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En Outaouais, il manquera 300 travailleurs chaque année dans le secteur de la construction

Un ingénieur vérifie la structure de béton sur un chantier de construction.

Le secteur de la construction est en proie à une importante pénurie de main-d'œuvre dans tout le Québec, alors que le nombre de chantiers explose.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les chantiers sont nombreux dans la région, mais la rareté de main-d'œuvre freine le développement économique de plusieurs entreprises de construction, qui tirent la sonnette d'alarme.

Selon l’Association de la construction du Québec (ACQ), il manquera près de 300 travailleurs par année dans la région de l'Outaouais au cours des dix prochaines années. À l’échelle du Québec, ce sont 20 000 travailleurs qui manqueront dans l’industrie de la construction.

Les manques seront particulièrement criants dans les métiers d’opérateur d’équipement lourd, de poseur de système intérieur ou encore de ferrailleur. Ce sont des métiers pour lesquels on observe déjà une pénurie de main-d’oeuvre. Et quand il manque de la main-d’oeuvre pour un seul corps de métier, cela peut affecter l’ensemble des travaux d’un chantier de construction, explique Guillaume Houle, responsable des affaires publiques de l'ACQ.

L’ACQ craint que cette pénurie ne freine le développement économique des entreprises, particulièrement dans un contexte où les chantiers sont nombreux.

On sait qu’il y a 115 milliards de dollars sur la table pour les dix prochaines années dans les infrastructures au Québec; ce sont de gros travaux qui s’en viennent.

Guillaume Houle, responsable des affaires publiques de l'ACQ

Les PME particulièrement touchées

Au Québec, 85 % des entreprises de construction possèdent moins de cinq employés. Ce sont des PME qui travaillent principalement dans la construction résidentielle. Noémie Cosnard-Gaudreau est à la tête d’une petite entreprise de six employés dans la région de Gatineau qui se spécialise dans la finition et le tirage de joints. Son carnet de commandes est rempli jusqu’au mois d’avril.

Noémie Cosnard-Gaudreau, à la tête d'une petite entreprise de finition de construction dans la région de Gatineau, en plein travail de finition sur une porte.

Noémie Cosnard-Gaudreau est à la tête d'une entreprise de six personnes. Elle pourrait en engager le double, si elle trouvait de la main-d'œuvre.

Photo : Radio-Canada

Dans un monde idéal, j’aurais au moins le double d’employés. Si je pouvais trouver une main-d’oeuvre compétente, je pourrais soumissionner sur de plus gros contrats, explique l’entrepreneure.

Pour résoudre cette pénurie, Mme Cosnard-Gaudreau souhaiterait bénéficier d’un peu plus de souplesse, notamment dans le nombre de compagnons requis pour accompagner chaque apprenti sur un chantier. La Commission de la construction du Québec exige d’avoir un compagnon pour chaque apprenti, ce qui est très strict. On ne parvient pas à avoir une relève suffisante pour atteindre le ratio demandé, et par conséquent, on doit parfois refuser des chantiers d’envergure, précise-t-elle.

Les grands groupes doivent être innovants

Pour les grandes entreprises de construction, les choses ne sont pas forcément plus faciles. À Gatineau, le Groupe Raymond compte près de 300 employés spécialisés dans la toiture, le parement mural et la restauration de béton. Et dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre, il a dû innover et trouver des solutions en interne.

Nous avons créé un poste à temps plein de conseillère en ressources humaines pour nous aider à promouvoir notre entreprise dans les écoles, auprès des associations de réinsertion sociale et des organismes d’immigration. Il faut aussi travailler sur la rétention des employés, soutient le vice-président et directeur général du Groupe Raymond, Marco Vaillancourt.

Marco Vaillancourt, vice-président et directeur général de l'entreprise de construction Groupe Raymond à Gatineau, face à la caméra de Radio-Canada.

Selon Marco Vaillancourt, vice-président du Groupe Raymond qui emploie 300 personnes, le recrutement est un défi permanent.

Photo : Radio-Canada

M. Vaillancourt affirme aussi travailler avec diverses associations de métiers pour mener des campagnes de sensibilisation aux métiers de la construction.

Un couvreur commence dans l’industrie à 28 dollars de l’heure, avec des vacances et tous les avantages sociaux; ce sont de bonnes conditions.

Marco Vaillancourt, vice-président et directeur général du Groupe Raymond

Quelles solutions?

Les divers acteurs du secteur envisagent plusieurs pistes de solution, dont une formation en alternance.

Dans l’industrie de la construction, les formations sont données pratiquement uniquement en centre de formation professionnelle [...] On croit que si les jeunes effectuaient un certain nombre d’heures en classe, puis allaient sur un chantier avant de retourner à l’école afin de finir leur formation, cela permettrait d’avoir une main-d’oeuvre disponible plus rapidement, précise Guillaume Houle, responsable des affaires publiques à l'ACQ.

Autre possibilité : recruter des travailleurs de la construction issus de l’immigration. Les entreprises regrettent toutefois les délais importants avant que les compétences de ces travailleurs ne soient reconnues au Québec. Ils souhaitent une solution à moyen ou long terme.

Enfin, plusieurs interlocuteurs demandent plus de souplesse en ce qui concerne les champs de compétence des métiers.

Actuellement, quand une description de métier indique qu’il faut faire telle tâche, un autre métier ne peut pas effectuer cette tâche, au risque de commettre une infraction. Il faut travailler là-dessus et peut-être donner un peu de latitude en période de pénurie, recommande M. Vaillancourt du Groupe Raymond.

La Commission de la construction du Québec (CCQ), qui encadre cette industrie, reconnaît que certaines pistes sont à l’étude.

Diane Lemieux, présidente de la Commission de la construction du Québec, face à la caméra de Radio-Canada.

Diane Lemieux, présidente de la Commission de la construction du Québec, n'exclut pas d'accorder davantage de souplesse au secteur de la construction, qui fait face à une rareté de main-d'œuvre.

Photo : Radio-Canada

Avoir un peu de souplesse entre les métiers, c’est quelque chose qu’on a sur la table, mais je sens déjà beaucoup de résistance; il faut être capable d’engager le dialogue correctement, précise la présidente de la CCQ, Diane Lemieux.

On est actuellement en analyse d'impact, on va présenter cette analyse à notre prochain conseil d'administration. Je crois qu'au printemps, on va être capable d'annoncer la nature des mesures qui vont être déployées, conclut-elle.

Avec les informations d'Alexandra Angers

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