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À quand une sortie de crise à Tyendinaga?

Un manifestant le poing en l'air.

Les manifestants bloquent les voies ferrées par solidarité avec les chefs héréditaires des Wet’suwet’en qui s'opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink, en construction en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Lise Ouangari

Le premier ministre Justin Trudeau a finalement annulé sa prochaine mission pour tenter de trouver des solutions aux barrages ferroviaires.

Justin Trudeau a consulté ses ministres tout au long de cette fin de semaine et a déclaré qu'il les convoquerait de nouveau lundi lors d'une réunion.

De retour de sa tournée en Afrique visant à faire élire le Canada au Conseil de sécurité de l’ONU, le premier ministre devait se rendre à la Barbade lundi dans le cadre de la même mission. Il a décidé d'annuler pour s'occuper de la crise au camp près de Belleville, en Ontario, qui entrave les opérations ferroviaires depuis onze jours et dix nuits.

Le premier ministre ontarien Doug Ford dit également s'être entretenu avec Justin Trudeau et lui avoir souligné qu'il s'agit d'un problème grave, d'importance nationale, qui touche les Canadiens de tout le pays.

De modestes progrès

Des questions demeurent après la rencontre à huis clos qui s'est tenue au camp près de Belleville entre les manifestants mohawks de Tyendinaga et le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller.

Samedi, les deux parties ont discuté à l'abri des regards des journalistes pendant près de huit heures dans le centre communautaire mohawk, non loin du campement des manifestants près de la voie ferrée du Canadien National (CN).

Ils protestent en signe de solidarité avec certains membres de la nation Wet'suwet'en qui s'opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique.

La venue du ministre démontre que c'est la voie de la diplomatie que l'on veut privilégier, malgré la menace de l'application d'une injonction obtenue par le CN qui pèse sur les manifestants.

Un groupe de personnes marchent dans la neige près de voies ferrées où des drapeaux autochtones flottent dans le vent.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, deuxième à partir de la gauche, en chemin vers le centre communautaire à la suite d'un premier échange avec des manifestants de Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Lars Hagberg

Dimanche matin, invité à l'émission Les coulisses du pouvoir, le ministre Miller tenait à reconnaître que le Canada, en entier, souffre avec les pénuries qui commencent à se manifester parmi les industries.

Mais ce que je me demande aussi, en tant que citoyen canadien, continue-t-il, c’est comment réglons-nous cet enjeu très profond de notre identité, qui ne va pas disparaître du jour au lendemain? Réglons ce problème aujourd'hui et n'attendons pas demain.

Une voie pacifique que semble aussi vouloir suivre pour l'instant la Police provinciale de l'Ontario (PPO), qui n'est pas intervenue pour appliquer l'injonction, mais continue de faire ses tournées deux fois par jour pour voir comment les choses évoluent sur place.

Notre but premier est de continuer de préserver la paix et de maintenir un environnement sécuritaire pour tous les gens impliqués, a déclaré samedi soir dans un courriel la sergente Cynthia Savard, de la PPO.

Dimanche, deux agents se sont rendus au campement pour faire savoir aux manifestants qu'ils peuvent faire appel à eux en cas de problème également, si des parties adverses venaient sur le campement et mettaient leur sécurité est danger, par exemple.

Rétablir la confiance

Les manifestants n'ont toutefois pas caché leur méfiance au ministre lors de leur premier échange samedi, craignant une intervention policière pour les déloger. Les manifestants ont peur que ces discussions ne soient qu'une ruse et que vous ayez d'autres idées derrière la tête, a déclaré au ministre le manifestant Kanenhariyo.

Les Mohawks redoutent notamment des tensions et des affrontements comme ceux de la crise d'Oka en 1990.

Un affrontement avait éclaté entre les Mohawks de Kanesatake, la Sûreté du Québec et plus tard l'armée canadienne au sujet du plan d'expansion d'un club de golf à Oka dont le terrain, sur lequel se trouve un cimetière ancestral, est situé sur des terres revendiquées par les Mohawks.

Un soldat de l'Armée canadienne et un Warrior face à face.

Cette photo iconique de Shaney Komulainen pendant la crise d'Oka en 1990 capture les tensions raciales et nationales de longue date qui existent entre les Autochtones et les autorités gouvernementales.

Photo : La Presse canadienne / Shaney Komulainen

Samedi soir, seul le ministre Miller a fait une déclaration à l'issue de la rencontre à huis clos, signalant que les échanges avaient permis d'ouvrir le dialogue et de faire des progrès modestes.

Bien qu'il y ait encore beaucoup de travail à faire, Marc Miller a dit espérer trouver une solution dans le cadre d'un processus pacifique, en soulignant que les Mohawks veulent aussi se consacrer à maintenir la paix.

Ce fut une discussion productive. Nous avons parlé ouvertement, franchement, douloureusement parfois, et parfois avec humour. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire, a-t-il déclaré.

Marc Miller a aussi parlé au premier ministre Justin Trudeau avant et après la rencontre ainsi qu'à d'autres membres du Cabinet pendant le week-end : la vice-première ministre, Chrystia Freeland, le ministre des Transports, Marc Garneau, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett et le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair.

Les manifestants ignorent une injonction

Malgré la prolongation d'une injonction obtenue par le CN, les manifestants continuent de protester près des voies ferrées, en affirmant qu'ils refusent le passage des trains à Tyendinaga jusqu'au départ des agents de la GRC du territoire de Wet'suwet'en, où le gouvernement emploie des policiers militarisés pour escorter les ouvriers de Coastal GasLink qui construisent un nouveau gazoduc.

La manifestation, qui dure depuis 10 jours, bloque le trafic des trains VIA Rail partout au pays et celui de marchandises exploitées par le CN dans l'Est du Canada.

Dimanche, VIA Rail a précisé que 409 trains ont été annulés depuis le début des blocages touchant plus de 83 000 passagers. Le CN a déploré l'incidence des perturbations sur ses revenus et ses activités, et a signalé qu'il pourrait y avoir des mises à pied d'employés.

Un Autochtone parle au ministre derrière une table.

« Il y a beaucoup de peur chez mon peuple parce que votre pays ne nous a pas très bien traités », a déclaré le leader mohawk Kanenhariyo au ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller.

Photo : APTN

Dans ce contexte tendu, des questions persistent quant à savoir si les deux parties parviendront à trouver une solution diplomatique pour éviter que l'histoire ne se répète, à l'heure où Ottawa avance une politique de réconciliation.

Le manifestant Kanenhariyo a d'ailleurs appelé le ministre Miller à joindre la parole au geste. Les mots sont puissants, mais les actions sont significatives, lui a-t-il dit.

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Toronto

Autochtones