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Le départ de Robert Gauvin fragilise le gouvernement Higgs

Robert Gauvin « a senti le poids de toute une région », affirme Blaine Higgs.

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Blaine Higgs devant des drapeaux du Nouveau-Brunswick et du Canada.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, en conférence de presse le 14 février 2020 à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

Malgré la défection du député Robert Gauvin, qui quitte le Parti progressiste-conservateur pour siéger comme indépendant, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, persiste et signe. Il continue de croire à la justesse de sa réforme controversée du système de soins de santé, et ce, même s’il admet qu’elle pourrait lui coûter le pouvoir.

Ce sont des changements nécessaires [...] Tôt ou tard, il reviendra aux Néo-Brunswickois de voir s’ils sont de notre côté, a déclaré M. Higgs en conférence de presse, vendredi après-midi.

Interrogé pour savoir si des élections générales se profilaient au Nouveau-Brunswick, M. Higgs a répondu : C'est tout à fait possible. La situation est nouvelle. Nous sommes très satisfaits du budget que nous déposerons bientôt. Les progressistes-conservateurs présenteront leur budget 2020-2021 à l’Assemblée législative le 10 mars.

Le fardeau d'être le seul francophone

Mardi, le gouvernement Higgs annonçait la fermeture des services d’urgence de six petits hôpitaux, ceux de Caraquet, Grand-Sault, Perth-Andover, Sackville, Sainte-Anne-de-Kent et Sussex, chaque jour entre minuit et 8 h.

Faire ce qui s’impose a un coût. Quand vous faites ce qui s’impose, vous partez la tête haute, sachant que vous avez tout tenté.

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick

Vendredi, le député de Shippagan-Lamèque-Miscou et vice-premier ministre Robert Gauvin annonçait qu’il tournait le dos au Parti progressiste-conservateur et qu’il devenait député indépendant.

Je sais que Robert a senti le fardeau d'être le seul francophone au sein de notre gouvernement. Il a senti le poids de toute une région, a déclaré Blaine Higgs quelques heures après avoir appris la décision de son vice-premier ministre. Il portait le poids du nord de la province sur ses épaules.

C'est décevant que Robert prenne cette décision, a poursuivi le premier ministre. La discussion que nous avons eue, c'est que sa voix était plus puissante à l'intérieur qu'à l'extérieur du Conseil des ministres, a-t-il affirmé. Je ne comprends pas trop pourquoi il a pris cette décision, a-t-il admis.

Robert Gauvin en point de presse.

Robert Gauvin s'est prononcé sur son avenir politique vendredi à Shippagan.

Photo : Radio-Canada

C'est difficile pour lui, c'est difficile pour nous tous. Je n'aime pas ma situation actuelle, mais ma détermination n'a pas changé. Celle de mes collègues non plus, a maintenu le premier ministre.

Robert Gauvin, ouvertement opposé à la fermeture des urgences, a soutenu que, s'il était resté dans le caucus progressiste-conservateur, il aurait perdu ses fonctions ministérielles.

Le député progressiste-conservateur de Sussex-Fundy-St. Martins, Bruce Northrup, a aussi pris position contre la décision de son gouvernement cette semaine.

Je crois que nous devons laisser la poussière retomber. Les émotions sont fortes, car le changement, ce n'est pas facile pour quiconque. Je respecte ça à la fois chez mes collègues M. Northrup et M. Gauvin, a déclaré Blaine Higgs.

En plus de son titre de vice-premier ministre, Robert Gauvin, le seul Acadien au sein du gouvernement minoritaire, était ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture ainsi que ministre responsable de la Francophonie.

Des messages d’appui à Robert Gauvin

La députée indépendante Amanda Simard, qui a claqué la porte du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario dirigé par Doug Ford après la crise linguistique dans sa province en 2018, a félicité Robert Gauvin vendredi.

Il ne faut jamais oublier pour qui on travaille - Nos gens, a écrit Mme Simard sur Twitter. Elle a ajouté qu'il valait mieux être indépendant que mal entouré.

J'appuie la décision de M. Gauvin, a dit l’ancien ministre progressiste-conservateur Jeannot Volpé, qui a tenté un retour en politique avec les troupes de Blaine Higgs en 2018 mais a été défait dans Madawaska Les Lacs-Edmundston. Il s'est présenté, comme moi-même, sous une plate-forme électorale progressiste-conservatrice [...] il y a des arrangements qui ont été pris et il y a eu des changements en cours de route.

Jeannot Volpé en entrevue par webcam.

Jeannot Volpé, ancien ministre des Finances du Nouveau-Brunswick, le 14 février 2020.

Photo : Radio-Canada

M. Volpé croit que Robert Gauvin, élu pour la première fois, a appris son travail de politicien à la dure en étant le seul francophone du cabinet ministériel. À plusieurs reprises, il y eu des accrochages, un peu, ou des malaises. Ça s'est accumulé, et le premier ministre ne semble pas avoir pris le temps d'essayer de les adresser. Je pense que la dernière décision, c'est la goutte qui a fait déborder le vase, a affirmé Jeannot Volpé.

L’ancien député néo-démocrate d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin, a dit être extrêmement fier de Robert Gauvin. Le député Gauvin, a souligné M. Godin dans une publication sur Facebook, a mis sa job en jeu pour le système de santé du Nouveau-Brunswick et les régions rurales.

Robert Gauvin est courageux et son père, l’ancien ministre Jean Gauvin, serait fier de lui, a dit de son côté le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon. Le Parti vert accueillerait volontiers M. Gauvin dans ses rangs si le député de Shippagan-Lamèque-Miscou le souhaitait, a précisé par ailleurs M. Coon.

Quelle est la suite pour le gouvernement minoritaire?

David Coon interviewé devant l'édifice de l'Assemblée législative

Le chef du Parti vert et député de Fredericton-Sud, David Coon.

Photo : CBC/Joe McDonald

David Coon a déclaré que ses deux députés verts et lui-même voteront contre le gouvernement minoritaire de Blaine Higgs à la première occasion.

Ce gouvernement ne peut pas traiter les gens des régions rurales du Nouveau-Brunswick comme des statistiques, des pièces d’échec. C’est inacceptable, a déploré M. Coon. Moi et mes collègues, nous n’avons pas confiance dans le gouvernement de M. Higgs.

Kris Austin en mêlée de presse devant des drapeaux du Nouveau-Brunswick et du Canada.

Kris Austin, chef de l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, le 14 février 2020.

Photo : Radio-Canada

Le chef de l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, Kris Austin, a dit qu'il s'oppose maintenant, lui aussi, à la fermeture des urgences la nuit et qu'il pourrait appuyer une motion de défiance.

Le chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, qui forme l’opposition officielle à Fredericton, a salué le geste de M. Gauvin.

Robert Gauvin a bien fait de se retirer et nous le félicitons d'avoir pris position en faveur des Néo-Brunswickois, Néo-Brunswickoises et contre Blaine Higgs. J'ai été heureux d'entendre que M. Coon appuierait une motion de censure, a déclaré Kevin Vickers vendredi dans un communiqué.

M. Vickers laisse entendre que des changements à la configuration de l’Assemblée législative ne sont pas impossibles.

Répartition des sièges

Après l'annonce de Robert Gauvin, la répartition des sièges à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick est maintenant la suivante :

Parti progressiste-conservateur : 20

Parti libéral : 19 (sans inclure le président de la Chambre)

Parti vert : 3

Alliance des gens : 3

Indépendant : 1

Sièges vacants : 2

Si le député libéral Daniel Guitard était retiré de son rôle de président de la Chambre, le Parti libéral et le Parti progressiste-conservateur auraient le même nombre de députés en Chambre (20).

Kevin Vickers à l'extérieur devant l'hôpital où des gens manifestent.

Kevin Vickers, chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, est allé à la rencontre de manifestants devant l'Hôpital mémorial de Sackville, le 13 février 2020.

Photo : Radio-Canada

Je n'ai eu aucune conversation avec M. Gauvin, M. Northrup, ni avec le président de l’Assemblée jusqu'à présent. En termes de stratégie pour l'avenir, il y a beaucoup de choses susceptibles de changer, alors restez à l'écoute, a écrit Kevin Vickers.

Avec les prises de position des libéraux, des verts et des alliancistes contre la fermeture des urgences, la survie du gouvernement minoritaire progressiste-conservateur de Blaine Higgs est donc plus fragile que jamais.

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