•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une Ottavienne est interdite de croisière parce qu’elle détient un passeport chinois

Ming Yang, une résidente d'Ottawa, montre son passeport chinois.

Ming Yang devait embarquer sur un bateau de croisière de la Norwegian Cruise Line samedi. Mais une nouvelle politique du croisiériste l'en empêche. Elle qualifie cette politique de raciste.

Photo : Radio-Canada / Matthew Kupfe

Radio-Canada

Ming Yang devait commencer une croisière avec sa famille et des amis ce samedi à Miami. Mais elle a appris qu’elle ne pourrait pas embarquer, du fait de sa nationalité chinoise.

Mme Yang est résidente permanente canadienne depuis 15 ans. Elle prévoyait une croisière de sept jours à partir de la Floride en compagnie de neuf personnes, dont des membres de sa famille et des amis.

Mais une nouvelle politique de la Norwegian Cruise Line, la troisième plus grande compagnie de croisière au monde, stipule que la compagnie refusera l'embarquement à toute personne détenant un passeport de Chine, de Hong Kong ou de Macao. Et cela, peu importe leur lieu de résidence.

Selon la compagnie, l’objectif de cette politique est d’empêcher la propagation du coronavirus, dont l'épicentre se situe à Wuhan, en Chine. Mais Mme Yang affirme ne pas avoir visité la Chine depuis au moins six mois.

Je pense avoir été ciblée simplement parce que je suis détentrice d’un passeport chinois, indique Ming Yang.

Cette politique vise spécifiquement une certaine race.

Ming Yang, résidente d'Ottawa de nationalité chinoise

Des mesures préventives

Mme Yang a réservé sa croisière de sept jours par l’intermédiaire de la compagnie aérienne Sunwing Airlines. Le bateau devait partir de Miami samedi et faire arrêt en Amérique centrale, dans les Caraïbes et au Mexique, très loin de l’épicentre de l’épidémie du coronavirus.

Selon l’Ottavienne, ni la Norwegian Cruise Line ni la compagnie aérienne Sunwing ne l’ont prévenue de la nouvelle politique. Elle l’a apprise dans la presse.

Aucun client détenteur d'un passeport de la Chine, de Hong Kong ou de Macao ne pourra embarquer sur l’un de nos navires, quelle que soit sa résidence, indique la politique mise à jour mercredi sur le site internet de la Norwegian Cruise Line. La sûreté, la sécurité et le bien-être de nos clients et de notre équipage sont notre priorité. Nous avons mis en oeuvre de manière proactive plusieurs mesures préventives en raison de préoccupations grandissantes au sujet des infections de coronavirus en Chine.

Le croisiériste indique également qu’il refusera l’embarquement à toute personne qui a visité ou a transité par la Chine, Hong Kong ou Macao au cours des 30 derniers jours.

La Norwegian Cruise Line essaie d’envoyer le message : "Bienvenue à bord, et ne vous inquiétez pas, il n’y aura pas de Chinois sur le bateau", regrette Mme Yang.

La résidente d’Ottawa dit avoir contacté la compagnie au sujet de cette politique. Elle lui a demandé si la situation aurait été différente si elle détenait plutôt un passeport canadien ou américain et avait visité la Chine au cours des quatre derniers mois. On lui aurait répondu qu’effectivement, dans ce cas de figure, elle aurait pu embarquer sur le bateau de croisière.

Le point de vue d’un médecin

Le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Toronto, estime que la politique d’interdiction générale basée sur une nationalité n’est pas étayée par des preuves ou une évaluation des risques réaliste. Il pointe le fait qu’une personne détenant un passeport chinois peut ne pas avoir mis les pieds en Chine depuis le début de l’épidémie de coronavirus.

Le passeport que l’on détient ne reflète pas nécessairement le risque de contracter cette infection et de la transmettre. Je ne pense pas qu'il soit utile de stigmatiser des individus ou un pays tout entier, explique M. Bogoch.

La compagnie aérienne offre le remboursement

La Norwegian Cruise Line n’a pas souhaité faire de commentaire sur cette politique et sur l’interdiction d’embarquement de Mme Yang.

L'Ottavienne affirme, elle, que même si on l'autorisait finalement à embarquer, elle ne souhaiterait plus participer à cette croisière. Elle espère qu’elle, sa famille et ses amis [qui ont décidé de ne pas embarquer non plus] recevront tous un remboursement total.

J’estime que la compagnie de croisière nous doit des excuses à tous.

Ming Yang, résidente d'Ottawa de nationalité chinoise

Un porte-parole de Sunwing a déclaré par communiqué que la compagnie aérienne avait été informée de la politique de Norwegian Cruise Line le 10 février et avait communiqué l’information aux passagers deux jours plus tard.

La compagnie s’est dite prête à rembourser Mme Yang et les autres passagers du même groupe.

Nous ne sommes pas d’accord avec cette politique et nous plaidons en faveur de Ming Yang et sa famille depuis que nous avons été informés de cette nouvelle. Nous offrirons à l’ensemble du groupe la possibilité d’annuler le voyage avec un remboursement complet, a déclaré Sunwing.

Que font les autres compagnies de croisière ?

Parmi les autres croisiéristes, les politiques varient. Pendant quelques jours, la Royal Caribbean Cruise a eu la même politique que la Norwegian, interdisant l’accès à ses bateaux aux détenteurs de passeports de la Chine, de Hong Kong et de Macao. La compagnie a fini par lever cette interdiction après que des passagers l'ont accusée de discrimination.

Quant à Carnival Cruise Line, l'une des plus grandes compagnies de croisière au monde, elle ne restreint pas l’accès à ses bateaux en fonction du passeport. La compagnie refuse par contre l’embarquement aux passagers qui ont voyagé en Chine, à Hong Kong et Macao (même si ce n’était qu’un transit) dans un délai de 14 jours avant le départ programmé de leur croisière.

Avec des informations de CBC

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Droits et libertés