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Des entreprises coincées par les blocus ferroviaires s'impatientent

Une citerne de propane de la compagnie Wilson Fuel, acheminée par train.

De nombreuses entreprises au Canada dépendent des livraisons de propane.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les blocages ferroviaires de communautés autochtones en appui à la nation Wet’suwet’en, qui s’oppose au projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique, font craindre une pénurie de propane et des problèmes en approvisionnement dans quantité de secteurs de l'économie canadienne. Tour d'horizon.

C'est un véritable enjeu de santé publique et de sécurité, affirme Ian Wilson, président de Wilson Fuel, fournisseur de propane et d'huile à chauffage au Canada atlantique. C'est un inconvénient. C'est l'hiver au Canada. Les gens ont besoin de carburant pour chauffer et procurer un abri à leur famille. Ils en ont besoin pour empêcher leurs commerces de geler.

Ces jours-ci, Wilson Fuel rationne le propane qu'il distribue à ses clients, de crainte que le blocage des voies ferrées ne se prolonge.

Vendredi, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a déclaré que le blocage des voies ferrées par des manifestants était illégal. Tout en rappelant que le droit de manifester pacifiquement était un droit fondamental au Canada, le ministre s'est dit profondément préoccupé par les manifestations [...].

Selon Marc Garneau, le chemin menant au dénouement de cet enjeu passe par le dialogue et la recherche d’un consensus.

Mais de nombreuses voix s'élèvent au pays pour dire que cette situation ne peut pas durer.

Ainsi, vendredi, l’Association canadienne du propane a demandé au gouvernement fédéral et aux provinces de prendre toutes les mesures nécessaires pour que le transport de propane et des autres produits essentiels par chemin de fer ne soit plus interrompu.

L'Association a cité un rapport de 2018 du Conference Board du Canada selon lequel environ 60 % de tous les ménages au Canada qui utilisent le propane comme principal combustible de chauffage se situent en Ontario, au Québec et au Canada atlantique.

Des entreprises font aussi part de leur inquiétude.

Par exemple, Supérieur Propane, important fournisseur basé en Ontario, a fait savoir par communiqué vendredi que les pénuries pourraient entraîner une perturbation majeure de l'approvisionnement en propane des hôpitaux, des écoles, des fermes, des résidences, etc.

Supérieur Propane anticipe des pénuries critiques de l'approvisionnement en propane transporté par voie ferroviaire dans les principaux marchés canadiens, y compris les régions du centre et de l'est du Canada, déplorable situation qui affectera ses clients et l'ensemble de l'industrie du propane.

Nous demandons à tous les niveaux du gouvernement de s'assurer de la reprise des activités ferroviaires [...], dit encore Supérieur Propane dans son communiqué.

Bécancour et le CN

Au Québec, les préoccupations sont vives dans le Parc industriel et portuaire de Bécancour, où une voie ferrée relie les installations portuaires au réseau du Canadien National (CN).

Dix entreprises multinationales sont présentes dans ce parc industriel, dont Olin Canada ULC qui fabrique des produits chimiques comme de l'eau de Javel. La direction d'Olin à Bécancour dit être en gestion de crise depuis jeudi et maintient des discussions tant avec le CN qu'avec les autorités canadiennes.

Cette usine menace de devoir cesser sa production d'ici lundi, au plus tard. Une interruption de ses activités aurait des conséquences sur ses 150 travailleurs, dit la direction.

Chez Cepsa Chimie Bécancour, autre entreprise sise dans ce parc industriel et portuaire, le directeur des ressources humaines Richard Perron dit que la situation cause des problèmes de logistique.

Au niveau d’une chaîne d’approvisionnement, ça commence à être un peu un problème, dit Richard Perron. Ça met un peu en jeu la réputation du Canada comme étant un pays fiable.

Avoir la capacité de fournir nos clients au niveau de la qualité du service, c’est quelque chose qui est essentiel. On ne peut pas faire affaire avec d’autres fournisseurs de services que le CN, évidemment.

Richard Perron, directeur des ressources humaines chez Cepsa Chimie Bécancour

« Catastrophique pour les manufacturiers »

Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), affirme pour sa part que les blocages ferroviaires ont un effet assez catastrophique pour les manufacturiers.

En entrevue à RDI économie jeudi soir, Mme Proulx a expliqué que 4600 wagons par jour transportent des marchandises partout au Canada.

Le secteur québécois de l'agriculture est aussi préoccupé. Stéphane Forget, vice-président principal de la Coop fédérée, rappelle que depuis toujours, le monde agricole et le monde ferroviaire sont intimement liés.

À moyen terme, craint M. Forget, les agriculteurs vont manquer de propane qui est essentiel, par exemple, au bon fonctionnement des meuneries qui produisent les aliments nécessaires aux animaux.

Il y a des wagons de maïs qui sont bloqués à certains endroits et qui sont importants dans la fabrication des aliments pour les animaux, a dit Stéphane Forget à l'émission Midi info.

Les agriculteurs ont aussi besoin du chemin de fer pour exporter des produits destinés à la transformation alimentaire.

Dans plusieurs cas, ce sont des produits frais, donc qui doivent être exportés relativement rapidement, affirme Stéphane Forget.

Le chemin de fer, « un service essentiel »

Maurice Richard, PDG du Parc industriel et portuaire de Bécancour, affirme que la situation actuelle illustre à quel point le service ferroviaire est indispensable dans le pays.

C’est l’orientation des démarches des entreprises du parc actuellement [...] de demander aux autorités que le chemin de fer devienne un service essentiel, expose M. Richard.

Pour Jean-Paul Deveau, PDG d'Acadian Seaplants, en Nouvelle-Écosse, c’est important que les autorités prennent les mesures pour assurer que tout le monde respecte les lois du pays.

Les algues que vend Acadian Seaplants servent de fertilisants et sont vendues au Canada et ailleurs dans le monde. M. Deveau affirme que le blocage a si bien fait fondre ses réserves de propane qu'il n'en aura plus à compter de dimanche, si rien ne s'arrange d'ici là.

Les entreprises, les individus, on est tous obligés de suivre les lois, insiste-t-il. C’est important que ce soit fait pour tout le monde.

Une deuxième interruption en quelques mois

Comme le rappelle Pedro Antunes, économiste du Conference Board du Canada, cette interruption des services ferroviaires est la deuxième que vit le Canada en quelques mois. En effet, en novembre dernier, une grève des chefs, agents de train et agents de triage du CN avait duré une semaine.

L’importance du secteur ferroviaire dans l’économie canadienne est indéniable. La moitié des exportations canadiennes sont acheminées par train. Seulement au CN, la valeur des marchandises transportées atteint 250 milliards de dollars par an.

Pedro Antunes estime que les effets des blocus actuels sur l’économie canadienne dépendront de la durée de l’impasse.

Avec les informations d'Amélie Desmarais à Bécancour, Olivier Lefebvre à Halifax et Andrée-Anne St-Arnaud à Montréal

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