•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Communauté noire anglophone de La Petite-Bourgogne : la grande oubliée

C’était le premier quartier multiethnique de Montréal, où la pauvreté côtoyait la discrimination, mais où foisonnaient aussi l’art et la culture. C’était le « West End » avant que le déclin industriel et le renouveau urbain ne refaçonnent le secteur et la population qui y vivait.

Une fresque murale dans La Petite-Bourgogne représentant des musiciens.

De grands noms du jazz sont originaires de La Petite-Bourgogne, comme le suggère cette fresque murale.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

Rendez-vous est pris en ce lendemain de tempête ensoleillé avec Steven High, professeur d’histoire à l’Université Concordia, pour une virée dans le quartier de La Petite-Bourgogne, où vivait jadis une importante communauté noire anglophone.

Qui de mieux que ce féru d’histoire, intarissable narrateur, pour plonger dans le passé de ce faubourg du sud-ouest de Montréal, pris entre Griffintown et Saint-Henri, qui a connu ses heures de gloire il y a plusieurs décennies, avant de sombrer dans l’oubli.

Lieu de la rencontre : l’Union United Church, ou l'église Unie Union, située au coin des rues Delisle et Atwater. Le choix de cet endroit n’est pas fortuit. Nous sommes ici devant un édifice hautement symbolique : la première église noire de Montréal, ouverte en 1907.

L'Union United Church est située au 3007, rue Delisle, à Montréal.

L'Union United Church est la première église noire de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

Le cœur battant d’une communauté

Rétrospective. L’industrie ferroviaire, qui prospérait dans le secteur à la fin du 19e et au début du 20e siècle, avait attiré à Montréal beaucoup de Noirs, provenant notamment des États-Unis, de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse et des Antilles.

Ils étaient recrutés principalement comme porteurs, emplois peu valorisants, mais qui étaient parmi les rares et les meilleures possibilités de travail pour les hommes de couleur à l’époque. Les femmes noires étaient, elles, généralement embauchées comme domestiques dans les quartiers cossus.

Issus de contrées et d’obédiences diverses, ces travailleurs avaient en commun le dénuement et la ségrégation dont ils étaient victimes. Il y avait chez eux un désir de transcender les sensibilités religieuses pour faire front commun.

Dès lors, l’église Unie Union était devenue le creuset de leur foi, mais aussi de leur action sociale et de leur expression culturelle. Elle avait vocation à fédérer les Noirs anglophones de Montréal.

Ils [les travailleurs noirs] sont venus à Montréal attachés à diverses confessions protestantes, mais ils n'étaient pas toujours les bienvenus dans les églises à prédominance blanche. L'Union United Church était devenue l'endroit où ils pouvaient se faire une place, relate Steven High.

Depuis son ouverture en 1907, l'Union United Church est la plaque tournante de la communauté noire anglophone de Montréal. Plus que cela, elle a été une force essentielle d'unification, car la communauté noire anglophone n'était pas et n'est pas homogène.

Steven High
Des employés de la compagnie ferroviaire du Grand Tronc, en 1914.

Des employés de la compagnie ferroviaire du Grand Tronc, en 1914.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Ce reportage a été réalisé à l'occasion du Mois de l'histoire des Noirs, célébré tout au long du mois de février au Canada.

Oliver Jones et Oscar Peterson sont passés par là

Plus qu’une église, elle abritait diverses activités caritatives, récréatives et culturelles entre autres, dont celles du Negro Community Center (NCC). Pendant plusieurs années, cet organisme communautaire, qui a marqué la vie de la population noire anglophone, a élu domicile dans le sous-sol de l’édifice.

C’est dans cette église que des sommités du jazz, comme Oliver Jones et Oscar Peterson, ont fait leurs premières armes et offert, plus tard, des cours d’initiation au piano.

C’est ici également qu’auraient retenti les premières voix du gospel montréalais, sous l’impulsion de musiciens et chanteurs noirs américains qui affluaient à Montréal durant la période de la prohibition aux États-Unis, dans les années 1920.

En plus de se produire dans le mythique Rockhead Paradise et les non moins célèbres Black Bottom et Café St-Michel, ces artistes faisaient des intrusions dominicales remarquées dans certains lieux de culte, dont l’Union United Church.

Oliver Jones regarde des photos au Negro Community Centre en 1994.

Oliver Jones au Negro Community Centre, en 1994.

Photo : Archives de la Ville de Montréal

Menée pendant une quarantaine d’années par le charismatique révérend Charles Este, l’église Unie Union a embrassé plusieurs causes, pour l’égalité et contre la discrimination essentiellement, ce qui la faisait parfois rayonner au-delà des frontières montréalaises, voire canadiennes.

L’église a notamment apporté son soutien indéfectible au combat des Noirs sud-africains contre l’apartheid. Si bien d’ailleurs que, dès sa sortie de prison, Nelson Mandela a profité de son passage à Montréal, en 1990, pour se rendre à l’église Unie Union.

L’Union United Church a été la seule église noire à rejoindre l'Église unie du Canada lors de sa création en 1925, et on dit qu'elle est aujourd'hui la plus ancienne congrégation noire du Canada. C'est peut-être pour cette raison qu'elle a accueilli des leaders mondiaux, comme le Sud-Africain Nelson Mandela, fait remarquer notre historien.

Des enfants tissent à l'aiguille avec l'aide d'une éducatrice au Negro Community Centre.

Des enfants tissent à l'aiguille avec l'aide d'une éducatrice au Negro Community Centre.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Negro Community Centre : un phare s’éteint

Notre halte suivante se fait un peu plus à l’est, au croisement des rues Coursol et Canning, au Negro Community Centre (NCC) ou ce qu'il en reste : un terrain vague, clôturé et jonché de quelques vestiges du bâtiment rasé en 2014.

Créé en 1927 par le révérend Este, l’organisme communautaire quittera, près de 30 ans plus tard, l’église Unie Union pour s’installer au 2035, rue Coursol.

Il ambitionnait alors d’améliorer les conditions sociales et économiques des Noirs à Montréal. Ce faisant, il proposait différentes activités, dont l’aide aux devoirs, la musique, la danse, le sport, l’aide à l’emploi, l’assistance juridique, etc. En somme, l’organisme était au cœur de la vie communautaire noire du quartier.

L’emploi de porteur dans les compagnies ferroviaires, avec ce qu’il impliquait comme déplacements longs et fréquents, éloignait les travailleurs noirs de leur famille.

Par conséquent, les groupes communautaires, comme le NCC, ont joué un rôle essentiel dans le soutien mutuel. Le NCC a offert un soutien de la naissance jusqu’à la mort pour les familles noires, en commençant par ses populaires programmes d’aide aux devoirs, de repas chauds et de camps d'été, mentionne Steven High.

En 1955, le NCC s’allie à l’Iverley Community Center et emménage dans les locaux de cet organisme fréquenté majoritairement par des Montréalais blancs. Cette fusion lui insuffle un nouvel élan, diversifiant son offre avec un service de garde, des cours de théâtre, un atelier de menuiserie, des soins dentaires, etc.

Le Negro Community Centre perd toutefois lentement mais sûrement de son dynamisme, notamment vers la fin des années 1960 et le début des années 1970. C’était la période de la rénovation urbaine lancée en grande pompe par la Ville de Montréal et qui a entraîné le départ du quartier d’une bonne partie de la population noire.

Un employé de la Ville de Montréal dans une habitation du 852, rue Richmond visée par l'expropriation.

Un employé de la Ville de Montréal dans une habitation du 852, rue Richmond visée par l'expropriation. L'opération visait aussi bien des résidents noirs que blancs.

Photo : Archives de la Ville de Montréal

Des norias de bulldozers partaient à l’assaut de taudis qu’habitaient majoritairement des Noirs anglophones ainsi que des Blancs à faible revenu. Outre le grand projet immobilier, entrepris au nom de la modernisation du quartier, l’administration Drapeau avait lancé la construction de l’autoroute Ville-Marie. Le tracé avait traversé des quartiers qu’il avait scindés en deux.

La Petite-Bourgogne a été ciblée pour l'élimination des bidonvilles. Une grande partie du quartier a été rasée entre 1967 et 1975 et des HLM y ont été construits.

Stephen High

C’est à ce moment qu’est apparue l’appellation La Petite-Bourgogne, pour désigner un quartier en pleine transformation et qui a déjà été connu sous les noms de Saint-Antoine, Sainte-Cunégonde et Saint-Joseph. Chez beaucoup de Noirs anglophones, on préférait parler du West End.

Ces grands chantiers étaient menés à coups d’expropriations massives. Des milliers de familles ont été forcées de quitter des maisons condamnées à la démolition. De 14 700 résidents en 1966, la population de La Petite-Bourgogne passe à 7000 en 1973, selon les estimations de l’historien.

Frappée de plein fouet, la communauté noire s’en trouve ainsi dispersée, s’installant dans divers endroits de la ville, notamment dans Côte-des-Neiges et à Notre-Dame-de-Grâce.

En plus de la baisse de fréquentation qui en a résulté, le NCC devait composer avec des problèmes de financement récurrents. Signe d’une décrépitude annoncée, une partie de l’édifice s’effondre en 1987. L’organisme bat de l’aile et, deux ans plus tard, met la clé sous le paillasson, tout en continuant d’exister officiellement.

D’après Steven High, le coup de grâce a été porté par la fermeture, en 1982, de la dernière école primaire anglophone du quartier, la Royal Arthur. Le NCC n'a pas pu survivre et a fermé définitivement ses portes en 1991.

Le Negro Community Centre était domicilié au 2035, rue Coursol. Il n'en reste qu'un terrain vague.

Le Negro Community Centre était domicilié au 2035, rue Coursol, après avoir occupé pendant près d'une trentaine d'années le sous-sol de l'Union United Church.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

Après le déclin industriel, l’embourgeoisement

Slalomant aisément entre les imposants bancs de neige, notre guide met le cap vers le sud, inlassable. Nous parcourons quelques rues où logements sociaux et maisons de ville haut de gamme cohabitent dans un saisissant contraste. Le quartier détient le record québécois de la plus grande concentration de HLM.

Chemin faisant, nous croisons quelques fresques murales qui rappellent une présence noire dans ces lieux. Steven High évoque la nouvelle diversité dans le quartier, qui est du reste visible parmi les passants. De nouvelles communautés se sont formées, en particulier en provenance d'Asie du Sud.

D’immenses tours à condos se profilent au fur et à mesure que nous approchons du canal Lachine. Le secteur n’a pas échappé au phénomène de l’embourgeoisement.

Ce qui fut autrefois une bouillonnante zone industrielle est devenu un vaste complexe immobilier, où nouvelles constructions rivalisent avec vieux bâtiments convertis et somptueusement retapés. Seule l’usine Robin Hood, fièrement implantée sur Notre-Dame Ouest, a survécu à la frénésie immobilière.

Au loin, on aperçoit l'usine Robin Hood sur la rive nord du canal de Lachine où la construction résidentielle bat son plein.

Sur la rive nord du canal de Lachine, seule l'usine Robin Hood a survécu au déclin industriel et à la frénésie immobilière des dernières années

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

De l’autre bord du canal, sur les terres de Pointe-Saint-Charles, le décor est semblable. Plusieurs grues s’activent autour d’immeubles résidentiels qui s’élancent vers le ciel.

La dévitalisation économique du secteur a commencé dans les années 1960 et s’est accentuée avec la fermeture du canal de Lachine, en 1970.

L'une après l'autre, les grandes usines ont fermé, déplaçant des milliers de travailleurs. Les quartiers avoisinants ont été plongés dans une profonde crise sociale, avec la fermeture de magasins, de tavernes et d'écoles. Ces quartiers ont perdu la moitié de leur population entre 1961 et 1991, souligne l’historien.

Ce déclin, avec ce qu’il générait comme détérioration du parc immobilier, a quelque peu justifié la rénovation urbaine menée par l’administration municipale et qui s’est soldée par le déplacement de plusieurs familles de la communauté noire.

Sur le plan économique, au cours des années 1950 et 1960, le principal employeur d'hommes noirs, l’industrie ferroviaire, a connu un fort déclin avec l'essor de l'automobile et la construction d'autoroutes. Des centaines d'hommes noirs de La Petite-Bourgogne avaient perdu leurs emplois relativement bien rémunérés.

Steven High
Le professeur d'histoire Steven High près du terrain sur lequel se trouvait jadis le Negro Community Center.

Steven High s'intéresse de près à l'histoire du Sud-Ouest de Montréal, dont le sort de communauté noire de La Petite-Bourgogne.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

Aux difficultés économiques s’ajoutait un racisme trop fort qui n’aidait pas les Noirs à se replacer dans le marché de l’emploi.

Jusque dans les années 1960, les employeurs pouvaient recruter qui ils voulaient et les propriétaires pouvaient servir qui ils voulaient. C'était la règle au pays, fait remarquer notre compagnon.

Fred Christie s'est vu refuser le service dans une taverne située au Forum de Montréal dans les années 1930 parce qu'il était Noir. Il s'est adressé aux tribunaux et est allé jusqu'à la Cour suprême du Canada, où il a perdu sa cause. Bentley Adams, le premier ministre de la Barbade, a également été refusé dans un grand hôtel de Montréal au milieu des années 1950 parce qu'il était Noir, illustre-t-il.

Il était une fois l'Universal Negro Improvement Association

Nous longeons une partie du canal de Lachine sous le soleil doux de février, foulant une épaisse neige sur laquelle quelques randonneurs ont tracé les premiers sillons. Puis nous remontons légèrement vers le nord pour retrouver le quartier Saint-Henri et ses charmantes rues commerçantes.

Le détour était voulu. Avant de regagner La Petite-Bourgogne, Steven High voulait clore la tournée avec un crochet au siège de l’Association universelle pour la promotion des Noirs, plus connue sous sa dénomination anglaise l'Universal Negro Improvement Association (UNIA).

Fondée en Jamaïque en 1914 par Marcus Garvey, il s’agit de la première organisation mondiale de nationalisme noir ayant une section canadienne. Présente dans plusieurs pays, l’UNIA avait pour mission de défendre les intérêts des Noirs et d’améliorer leur sort.

La section montréalaise, qui demeure encore ouverte, contrairement à celle de Toronto, a contribué au rayonnement de l’organisation, mais aussi à son maintien en vie. Plus localement, elle a joué un rôle central dans la vie des Montréalais noirs, grâce à ses nombreuses activités.

Sa section locale, Liberty, a été fondée en 1917 dans La Petite-Bourgogne et a été le lieu d'une discussion soutenue sur ce que signifiait être Noir à Montréal, au Québec, au Canada et dans les Amériques, explique le passionné d’histoire.

Il ajoute que Marcus Garvey a lui-même visité Montréal dans les années 1930. Le membre local le plus célèbre était probablement Louise Langdon, la mère de Malcolm X. Quiconque a lu l'autobiographie de Malcom X sait l'influence que sa mère a eue sur lui, révélant un lien direct entre le garveyisme et le mouvement Black Power des années 1960 et 1970.

Montréal faisait partie intégrante du monde noir de l'Atlantique, avec des liens étroits avec Harlem, Chicago, les Caraïbes et même l'Afrique.

Steven High
Une fresque murale dans la Petite-Bourgogne sur laquelle est écrit en français et en anglais : « Une communauté tricotée serrée »

Diversifiée, la communauté de La Petite-Bourgogne tente d'entretenir des liens sociaux.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

« Nous sommes divisés »

Les pieds quelque peu engourdis et la tête fourmillant d'une foule de dates et autres faits historiques, il est temps de prendre congé de notre historien et de s’engouffrer dans le métro. Avec à l’esprit cette question lancinante : mais qu’est donc devenue cette communauté noire anglophone de La Petite-Bourgogne?

Elle n’est plus ce qu’elle était avant, elle est dispersée, répond sans hésitation Marvin Don Corbin, que nous avons rencontré deux jours plus tard au centre communautaire Tyndale St-Georges. Il y travaille comme cuisinier.

L’organisme est situé près de la rue Saint-Antoine, aux abords de l’autoroute Ville-Marie. L’édifice fait face à un petit parc, le square Richmond, implanté dans ce qui était autrefois un quartier de la Petite-Bourgogne. La partie nord du terrain, obtenue après expropriation des résidents, a servi au passage de l’important axe routier.

Natif de la Barbade, le quadragénaire est arrivé à Montréal à l’âge de 11 ans. Il constate aujourd’hui que son quartier est plus diversifié.

Il y a une plus grande diversité dans les provenances et les cultures des membres de la communauté noire anglophone, dit-il, rappelant que les populations originaires des Caraïbes étaient anciennement majoritaires.

Le jeune homme déplore que cette communauté, autrefois soudée, soit éparpillée et enfermée dans des chapelles. Les gens s’organisent, célèbrent et se fréquentent selon leur pays d’origine, alors qu’ils avaient un autre dénominateur commun par le passé : leur appartenance à la grande communauté noire anglophone.

Nous sommes divisés, nous ne sommes pas unis déplore celui qui habite encore La Petite-Bourgogne. Il se désole que les Noirs anglophones soient cantonnés dans certains quartiers montréalais et n’aient pas d’occasions de développer des liens avec d’autres Noirs, comme les Haïtiens.

« On m’a déjà demandé d’aller vivre à Toronto »

 Marvin Don Corbin dans la cuisine du centre communautaire Tyndale St-Georges.

Orginaire de la Barbade, Marvin Don Corbin est arrivé à l'âge de 11 ans dans la Petite-Bourgogne, où il vit encore.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

Marvin Don Corbin regrette surtout l’absence de leaders et de structures unificatrices au sein de la communauté. Il évoque avec nostalgie l’époque où le Negro Community Centre réunissait sous un même toit les Noirs anglophones de tous bords.

Il n’existe pas non plus de modèles qui puissent servir de référence pour la génération montante, relève le Montréalais, qui se plaint du racisme dans son environnement.

On m’a déjà demandé d’aller vivre à Toronto, confesse le père de famille. Il raconte que la grand-tante de ses enfants, née au Canada et dont l'âge dépasserait les 80 ans, a été également invitée, dans l’épicerie du coin, à retourner dans son pays, parce qu'elle ne parle pas français. Comme lui.

Je ne me sens pas le bienvenu ici, comme je l’étais à mon arrivée, dans les années 1980.

Marvin Don Corbin

Ici, si tu es Noir et que tu conduis une Mercedes Benz, tu vas te faire arrêter par la police, avance Marvin Don Corbin, qui pense que cette forme de profilage racial a moins de chance de se produire à Toronto.

Plus que tout, il est révolté contre la discrimination dont sont victimes, selon lui, les gens de la communauté noire quand vient le temps de solliciter des prêts bancaires. Ce n’est pas facile pour quelqu’un comme moi d’obtenir une hypothèque pour l’achat d’une maison ou d’un commerce.

Il est d’autant plus outré de ne pas pouvoir accéder à la propriété dans le quartier qui l’a vu grandir que sa communauté y est établie depuis longue date. Avant, personne ne voulait de La Petite-Bourgogne. Les Noirs et les Irlandais pauvres y étaient parqués. Maintenant, c’est presque impossible d’acheter une propriété ici.

Il ne manque pas de dénoncer l’embourgeoisement rampant qui, à ses yeux, perpétue la réputation peu enviable d’un quartier misérable. Comme notre historien, il fait remarquer que des habitations construites sur le territoire de La Petite-Bourgogne sont vendues sous le label plus attrayant de Griffintown.

Entrée du Centre communautaire Tyndale St-Georges, dans La Petite-Bourgogne.

Une bonne partie de la clientèle du centre communautaire Tyndale St-Georges a un faible revenu.

Photo : Radio-Canada / Ahmed Kouaou

Petit quartier, grands défis

La Petite-Bourgogne est une communauté dynamique et un endroit agréable à vivre. La communauté, cependant, fait face à des défis liés à la pauvreté, au racisme et à une impression négative de la communauté par d'autres, lit-on sur le site web de Tyndale St-Georges.

On y apprend également que plus du tiers de la population est issue de l’immigration récente et les deux tiers vivent sous le seuil de la pauvreté. La forte concentration de HLM dans le quartier semble exercer une forte attraction sur les personnes à faible revenu.

Ce n’est pas tout : 40 % des familles sont monoparentales et 32 % des élèves de la Petite-Bourgogne ne terminent pas leur secondaire.

Il va sans dire que les services de l’organisme sont très prisés par les habitants du quartier. Tina Naim, coordonnatrice des communications au Tyndale St-Georges, énumère les activités offertes : petite enfance, bibliothèque, programmes après école et de persévérance scolaire, activités sportives et aide à l’emploi.

Avec d’autres organismes du coin, Tyndale St-Georges tente, tant bien que mal, de maintenir une vie communautaire dans La Petite-Bourgogne. Un quartier dont la composante est certes plus diversifiée, mais qui traîne encore, malgré lui, cette image de pauvreté.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !