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chronique

Compressions : des aînés en peine

Une proche aidante tient la main d'une personne âgée.

Les personnes âgées ignorent souvent les droits qui les protègent selon la professeure Marie Beaulieu.

Photo : iStock

Jean-Marie Yambayamba

Le gouvernement Kenney déposera son second budget à la fin du mois de février. Le premier, présenté en octobre, a laissé couler son lot d'encre et de salive. Des compressions budgétaires ont été annoncées dans plusieurs secteurs incluant l'éducation, la fonction publique et le financement des municipalités. Ces mesures ont des répercussions réelles sur des Albertains et particulièrement, des aînés.

Effet domino

À la fin janvier, mon père m'a tendu la facture qu'il venait d'acquitter pour acheter sa carte mensuelle de transport en commun au Centre de services de la Ville d'Edmonton. Il m'a demandé s'il y avait erreur. La dernière fois, comme pendant le reste de 2019, je payais 15,50$. Mais là, ils ont pris 34 dollars sur ma carte, m'a-t-il dit. Sans tarder, j'ai consulté le site Internet de la Ville pour constater que de nouveaux tarifs pour le transport en commun allaient s'appliquer à compter du 1er février.

Un autobus des services de transport en commun d'Edmonton à un arrêt.

À partir du 1er février 2020, la carte mensuelle d'autobus pour les aînés est passée de 15,50 dollars à 34 dollars

Photo : Radio-Canada

La hausse du prix de la carte mensuelle pour aînés fait partie des mesures que des municipalités ont prises pour réduire l'impact des fonds dont elles sont privées dans le dernier budget provincial. 34 dollars : le montant n'est pas élevé, mais c'est quand même une hausse d'environ 100 % par rapport au tarif précédent et, pour une personne aux finances serrées, l'effet n'est pas négligeable.

Des aînés de plus en plus anxieux

Je l'ai compris davantage en appelant l'Edmonton Seniors Centre (ESC). L'organisme qui occupe des locaux du complexe de l'Hôpital général d'Edmonton offre une multitude de services aux aînés depuis 1976. Sur son site Internet, on peut lire : La mission du ESC est de donner aux aînés des occasions et de l'aide pour renforcer leur bien-être et la qualité de leur vie. Mais ça ne semble pas facile ces temps-ci.

Depuis quelques mois, un nombre croissant d'aînés nous arrivent. Ils nous disent avoir des problèmes de nourriture et de médicaments. Certains sont anxieux, déprimés et s'inquiètent pour leur avenir, m'a expliqué la directrice adjointe Linda F. Ensley.

Un dame âgée compte ses sous, posés sur une table devant elle.

La situation financière de certains aînés est précaire.

Photo : iStock

Contraintes multiples

Mon interlocutrice précise qu'un grand nombre d'aînés vivent déjà à la limite du niveau de pauvreté, en termes de revenus. La moindre hausse de la carte d'autobus les met en difficulté. Et si en plus, ils doivent financer eux-mêmes l'assurance-médicaments pour leurs personnes à charge de moins de 65 ans, on ne peut pas s'étonner qu'ils cèdent à la panique et parfois à l'isolement, ajoute-t-elle.

Les aînés locataires doivent composer avec une autre contrainte. Le gouvernement a décidé de verser leur allocation provinciale mensuelle au premier jour du mois et pas quelques jours plus tôt, comme cela se faisait jusqu'à présent. Ils sont par conséquent obligés de renégocier de nouvelles dates pour payer leur loyer et leurs autres obligations financières. Ce n'est pas gagné d'avance face à des propriétaires ou des fournisseurs habituellement intraitables.

À la recherche d'un emploi

À l'ESC, les employés tentent aussi de répondre à un nouveau besoin renforcé par la précarité financière des personnes âgées. Des aînés nous demandent de les aider à préparer un C.V. Je pense que ce type de demande a augmenté de 300 %, souligne Linda Ensley. Ce n'est pas étonnant, à l'heure d'Internet et des médias sociaux.

Le retard des aînés dans ce domaine est une évidence : ils n'ont pas tous l'agilité mentale et manuelle des jeunes pour se familiariser avec ces outils devenus communs dans pratiquement tous les secteurs, incluant les milieux professionnels.

Une femme âgée qui travaille dans une boulangerie.

Des aînés songent à retourner sur le marché du travail en raison de difficultés financières

Photo : Getty Images

Une question à poser

Je pouvais déceler dans la voix de mon interlocutrice à la fois la déception et un sentiment d'impuissance. Qui va porter les inquiétudes des aînés que la société a tendance à exclure, puisqu'à la retraite, ils ne semblent plus avoir l'énergie et les capacités de s'adapter aux exigences des décideurs et des entreprises d'aujourd'hui? La question mérite d'être posée.

J'ai hâte de voir si le budget que la province déposera le 27 février comportera de bonnes nouvelles pour remonter le moral de ces aînés. Je suis aussi consterné de voir que certains donnent l'air d'être poussés financièrement dans leurs derniers retranchements.

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Alberta

Société