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La comédie musicale Hamilton, en première canadienne à Toronto

Une scène de la comédie musicale au cours de laquelle le personnage au centre lève le bras.

Joseph Morales dans le rôle d'Alexander Hamilton.

Photo : The Company – Hamilton National Tour / Joan Marcus 2018

Radio-Canada

La rumeur de l’excellence de cette comédie musicale, présentée à guichet fermé à Broadway depuis 2015, était venue jusqu’à nous. Les billets pour Hamilton, présenté cette semaine en première canadienne à Toronto par la compagnie Mirvish, se sont d’ailleurs envolés à toute vitesse.

Une critique de Claudia Hébert

Hamilton raconte la vie et l’œuvre d’Alexander Hamilton, un des pères fondateurs des États-Unis, qui s’est battu aux côtés de Georges Washington pour ensuite servir dans son administration comme secrétaire au Trésor. Le personnage est brillant : un orphelin, immigrant, parti de rien, mais dont le portrait trône maintenant sur les billets de dix dollars américains. Autour de lui, ceux qui se sont battus avec et contre lui, les femmes qui l’ont aimé, et celui qui, ultimement, aura sa peau.

Deux comédiens incarnant les personnages d'Alexander Hamilton et Georges Washington sur scène.

Joseph Morales et Marcus Choi dans les rôles d'Alexander Hamilton et Georges Washington.

Photo : The Company – Hamilton National Tour / Joan Marcus 2018

Dès les premières notes, le génie de l’œuvre signée Lin-Manuel Miranda s’impose. D’une part, l’auteur-compositeur et premier interprète du personnage de Hamilton a choisi le hip-hop, le rap, le R&B et une touche de pop comme véhicules pour son music-hall. De l’autre, la distribution est composée majoritairement d’acteurs noirs, latino-américains et asiatiques.

C’est une vision audacieuse de l’histoire américaine que l’on nous propose ainsi : tout est ancré dans les faits réels de la révolution américaine et des débuts de l’indépendance, sauf qu’on donne le pouvoir à des communautés qui n’ont pas eu leur mot à dire dans la fondation de leur pays. La couleur de la peau n’est ici jamais évoquée ni considérée, mais la comédie musicale accomplit ici quelque chose de précieux : elle offre aux Afro-Américains une part importante, même si en quelque sorte fictive, de la mythologie états-unienne.

Une scène de la comédie musicale Hamilton.

Hamilton raconte la vie et l’œuvre d’Alexander Hamilton, un des pères fondateurs des États-Unis, qui s’est battu aux côtés de Georges Washington.

Photo : The Company – Hamilton National Tour / Joan Marcus 2018

Ici, Thomas Jefferson tout autant que Aaron Burr ou le marquis de La Fayette sont noirs. Washington a des origines asiatiques. On nous rappelle régulièrement que Hamilton est né dans les Caraïbes, qu’il est un immigrant et qu’on peut compter sur les nouveaux arrivants pour accomplir ce qu’ils ont en tête : immigrants : we get the job done (« nous accomplissons le travail »), peut-on entendre dans le spectacle. Lors des débats au congrès, Hamilton et Jefferson s’affrontent au sujet de leurs idées sur les finances du pays au moyen d’un combat de rap (rap-battle), micro en main.

L’œuvre est infusée d’humour, que ce soit par l’apparition du roi Georges III richement vêtu — parlant à l’Amérique comme à un amant capricieux qui regrette de demander son indépendance — ou encore avec l’arrogance flamboyante de divers hommes politiques. Et pourtant, Hamilton parvient dans ses dernières chansons à nous tirer des larmes, tellement l’œuvre se permet de nous plonger dans l’intimité des amours et de la famille du héros.

La musique entraînante offre de nombreux leitmotive mélodiques, immergeant le spectateur dans un univers sonore qui lui devient profondément familier. Les 46 chansons, offertes sans interruption, nous entraînent à toute allure à travers les décennies.

Hamilton résonne d’un son et d’une attitude résolument anachronique, une œuvre tellement contemporaine, mais en costumes d’époque. La leçon d’histoire est bien là, mais complètement dépoussiérée. Dans un emballage qui va bien au-delà de l’inclusion, on nous fait la proposition audacieuse d’une vision de l’Amérique où tous sont réellement égaux.

Hamilton est présenté au théâtre Ed Mirvish, à Toronto, jusqu’au 17 mai 2020.

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