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analyse

Les réformateurs de l’ancien temps

François Legault et Jean-François Roberge en conférence de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et son ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge.

Photo : Radio-Canada

Il est dangereux, quand on veut présenter une réforme controversée, de la justifier avec des arguments qui relèvent du passé, quand ce n’est pas carrément de l’ancien temps. C’est ce qui arrive au gouvernement de la CAQ dans la controverse autour des terrains que les municipalités devraient donner au gouvernement pour y construire des écoles.

Le problème, c’est que le gouvernement colporte une vision complètement passéiste de la ville et des municipalités. Un modèle de développement totalement dépassé et qui est contraire à toute notion de développement durable.

Pour l’essentiel, l’argument du premier ministre François Legault tient dans une phrase : quand on construit plus d’écoles dans une municipalité, plus de maisons y sont bâties et la Ville perçoit plus de taxes. Il est alors normal que cette dernière donne le terrain parce qu’à terme, elle en sortira gagnante.

M. Legault a même commis un lapsus révélateur pendant la période des questions, mercredi. Je ne trouve pas ça équitable parce qu'une nouvelle municipalité qui a plus de maisons [grâce à] une nouvelle école aura plus de taxes. Une nouvelle municipalité. Bref, une ville de banlieue en plein développement. C’est encore comme ça que le gouvernement voit le monde municipal. Un modèle des années 1950...

Dans le temps, l’essentiel du développement se produisait dans la banlieue des grandes villes, alors que les nouveaux propriétaires, presque toujours des jeunes familles, exigeaient un certain nombre de services, dont, évidemment, des écoles. Ce n’était pas un trop gros problème pour les municipalités de donner des terrains quand ils étaient abondants et pas chers.

Étalement urbain

Mais c’est un modèle de développement qui a mené à l’étalement urbain, à la ville qui ronge les meilleures terres agricoles et des communautés qui grandissent au rythme des promoteurs et des nouveaux développements. Ce qui exige toujours plus de services : de nouvelles autoroutes, de nouveaux hôpitaux et, bien entendu, encore plus d’écoles.

Aujourd’hui, pour des raisons environnementales et pour avoir un développement plus harmonieux, on essaie plutôt de densifier les communautés. Ainsi, les municipalités qui n’en avaient pas se regroupent aujourd’hui pour offrir du transport en commun.

L’étalement urbain, ce ne sont plus les maires des villes-centres qui le dénoncent. Ce sont les maires des plus anciennes villes de banlieue qui voient l’agglomération s’étendre encore plus dans les terres agricoles, que le gouvernement dézone avec beaucoup trop de facilité. Avec la congestion qui en résulte sur tout le réseau routier.

Fonctionner en disant qu’il est normal que les villes donnent des terrains pour les écoles vu qu’elles y seront gagnantes en matière d’impôt foncier, c’est être de la mauvaise époque et ignorer la situation d’aujourd’hui.

Mais il y a un autre sérieux problème avec la défense du gouvernement. C’est que, bien souvent, le besoin de nouvelles écoles — ou l’agrandissement d’écoles existantes — se manifeste dans les quartiers centraux des villes densément peuplées. Pas seulement Montréal, Laval, Québec ou Gatineau. Mais c’est aussi vrai partout où il y a des quartiers centraux avec une plus grande densité.

Le « vieux bâti »

Dans ce qu’on appelle le « vieux bâti », les terrains sont rares et valent très cher, quand il y en a. On ne parle pas ici seulement de Montréal. C’est vrai à Longueuil, Terrebonne, Saguenay et même des municipalités plus petites. Pour elles, des terrains, en ville, il n’y en a plus vraiment.

Or, la loi adoptée nuitamment par le gouvernement Legault obligerait ces villes à acheter les terrains visés par des projets d’écoles ou d’agrandissement et de les offrir ensuite gracieusement aux centres de services. Pour une ville comme Longueuil — qui a un budget annuel d’un peu plus de 400 millions de dollars —, les projets de construction d’écoles prévus pourraient coûter une centaine de millions pour les seuls terrains.

De plus, de tels terrains seront forcément convoités par des spéculateurs et les prix montent encore plus. Les villes ne veulent surtout pas en venir à être forcées d’acheter ces terrains à fort prix pour ensuite les remettre aux nouveaux centres de services scolaires.

Le gouvernement Legault essaie de présenter les municipalités comme réfractaires à des réformes nécessaires des structures en éducation. Ce faisant, il ne fait que montrer que cette soi-disant réforme est fondée sur une vision de la ville (et de la fiscalité municipale) qui est totalement dépassée et n’a plus guère de sens dans une société qui voudrait s’inspirer du développement durable.

En fait, c’est une réforme dont on veut faire croire qu’elle serait moderne, mais qui a les deux pieds bien fixés dans l’ancien temps.

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