•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La communauté chinoise de Montréal se mobilise pour aider les volontaires en isolement

Chen Hong lève le pouce.

Chen Hong, une comptable de Verdun, est en isolement volontaire depuis son retour de Chine, il y a une semaine.

Photo : Chen Hong

À Montréal, des centaines de voyageurs revenus récemment de Chine ont décidé de s'imposer une période de quarantaine afin d'éviter la propagation du COVID-19 au Canada. La communauté chinoise de la métropole s'organise pour leur apporter de l'aide et faciliter leur vie en isolement.

Chen Hong est revenue à Montréal il y a quelques jours, après avoir rendu visite à sa famille dans son village natal du nord de la Chine à l'occasion du Nouvel An chinois.

Même si les autorités canadiennes n’ont pas imposé d’isolement et qu'elle ne pense pas être porteuse du virus, elle a décidé de se confiner volontairement pendant deux semaines, soit la période d'incubation du SARS-CoV-2.

Même si je ne pense pas être malade, je ne veux pas prendre de risque. Je veux protéger mes collègues et les autres. Et je ne veux surtout pas être responsable de la propagation du coronavirus au Québec.

Chen Hong

Certains employeurs montréalais exigent que leurs employés fassent du télétravail s'ils reviennent de Chine ou s'ils ont été en contact avec des proches qui ont voyagé dans la zone infectée. Ce n'est pas le cas de Chen Hong, qui a dû demander des journées de congé supplémentaires, non rémunérées, à son superviseur. Elle prend toutefois la situation avec philosophie et a décidé de mettre à profit ses vacances forcées.

J'en profite pour faire des choses que je n'avais pas le temps de faire : travailler mon français, jouer de la musique, effectuer du perfectionnement professionnel.

Des bénévoles pour prêter main-forte

Chen Hong a la chance d'avoir des amis et des proches qui l'appuient dans sa démarche et qui l'aident à s'approvisionner en nourriture et autres produits essentiels pendant sa période de réclusion.

Toutefois, ce n'est pas le cas de toutes les personnes – nombreuses – qui ont décidé d’en faire autant et de s'imposer une quarantaine à leur retour de Chine.

C'est pour cette raison que des membres de la communauté chinoise de Montréal se sont mobilisés dans les dernières semaines et ont créé des groupes de clavardage pour coordonner l'offre de services gratuits à ceux qui en auraient besoin. Des centaines de bénévoles, dont Angela Huang, font désormais partie de ces groupes organisés qui offrent de leur temps aux individus en isolement.

Nous allons les cueillir à l'aéroport dès qu'ils arrivent. Avant même leur arrivée, ils peuvent nous donner une liste d'épicerie ou de choses qu'ils souhaiteraient et on leur apporte le tout. S'ils ont besoin d'aide, de quoi que ce soit, ils peuvent nous envoyer un message et un bénévole dans leur secteur s'occupera de leur demande, explique-t-elle.

Tout est fait pour prévenir une contamination. Les chauffeurs reçoivent des directives claires pour décontaminer leurs voitures et se protéger. Les commandes sont déposées devant les portes des personnes en quarantaine pour éviter les contacts directs.

 Frank Song dehors à Montréal.

Frank Song, membre bénévole du groupe d'entraide pour les personnes en quarantaine au centre-ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Pour Frank Song, un autre bénévole actif sur un des groupes de clavardage, cette mobilisation est toute naturelle.

Le Canada est notre deuxième maison. C'est normal de protéger notre maison.

Frank Song, résident de Montréal et membre d'un groupe d'entraide

Certaines des personnes qu'ils aident sont de nouveaux arrivants, fraîchement débarqués à Montréal, souligne-t-il. Ceux-ci se posent bien des questions et ils apprécient particulièrement le soutien de leur nouvelle communauté d'accueil.

Chen Hong n'a pas encore eu besoin de l'aide de ces groupes de bénévoles, mais elle apprécie leur initiative. Ces groupes de clavardage lui permettent également de maintenir un contact avec sa communauté et de se sentir soutenue et appuyée dans sa démarche.

Combattre la stigmatisation

Angela Huang considère que ce mouvement de solidarité est une preuve de respect de sa communauté envers le reste de la population. C'est certain qu'on va faire de notre mieux pour que le virus n'arrive pas au Québec. On veut montrer à tout le monde que la communauté chinoise est responsable, qu'on prend soin de notre vie, mais qu'on se préoccupe aussi de la sécurité publique.

Elle espère également qu'en apprenant que plusieurs personnes décident volontairement de s'isoler, des personnes ayant exprimé des préjugés et des comportements racistes envers les Chinois depuis le début de l'épidémie du virus SARS-CoV-2 changeront leur perception.

L'Agence de la santé publique du Canada recommande, mais n'impose pas, aux voyageurs qui ont visité la province de Hubei, l'épicentre de l'épidémie, de limiter leurs contacts avec d'autres personnes et de respecter une période d'isolement de 14 jours.

Isolement obligatoire des voyageurs à Pékin

Si des voyageurs revenus de Chine font le choix de s'imposer une quarantaine au Canada, à l'inverse, tout voyageur qui se rend à Pékin a l'obligation, depuis le 14 février, de s'isoler pendant deux semaines sous peine de sanctions sévères.

Ryan Ma fait fréquemment la navette entre Montréal et Pékin pour le travail. Mais cette fois, il devra rester reclus dans son appartement pendant 14 jours à son arrivée en Chine. Une directive qui n'est pas seulement imposée par les autorités chinoises, mais aussi par son employeur.

Le télétravail est tout à fait possible pour moi. Mais je ne sais pas comment je vais m'organiser sinon. Je crois que j'aurai la permission d'aller une fois ou deux par semaine à l'épicerie. En tous cas, j'espère!

Ryan Ma, citoyen chinois et résident de Montréal

Ryan est d'avis la quarantaine imposée aux voyageurs est une décision prudente du gouvernement et c'est aussi ce que pense Frank Zhang, à bord du même vol vers Pékin : C'est une bonne chose. C'est une mesure responsable.

Tom Tang, lui, n'est pas d'accord. Il a dû révéler que sa ville natale était Wuhan, l'épicentre de l'épidémie en remplissant sa déclaration de santé obligatoire, et il a été embêté par de nombreuses questions. Je crois que c'est un peu exagéré. Je ne comprends pas pourquoi je dois me confiner pendant deux semaines, a-t-il dit.

Les trois passagers ne sont par ailleurs pas inquiets à l'idée de se rendre à Pékin puisque le risque de contracter le coronavirus est encore jugé faible dans la capitale.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Santé publique

Santé