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Crise politique : Justin Trudeau convoque ses ministres d'urgence

Justin Trudeau vu de profil.

Justin Trudeau a convoqué sept de ses ministres afin de participer à une rencontre spéciale pour mettre fin à la crise qui touche le réseau ferroviaire canadien.

Photo : Reuters / Blair Gable

Radio-Canada

Les contestations autochtones qui se multiplient le long du réseau ferroviaire au pays pour dénoncer le projet Coastal GasLink forcent Justin Trudeau à revoir ses plans.

De retour vendredi de sa tournée en Afrique visant à faire élire le Canada au Conseil de sécurité de l’ONU, Justin Trudeau a été lourdement critiqué pour son absence durant les premiers jours de cette crise, qui prend de plus en plus d'ampleur au pays.

Le premier ministre, qui devait voyager lundi pour se rendre à la Barbade, – toujours dans le cadre de sa campagne de séduction afin d'obtenir un siège au Conseil de sécurité –, a finalement annulé sa mission pour tenter de trouver des solutions aux barrages ferroviaires.

C'est le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne qui le représentera au cours de cette rencontre internationale.

Justin Trudeau, qui a consulté ses ministres tout au long de cette fin de semaine, a mentionné dans un message sur Twitter qu'il a convoqué plusieurs d'entre eux à une réunion lundi matin.

Durant l'absence du premier ministre, Ottawa a fait l'objet de critiques pour ne pas avoir pris des mesures visant à déloger les manifestants. Le chef conservateur Andrew Scheer avait notamment reproché à Justin Trudeau de vouloir fuir ses responsabilités.

Au cours des derniers jours, les contestataires ont installé des barrages sur d'importantes voies ferroviaires afin de protester contre un projet de gazoduc, qui traverserait le territoire ancestral des Wet'suwet'en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.

Les trains étaient toujours immobilisés dimanche après-midi en Gaspésie, où les Micmacs de Listuguj manifestent depuis lundi en appui à la nation britanno-colombienne.

Le barrage ferroviaire installé il y a 10 jours sur le territoire mohawk de Tyendinaga, à l'est de Belleville, en Ontario, a quant à lui entraîné l'interruption du service la compagnie de chemins de fer du Canadien National (CN), et jusqu'à nouvel ordre.

Le premier ministre de l'Ontario Doug Ford a déclaré dimanche s'être entretenu avec M. Trudeau au sujet de ces barrages. Il lui a demandé une action immédiate et un plan clair pour mettre fin aux blocages des chemins de fer du CN.

J'invite le gouvernement fédéral à travailler avec les communautés touchées pour trouver une solution.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Selon M. Ford, il s'agit d'un problème national de grande ampleur qui a un impact sur tous les Canadiens et qui nécessite un leadership fédéral.

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet a de son côté salué la décision, bien que tardive, de Justin Trudeau de suspendre son voyage, tandis que le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a évoqué un échec flagrant de leadership. Dans des messages publiés sur Twitter, les chefs de l'opposition ont tous deux exhorté le premier ministre à traduire les discussions en actions concrètes.

En entrevue à Tout un matin lundi, le vice-président exécutif des services coopératifs et chef des affaires juridiques du CN, Sean Finn, a dit être à l'aise avec la volonté du gouvernement fédéral de résoudre la crise par le dialogue. Il est cependant important que les négociations soient intensifiées afin qu'une sortie de crise soit rapidement trouvée.

On pense encore que c’est une résolution paisible qui est la meilleure solution, et on compte sur les négociateurs du gouvernement fédéral ainsi que du gouvernement provincial pour entreprendre des négociations qui vont mener à terme ce blocus-là qui a un impact majeur sur l’économie, a-t-il dit.

Ce blocus [...] un impact majeur, pas seulement sur le CN, mais sur l’économie canadienne, l’économie du Québec, mais également sur des emplois de nos clients, qui également font face à des réductions potentielles, temporaires, dues au fait qu’ils ne sont pas capables d’expédier leurs marchandises par voie ferrée

Sean Finn, vice-président exécutif des services coopératifs et chef des affaires juridiques du CN

Selon M. Finn, les Canadiens doivent s'attendre à ce que la reprise des activités du CN prenne des semaines, pas seulement des jours, étant donné que l'interruption du trafic ferroviaire est survenue de façon spontanée, et non structurée, comme cela avait le cas lors de la grève des employés de la compagnie, en novembre dernier.

S'assurer d'une « solution pacifique »

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a rencontré samedi des représentants de la nation mohawk, près de Belleville.

À l'émission Question Period du réseau CTV, M. Miller a évoqué les crises d'Oka et d'Ipperwash pour rappeler que le dialogue était préférable à l'intervention policière.

Il y a 30 ans, la police a foncé dans le tas à Kanesatake et quelqu'un a été tué. Qu'avons-nous appris de tout cela? Qu'avez-vous appris d'Ipperwash?

Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones

M. Miller a reconnu que les barrages ferroviaires nuisaient à l'économie, mais que le gouvernement était résolu à trouver une solution pacifique pour régler de telles disputes.

Croyons-nous en la paix? Croyons-nous à un dialogue avec des gens avec qui nous ne partageons pas nécessairement la même opinion, a-t-il demandé. Nous continuons de répéter les mêmes erreurs. Mon conseil à mes collègues est le suivant : assurons-nous d'obtenir une solution pacifique.

Le chef de Tyendinaga, Donald Maracle, a mentionné qu'il n'avait pas participé aux discussions de samedi et a refusé de s'exprimer sur le sujet.

Karen Brant, une résidente non autochtone de Tyendinaga, a quant à elle souligné que si la population était contre le projet de gazoduc, elle était néanmoins divisée sur le fait d'installer des barrages sur les voies ferroviaires.

Les gens croient en leur combat, mais ils ne pensent qu'aux répercussions sur l'économie, a-t-elle relaté.

Elle a cependant ajouté que l'enjeu avait réuni des Autochtones et des non-Autochtones venus apporter des couvertures, des articles de toilette et des repas chauds aux manifestants.

Cela a rassemblé la communauté. Les manifestants ont reçu le genre d'appui qu'on ne voyait jamais auparavant. Il est dommage qu'il faille se rendre à ce stade pour se faire comprendre.

Karen Brant, résidente de Tyendinaga

Un barrage en moins...

Des membres de la Première Nation Gitxsan ont accepté de lever temporairement le barrage établi près de Hazelton, en Colombie-Britannique, jusqu'à une éventuelle rencontre entre les chefs héréditaires des Wet'suwet'sen et des représentants des gouvernements fédéral et provincial.

Le cabinet du premier ministre Trudeau a confirmé que la ministre Bennett serait disponible pour commenter dès que les arrangements de la rencontre auront été convenus. Le ministre des Relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique, Scott Fraser, a déjà annoncé qu'il représenterait la province à ces discussions.

La rencontre se déroulera lundi à Victoria.

Les chefs de la nation Wet'suwet'en ont l'intention d'accepter l'invitation des Gitxsan.

Nous sommes prêts à avancer d'un pas de manière positive. Notre réponse demeure la même : ce gazoduc ne traversera pas notre territoire.

Na’moks, porte-parole des chefs héréditaires de la nation Wet'suwet'en

Toutefois, l'un des chefs héréditaires de la nation Wet'suwet'en a jeté un froid en indiquant que ses collègues et lui assisteraient à cette rencontre en « qualité de témoins ».

... Et un de plus

Une vingtaine de manifestants bloquent depuis dimanche midi la voie ferrée à Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent, a indiqué la Sûreté du Québec (SQ).

Le corps de police provincial a expliqué en début d'après-midi être sur place pour s'assurer que des infractions ne soient pas commises, ajoutant que la police du CN se dirigeait vers les lieux.

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