parfois aux préjugés.

Quand ce sont des coaches gars, il y a parfois plus de stéréotypes, croit Jenny. En ayant plus de coaches filles, le hockey a vraiment moins de préjugés.

Marie Lemay sous sa tuque à l'effigie de Spider Man, les yeux fermés et les lèvres serrées affiche une mine affligée alors que son équipe écope d'une mauvaise punition.

Marie Lemay réagit à une mauvaise punition infligée à son équipe.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Zia, elle, se souvient d'une saison passée sur le banc, son entraîneur jugeant qu'une fille devait forcément être moins bonne que les gars.

Si on avait eu une coach fille, ça aurait vraiment diminué, ça aurait été mieux, croit-elle.

Ce sont tous comme mes p’tits gars, conclut Marie. J’en prends soin comme ils étaient tous mes fils en quelque sorte.

Ils vivent tous autre chose en dehors du hockey, termine Laetitia.

Nous sommes là pour leur apprendre le hockey, c’est vrai, mais aussi à gérer les frustrations, les injustices, les joies qui composent le hockey et qu'ils vont rencontrer tout au long de leur vie aussi.

Laetitia Letourneau
Laetitia Letourneau entourée de ses quatre enfants, de son conjoint et de son gendre parmi les vaches de leur exploitation laitière.

À l'extérieur des patinoires, Laetitia Letourneau s'occupe de la ferme laitière qu'elle a démarrée avec son conjoint, Justin. Lui et elle élèvent leurs quatre enfants : tous jouent au hockey.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

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