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Macron affiche son « impatience » face à Merkel

Emmanuel Macron parle et fait des gestes avec sa main.

Emmanuel Macron invite Berlin à donner une nouvelle dynamique à l'aventure européenne lors de la conférence sur la sécurité de Munich.

Photo : Reuters / Andreas Gebert

Agence France-Presse

Emmanuel Macron a exprimé son « impatience », ce samedi, à l'égard d'Angela Merkel sur les réformes de l'Europe, confirmant que la relation entre les deux dirigeants bat de l'aile depuis des mois déjà.

Je n'ai pas de frustrations, j'ai des impatiences, a-t-il dit, interrogé à la conférence sur la sécurité de Munich, grand-messe diplomatique annuelle, sur le fait de savoir s'il était irrité par le peu d'enthousiasme que ses propositions ces dernières années ont suscité à Berlin.

Il a appelé à « des réponses claires » du couple franco-allemand face au repli américain et au développement de la Chine.

La clé dans les prochaines années est d'aller beaucoup plus vite sur les éléments de souveraineté au niveau européen, comme la défense, a déclaré M. Macron, alors que la chancelière allemande s'est illustrée jusqu'ici par sa grande prudence sur le dossier en raison de l'atlantisme traditionnel de son pays depuis la guerre et de la tradition pacifiste de son opinion héritée des horreurs nazies.

Il convient de donner une nouvelle dynamique à l'aventure européenne face au scepticisme croissant des opinions, a exhorté M. Macron, dont les propositions en vue de bâtir une Europe « puissance » et « souveraine » n'ont jusqu'ici suscité qu'un accueil poli à Berlin.

La franchise de ses propos confirme que la relation entre le chef de l'État français et la chancelière n'est plus, et ce depuis déjà un moment, au beau fixe.

Leurs trajectoires politiques ne coïncident pas, il est vrai. La chancelière allemande est en fin de règne, de plus en plus contestée au sein de son parti conservateur après 15 ans de pouvoir, et à la tête d'une coalition gouvernementale fragile associant les sociaux-démocrates. Elle n'a guère de marge de manœuvre sur le plan intérieur pour lancer de grandes réformes.

Un proche d'Emmanuel Macron, le député européen Pascal Canfin, a récemment déclaré dans l'hebdomadaire Der Spiegel : Il ne vient plus aucune idée de Berlin.

Emmanuel Macron est, lui, un responsable politique encore jeune et il agace souvent Berlin par son tempérament jugé fougueux en coulisse. Là où la chancelière, imprégnée de la culture du compromis allemande, est passée maître dans l'art du jeu de patience en politique.

Les propos-chocs d'Emmanuel Macron fin 2019 sur la « mort cérébrale » de L’OTAN et la nécessité pour l'Europe de prendre son destin en main en matière de défense, ont suscité le mécontentement de la chancelière. Le président français a tenté depuis de rassurer en soulignant l'importance du maintien d'un lien fort avec les États-Unis.

Il a en même temps proposé une ouverture de la force de dissuasion nucléaire française à l'Allemagne, sous forme de participation à des exercices communs.

Les responsables allemands se sont dits poliment prêts vendredi à Munich à « saisir l'offre de dialogue » de la France. Mais la ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a laissé poindre son scepticisme samedi en redoutant un affaiblissement de L’OTAN.

La ministre allemande de la Défense qui parle.

La ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer

Photo : Reuters / Andreas Gebert

Je maintiens que la protection [de l'Allemagne] est assurée par le parapluie nucléaire des États-Unis.

La ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbaue

Sur ce point, Emmanuel Macron a exhorté l'Allemagne à dépasser ses blocages.

Nous avons bâti l'Europe sur l'abandon de la puissance militaire allemande et du coup s'est installée l'idée en Allemagne qu'on pouvait parler du nucléaire américain, mais pas européen ou français. Or, le rapport à la puissance ne peut se faire seulement par le truchement des États-Unis.

Emmanuel Macron

Les frictions permanentes entre Paris et Berlin sur la question des investissements publics en Europe et de l'orthodoxie budgétaire ont aussi laissé des traces. M. Macron a indirectement critiqué la gestion très rigoriste, sous pression notamment d'Angela Merkel, de la crise financière de 2008 en Europe.

Il a estimé qu'on avait beaucoup trop donné la priorité à la réduction des dépenses publiques et à la réglementation du secteur financier, un cocktail « fou », qui a abouti à ses yeux à désespérer les « classes moyennes » européennes et à faire monter le populisme.

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