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De nouvelles normes pour le don d’ovules contrecarrent les plans d’un couple infertile

Jennifer Kiley et son conjoint essaient d'avoir un enfant depuis au moins dix ans.

Photo : Getty Images / Adene Sanchez

Audrey Paris

Un couple de Québec qui souhaite utiliser les ovules d’une amie voit ses espoirs de fonder une famille diminuer. Un règlement entré en vigueur au début du mois par Santé Canada resserre la pratique du don d’ovules aux fins de la procréation assistée.

Jennifer Kiley et Carol-ann Turbide se connaissent depuis la tendre enfance. Elles avaient un rêve : fonder une famille dans la vingtaine.

Presque dix ans plus tard, Carol-ann a maintenant quatre enfants. Jennifer et son conjoint Denis, aucun.

Après plusieurs démarches médicales en clinique de fertilité, les trois amis croyaient avoir trouvé la solution gagnante : le don d’ovules dirigé.

Deux jeunes femmes une à côté de l'autre souriantes

Carol-ann Turbide et Jennifer Kiley sont des amies de longue date.

Photo : Radio-Canada

Carol-ann s'est porté volontaire pour donner ses ovules à son couple d'amis. Ils n’ont donc pas besoin de passer par une banque, ce qui est plus dispendieux.

La donneuse potentielle a passé plusieurs tests et la clinique estimait qu'elle produisait suffisamment d'ovules pour en donner. Alors qu’elle croyait être rendue à la dernière étape avant le retrait des ovules, la clinique de fertilité a annoncé que de nouvelles normes de Santé Canada, en vigueur le 4 février 2020, la forçaient à suspendre le service.

Pour nous, c’était comme dire qu’il fallait qu’on arrête, pis ça, c’est pire que tout, soutient Carol-ann Turbide. C’est injuste parce que la petite partie que j’aurais pu faire pour eux, ça s’est arrêté en raison de normes gouvernementales.

Réglementer le don d’ovules

Directeur de laboratoire dans une clinique de fertilité de Montréal, le docteur Simon Phillips estime que les nouvelles normes de Santé Canada sont surmontables pour les cliniques.

Il s’agit de régir les dates pour passer certains tests, comme des tests de dépistages du virus du Nil occidental, qui n’étaient pas obligatoires avant, explique-t-il, ainsi que des mesures supplémentaires pour l’entreposage des ovules.

Celui qui est aussi membre du conseil d’administration de la Société canadienne de fertilité et d’andrologie ajoute qu’il n’y avait pas de norme précise concernant la sécurité du don d'ovules au Canada avant l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation.

Maintenant, c’est plus clair. Je crois que les cliniques pourront s’y conformer rapidement, souligne-t-il. Il estime que c'est une question de semaines ou de mois.

En 2016 et 2018, Santé Canada a lancé des périodes de consultations en vue d’apporter des modifications à la Loi sur la procréation assistée. En juin dernier, le ministère a annoncé de nouveaux règlements, dont certains devaient entrer en vigueur d’ici l’été 2020. Ces nouveaux règlements visent à protéger les Canadiens et Canadiennes qui ont recours aux techniques de procréation assistée.

Le Règlement sur la sécurité des spermatozoïdes et des ovules est entré en vigueur au début de mois.

Carol-ann Turbide ne remet pas en question l’importance des décisions du gouvernement. Elle souhaite cependant s’assurer que les cliniques ont été bien encadrées face aux changements.

C’est correct de vouloir légiférer, tout ça, c’est une bonne intention, affirme-t-elle. Mais dans la façon qu’on fait les choses, il faut que les cliniques parlent avec le gouvernement, qu’elles soient consultées.

Selon elle, le changement est si rapide que les établissements n’ont pas le temps de s’adapter.

Des feuilles de papier dans les mains d'une femme

Jennifer et Carol-ann étaient rendues à l'étape de se procurer la médication préalable au retrait des ovules. Elles avaient toutes les informations nécessaires.

Photo : Radio-Canada

Ça donne l’impression que les cliniques ne savaient pas tout de la réglementation, donc au lieu d’être dans l’illégalité, ils ont mis un stop à tout ça.

Carol-ann Turbide

Le docteur Phillips encourage les couples et les donneuses dans cette situation à rester en contact avec les cliniques de fertilité et à poser des questions.

La dernière étape?

Pour Jennifer Kiley, le choc est difficile. On dirait que pour moi, c’était la dernière étape. On dirait que je ne sais même pas qu’elles sont les autres options, confie-t-elle.

Carol-ann a décidé d’aider ses amis du mieux qu’elle peut. Pour le moment, c’est moi qui fais les recherches, j’appelle les cliniques, je fais les démarches pour eux.

Le couple pourrait se tourner vers une banque de don d’ovules, mais les coûts sont plus élevés, passant de 10 000 $ pour le don dirigé à 40 000 $ pour la banque.

Ils regardent aussi du côté des États-Unis, notamment dans l’état de New York, où certains établissements de santé pourraient prendre en charge le don d’ovules dirigé ainsi que la procréation assistée.

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