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De Paul Gérin-Lajoie à Jean-François Roberge : parcours d’une pédagogue de coeur

Céline Lefrançois.

L'ex-présidente de la Commission scolaire dit adieu au monde de l'éducation après 60 ans d'engagement envers les élèves.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Joane Bérubé

L’ex-présidente de la commission scolaire des Monts-et-Marées, Céline Lefrançois a dit adieu, la semaine dernière, après 60 ans de travail dans le monde de l’éducation. Elle revient sur l’ensemble d’une carrière qui s’est abruptement terminée avec l’adoption de la loi 40.

Enseignante à la maternelle, directrice d’école, directrice des services en adaptation scolaire, commissaire puis présidente de la commission scolaire des Monts-et-Marées; Céline Lefrançois raconte un cheminement guidé non pas par les fonctions qu’elle a occupées, mais par l’amour des enfants.

Les enfants m’ont modelée, ils m’ont appris beaucoup. Ç’a été mon ouverture sur le monde. Ce que je suis devenue, je le dois aux parents et aux enfants que j’ai côtoyés.

Céline Lefrançois

Céline Lefrançois a vu passer 29 ministres de l’Éducation, 12 directions générales et a traversé toutes les grandes réformes depuis la Révolution tranquille. Je dois être dans le livre des records, dit-elle en riant.

Celle qui devient enseignante au primaire au moment même où Paul Gérin-Lajoie amorce la plus grande refonte de l’éducation au Québec est bien placée pour commenter les changements de gouvernance des institutions scolaires.

En 1960, lorsque Céline Lefrançois entame sa carrière d’enseignante, le ministère de l’Éducation n’existe pas encore. C’était le Département d’Instruction publique dirigé Omer-Jules Desaulniers, précise-t-elle.

Les réformes, ça ébranle, ça crée toujours beaucoup de turbulences.

Céline Lefrançois

Elle rappelle toutefois qu’avant l’adoption de la Loi 60, le ministre de l’Éducation Paul Gérin-Lajoie avait effectué une vaste tournée de tout le Québec pour expliquer son projet.

Je me rappelle très bien, j’étais allée à l’école Victor-Côté, la grande salle était remplie. Alors pourquoi avec une réforme de l’importance de la loi 40, le ministre maintenant n’a pas pris la peine d’expliquer? , s’interroge l’ex-présidente de la commission scolaire, encore secouée par l’attitude du ministre qu’elle qualifie de méprisante et cavalière.

Céline Lefrançois en entrevue.

Céline Lefrançois croit que la priorité doit demeurer la réussite des élèves.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Céline Lefrançois aura pourtant navigué à travers bien des changements de structures et de direction.

Le ministère de l’Éducation naît quatre ans après son embauche comme enseignante avec, dans la foulée, la création de la Régionale des monts, la commission scolaire qui chapeautera les écoles secondaires de ce qu’on nommait alors le comté de Matane.

La gestion des écoles primaires est laissée à de multiples petites commissions scolaires réparties selon les territoires municipaux.

Ces petites organisations, qui souvent ne gèrent que l’école du village, se regrouperont au début des années 70 pour former la commission scolaire de Matane. La Régionale des monts et la commission scolaire de Matane seront réunies en 1985.

En 1998, les commissions scolaires de Matane et de la Matapédia seront fusionnées pour former la Commission scolaire des Monts-et-Marées. Ces structures viennent d’être abolies pour laisser place dorénavant à des centres de services et à une gestion par la direction générale de chaque école.

Sans consultation

Cette dernière refonte de la gouvernance scolaire passe mal la rampe.

Une affiche du centre de services de Matane.

La Commission scolaire est devenue depuis la semaine dernière un centre de services.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Céline Lefrançois juge que l’importance du changement, notamment en ce qui concerne la démocratie scolaire, aurait exigé une consultation plus importante. Ma plus grande tristesse, dit-elle, c’est la perte de la démocratie. La démocratie, aussi faible soit-elle, il faut regarder comment l’améliorer. C’est une réforme qui va au-delà de l’abolition des conseils de commissaires.

Pour elle, l’école est plus qu’une affaire de direction ou d’orientation ministérielle. L’autonomie d’une direction nommée par le ministre fait aussi partie de ses préoccupations. Est-ce qu’on entend beaucoup la directrice du CISSS se plaindre du ministre de la Santé?

L’éducation pour moi, ce n’est pas une question politique. C’est une responsabilité de l’ensemble de la collectivité, les citoyens comme les parents, comme les enseignants, les cadres, tous ceux qui sont à la direction.

Céline Lefrançois

Le ministre Roberge aurait eu avantage, croit-elle, à organiser des états généraux. Cela lui aurait permis de répondre à ce que Mme Lefrançois considère comme les priorités actuelles du monde de l’éducation, soit la pénurie de main-d’oeuvre et la valorisation de la profession d’enseignant. L’abolition des commissions scolaires ce n’était pas la priorité. La question de la gouvernance aurait été de toute manière posée dans des états généraux, fait-elle valoir.

Elle s’inquiète de la voix qu’auront les communautés dans la nouvelle structure qui est la même partout sur le territoire, petit, grand, rural ou urbain. On aura cinq parents pour 5000 élèves. Prenez la commission scolaire de Montréal, 100 000 élèves, cinq parents. C’est disproportionné, dénonce l’ancienne présidente de la CSMM qui se demande à qui les parents vont s’adresser lorsqu’il y aura un problème avec une direction d’école.

Enjeux de commissaires

Son combat comme commissaire aura d’abord été celui du maintien des petites écoles dans les villages des alentours. Elle se dit fière d’avoir pu aider un village comme Saint-Léandre à conserver son école qui ne comptait plus que six élèves. Ils sont 20 maintenant, relève-t-elle.

Nous, un élève, ça fait la différence. On est en décroissance, un enfant, ça peut nous enlever la possibilité de donner notre programme préscolaire. Dans cette loi, on pourra inscrire nos enfants n’importe où.

Céline Lefrançois

Son second cheval de bataille aura été celui des services éducatifs aux élèves en difficulté. On a été entendus, mais ça n’a pas toujours été facile, se souvient Mme Lefrançois.

Les commissaires de Monts-et-Marées en réunion.

Rencontre des commissaires de Monts-et-Marées

Photo : Radio-Canada

Céline Lefrançois a toujours vu le rôle de commissaire comme celui de pont entre la communauté et l’organisation scolaire. Si l’éducation est une priorité, il faut faire en sorte que tous les gens qui gravitent autour du monde de l’éducation soient partie prenante.

La présidence de la commission scolaire ne fut pas de tout repos.

Le mariage obligé, lors de la fusion des commissions scolaires, a pris du temps avant de devenir heureux, admet Céline Lefrançois.

Le dernier mandat aura été le bon. Ce n’était plus: on travaille pour Matane ou la Vallée: c’était, on travaille pour les élèves, fait-elle valoir, la réussite des élèves, c’était très important.

Elle aura d’ailleurs profité de sa présidence pour créer des bourses d’excellence pour les élèves de cinquième secondaire, de l’éducation des adultes et de la formation professionnelle. Il faut les soutenir, ç’a été ma motivation et mon engagement. C’est la génération qui va nous suivre, dit-elle, ce sont nos gouverneurs de demain. C’est eux qui seront responsables de notre collectivité, de notre communauté.

Du préscolaire au... préscolaire

Si elle parle d’éducation avec tant d’ardeur, c’est que l’ancienne enseignante n’est jamais bien loin.

Pendant 25 ans, Céline Lefrançois aura été le premier contact avec l’école de bien des touts petits.

De toute ma carrière, ce qui m’a le plus marquée le plus, c’est mon temps au préscolaire.

Céline Lefrançois

Trois ans après son embauche, Céline Lefrançois deviendra la première titulaire d’une classe de maternelle. C’est le fleuron dont je suis le plus fière, d’avoir ouvert la première maternelle publique dans la région , commente l’ancienne diplômée de l’Université Laval.

La jeune fille ne s’en doute pas, mais s’ouvre devant elle une carrière où l’enseignement préscolaire prendra une place prépondérante, et ce, jusqu’à tout récemment avec l’implantation des maternelles quatre ans.

Culture, communication et créativité, c’est les trois C avec lesquels j’ai toujours joué dans mes classes de maternelle , explique celle qui aura été une pionnière dans l’intégration des touts petits dans le réseau scolaire.

Deux bonhommes de neige en pâte à modeler avec des enfants en arrière-plan.

La Commission scolaire des Monts-et-Marées a l'intention d'ouvrir 18 classes de maternelle 4 ans en septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Les ministres ont beau se vanter que c’est la trouvaille du siècle, mais ce n’est pas nouveau , commente Mme Lefrançois qui n’a jamais attendu les directives ministérielles pour aider au développement des touts petits.

Elle raconte avoir piloté dans les années 1990 un projet de classe de maternelle pour les petits de quatre ans ciblés par les services d’orthophonie et d’ergothérapie du CLSC. Ça a amené la création des maternelles multiâges. On avait de petits groupes dans les villages, on mettait les maternelles quatre ans avec les maternelles cinq ans.

Un projet de maternelle à la maison, avec une enseignante itinérante, a même été tenté afin de joindre le plus de touts petits possible.

C’est elle qui sera responsable de l’implantation des maternelles à temps plein au Bas-Saint-Laurent lors du passage de Pauline Marois au ministère de l’Éducation. Les gens n’étaient pas prêts, étaient très craintifs. Il fallait avoir les locaux, le personnel, la formation, comme maintenant , observe-t-elle.

Pour elle, une seule constante devrait guider toutes les réformes. Il faut que les enfants soient gagnants. Il faut les amener le plus loin possible dans leur diplomation, dans leur qualification.

Bien avant le projet de loi 40, Céline Lefrançois avait déjà décidé que ce serait son dernier mandat. Dans le mot de remerciement qu’elle a envoyé à ses collègues commissaires au lendemain de l’adoption de la loi, elle a tenu à souligner leurs bons coups et les services qu’ils ont pu rendre à leur communauté. Qu’on ne soit pas remercié par le gouvernement, c’est triste, mais il faut s’en aller la tête haute et être fiers de nous , conclut Mme Lefrançois.

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